(Cliquer ici pour obtenir une version imprimable en mode portrait)

AUTRES CROYANCES
JEUDI 20 OCTOBRE 2005

 

Nostra Aetate et le dialogue inter-religieux     

Le cycle des conférences sur les « autres croyances » a été ouvert le 20 octobre par Mgr Olivier de Berranger. Avant de devenir, en octobre 1996, évêque de Saint Denis, dans un département qui compte un tiers de musulmans, « ces travailleurs immigrés que l’on côtoie sans pour autant s’intéresser à l’islam », le Père de Berranger avait été pendant 17 ans prêtre en Corée, où il a connu et, précise-t-il, intériorisé les religions asiatiques ; il a également été, de 2003 à 2005, président du comité épiscopal pour le dialogue inter-religieux. Originaire de Versailles, et bien qu’il y ait eu une synagogue à proximité de l’église Sainte Jeanne d’Arc, il n’avait, jusqu’à sa maturité, jamais rencontré de Juifs ; puis il y a eu Vatican II, le renouveau des études bibliques, la déclaration Nostra Aetate (1965) sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes (déclaration qui consacre un long paragraphe au « lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament avec la lignée d’Abraham »), la visite de Jean-Paul II à la synagogue de Rome…, et la déclaration de repentance de Drancy (30 septembre 1997) lue par le Père de Berranger.

   De nombreux textes[1] abordent la question du dialogue inter-religieux : outre Nostra Aetate, on peut citer l’encyclique Redemptoris Missio (1990) le texte Dialogue et Annonce du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux (1991), ainsi que Dominus Jesus signé par le Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (2000), qui a été perçu (à tort) comme revenant en arrière. 

   Comprendre les autres religions suppose d’abord de faire appel à la science des religions (comme, dans son cours sur « les religions comparées », l’entendait le Père de Lubac), qui ne porte pas de jugement de valeur sur les diverses croyances, mais qui, par exemple, s’intéresse aux sens différents que peuvent y avoir des mots identiques (le mot de compassion n’a pas le même signification pour des bouddhistes, pour qui la personne n’est qu’une illusion, et pour des chrétiens qui donnent une valeur fondamentale à la personne ; de même pour la notion de salut), qui étudie le rôle des grandes traditions religieuses, qui fait appel aux sociologues, aux philosophes… Il y a ensuite la théologie des religions, c’est-à-dire l’approfondissement de la foi par l’intelligence : dans la foi chrétienne, Jésus Christ est l’unique Sauveur, et il est le Sauveur universel (c’est ce que rappelle Dominus Jesus) : ce qui pose la question de l’accès de tous les peuples à l’unique salut, de la place  des autres religions dans cet unique salut. Il y a enfin le dialogue : non pas un dialogue entre religions, mais un dialogue entre  des hommes, un dialogue qui exige de la patience, et qui implique de reconnaître l’autre tel qu’il est. Dans Redemptoris Missio, Jean-Paul II parle d’un défi positif : « Le dialogue n'est pas la conséquence d'une stratégie ou d'un intérêt, mais … il est demandé par le profond respect qu'on doit avoir envers tout ce que l'Esprit, qui «souffle où il veut», a opéré en l'homme… Les autres religions … incitent [l’Eglise] à découvrir et à reconnaître les signes de la présence du Christ et de l'action de l'Esprit » (n° 56). Nostra Aetate disait déjà : «L'Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu'elle même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes » (n° 2). Le Royaume de Dieu ne se construit en effet pas sur la ruine des autres religions.  

   Que peut-on dire du dialogue inter-religieux en France, où l’on côtoie plusieurs de ces « autres croyances », en particulier l’islam ? Le Père de Berranger note d’abord que les JMJ de Paris n’étaient pas « mondiales » car la jeunesse des pays musulmans n’y était pas ; il note aussi que dans les cérémonies inter-religieuses pour lesquelles c’était les catholiques qui prenaient l’initiative, ce sont souvent maintenant les pouvoirs publics qui demandent des églises pour ces cérémonies. Mais la question est : comment dialoguer ? Comment rester cohérent avec ses propres traditions tout en étant ouvert à l’autre ? Dialogue et Annonce distingue le dialogue de vie (le partage des  joies et des peines, l’entraide…), la collaboration dans la construction de la société (dans les quartiers, dans les associations de parents d’élèves…), les échanges sur l’expérience religieuse des uns et des autres (« il prie, moi aussi je prie »…), et enfin le dialogue théologique : se dire à quoi on croit, se dire comment chacun lit les grands textes… ; ce dialogue théologique suppose de bonnes connaissances de nos propres croyances comme de celles des autres, et beaucoup n’y sont pas préparés. 

   En réponse aux questions, le Père de Berranger évoque quelques points particuliers :

-          Il n’y pas dans les autres religions de déclaration analogue à Nostra Aetate ; en réalité, les autres religions admettent volontiers que ce soit les Catholiques qui prennent l’initiative du dialogue.

-          Les musulmans pratiquants doivent être reconnus pour leur sens de Dieu, leur sens de la prière, leur sens de l’Ecriture.

Le thème de la paix est souvent invoqué par les nouveaux courants religieux, « qui font des ravages » ; en particulier la secte Moon introduit la confusion dans les esprits, alors qu’elle n’est que le triomphe d’une manipulation financière. Pour éviter de telles dérives, il faut redonner le goût de la prière.


[1] Tous ces textes sont accessibles sur www.vatican, ou plus simplement à partir de Google (pages francophones).