Au
soir de sa Passion, la prière de Jésus n’est pas centrée
sur son propre destin, mais sur le nôtre. Elle nous
montre d’abord que Jésus n’est pas sans le Père, que le
Père est à la source de son être, qu’il est sa raison de
vivre. Mais de même que Jésus n’est pas sans le Père, il
n’est pas sans nous. Tout l’Evangile proclame que nous
lui avons été donnés par le Père, que nous lui
appartenons, et voici que nous sommes inclus dans la
prière de Jésus quand il passe de ce monde à son Père.
La
prière de Jésus renvoie à un au-delà de lui-même : au
Père, aux disciples, à l’Eglise, sans lesquels Jésus
n’est pas. Pour lui, remettre sa vie entre les mains du
Père et la remettre entre nos mains sont une seule et
même chose. L’heure de Jésus, c’est celle de sa gloire,
celle où dans sa mort le Christ remet sa vie au Père
pour qu’en sa Résurrection elle devienne la nôtre
aujourd’hui. Jésus nous montre que la gloire de Dieu,
c’est celle d’un Dieu qui se dessaisit de sa vie pour
que nous la recevions en partage, pour que nous soyons
recréés en lui. Cette gloire est pleine d’Esprit Saint,
pleine d’un Père qui nous aime en son Fils Jésus et d’un
Fils qui s’offre au Père pour nous. La prière de Jésus
nous introduit dans l’unité du Père et du Fils, du Père
qui pour nous envoie son Fils. Et lorsque nous
rencontrons Jésus, sa Pâque nous entraîne au-delà de
nous-mêmes, elle nous ouvre au Père et aux autres en
brisant notre péché, notre égoïsme, notre solitude. Elle
nous ouvre un avenir, elle est Bonne Nouvelle.
Cette
Bonne Nouvelle, c’est que Dieu n’est pas seulement
source de toute vie, mais aussi réponse filiale d’amour.
Dieu est aussi du côté de celui qui se laisse aimer et
façonner par l’amour d’un autre dans l’obéissance,
l’abandon et la confiance. Nous pouvons alors vraiment
reconnaître Dieu comme Père. Pour l’accueillir et le
trouver, il nous faut passer par le Fils, vivre par lui,
avec lui, et en lui. Jésus n’est pas seul, le Père est
avec lui, il est en lui. Le Père n’est pas seul, il est
un avec son Fils. Leur lien intime, c’est l’Esprit, « celui
que le Père enverra en mon nom », « celui qui
sera en vous » dit Jésus
(Jean 14, 26.17).
C’est lui, l’Esprit de gloire, qui fait naître Dieu au
monde, en faisant de nous des fils. C’est lui, l’Esprit
de gloire, qui nous unit dans un même corps, et par
lequel nous osons dire : « Notre Père ».
Père Olivier MICHALET