AUTRES CROYANCES
JEUDI 3 NOVEMBRE 2005

 

Le Judaïsme     

    Oeuvrant depuis plus de 25 ans au sein du comité épiscopal pour les relations avec le judaïsme, le Père Jean Dujardin, oratorien, rappelle d’abord que l’histoire des relations entre juifs et chrétiens est longue et tragique ; ce qui est intervenu à Vatican II et depuis lors ne peut effacer les siècles antérieurs. Néanmoins, gestes et déclarations ont été nombreux : visite de Jean-Paul II à la synagogue de Rome en 1986 (la première fois qu’un pape entrait dans une synagogue depuis Pierre) ; affirmation que « ce n’est pas seulement une rencontre fraternelle : le judaïsme appartient au dessein de Dieu » car, comme l’affirme Vatican II (Nostra Aetate, § 4), l’Eglise du Christ découvre son lien avec le judaïsme en scrutant son propre mystère. 

   Il peut y avoir diverses approches du judaïsme : on peut être frappé par les vêtements (par exemple la kippah, que portent aussi les évêques…, rappelle malicieusement le Père Dujardin), les observances alimentaires… ; on peut être sensible à certains stéréotypes, par exemple le lien entre les juifs et l’argent (qui tient à des raisons historiques : contraints au prêt sans intérêt, les juifs étaient particulièrement recherchés). On peut souligner qu’ils sont « à part » : cela résulte de « l’élection » du peuple juif, choisi par Dieu, ainsi qu’à la vie concrète du peuple juif qui a toujours cherché à ne pas se mêler aux envahisseurs et à ne pas succomber aux autres religions. Car les juifs n’oublient jamais que la contrepartie de leur « élection » est qu’il sont porteurs d’un témoignage universel : c’est d’eux que viennent la notion d’un Dieu créateur, d’un Dieu qui appelle à la sainteté, d’un Dieu qui pardonne et qui aime… L’arrivée du christianisme n’empêche pas le judaïsme de continuer à avoir une histoire vivante ; il y a une mémoire juive qui n’est pas la même que la nôtre. On ne peut projeter nos propres concepts sur les juifs et se demander par exemple : « que croient-ils ? », alors que ce sont avant tout des gens de l’observance ; ou encore : « un rabbin est-il équivalent à un prêtre ? », alors qu’une assemblée de 10  hommes (mynian) suffit pour qu’une prière collective puisse avoir lieu. 

    Trois notions définissent les Juifs : un peuple, une loi, une terre.

     Un peuple : il s’agit d’un peuple « élu », non pas supérieur aux autres ( « vous êtes le moins nombreux d’entre tous les peuples », Dt 7 7), mais qui, comme le souligne un midrash, a su dire oui alors que Dieu s’était adressé à de nombreux peuples) ; non pas tenant d’un privilège, mais porteur d’une responsabilité, celle de témoigner (« Ecoute, Israël ! … Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur », Dt 6 4, et tu le feras savoir à tous). Un peuple qui a fait l’objet d’un contrat avec Dieu, d’une alliance qui a commencé à la Création (« Faisons l’homme à notre image »), qui s’est renouvelée avec Noé, développée avec Abraham, et conduit au don de la torah au Sinaï. D’où des conséquences : sur la prière (on n’a pas à supplier Dieu, Lui qui a choisi, mais à rendre grâce), sur l’absence de séparation entre profane et sacré (tout est donné à l’homme, et c’est lui qui consacre par sa prière ce qui de soi peut être considéré comme profane), sur l’absence de sanctification de l’espace (le premier sanctuaire est en effet le cœur de l’homme, le second est la famille, et la synagogue est sanctuaire parce que des hommes s’y assemblent pour prier).

    Une loi. Cette loi, c’est avant tout la Torah. La Bible juive, le Tanakh,  comporte trois parties, de valeurs inégales : la Torah (le Pentateuque), les Prophètes (Neviim) et les autres écrits (Psaumes, Proverbes, Job…). La Torah n’est pas qu’une loi (la Genèse, par exemple, n’est pas une loi), mais plutôt un « chemin pour vivre » (« fais cela et tu vivras », dit le Christ au jeune homme riche) ; elle a été révélée à Moïse d’abord sous forme orale, n’a été qu’ensuite écrite (ce qui constitue une différence avec  le Coran), et elle s’accompagne à nouveau d’interprétations, en particulier pour la vie quotidienne (Torah orale qui  permet l’élaboration de la Halakha – chemin de vie appliqué aux circonstances diverses de la vie, du matin jusqu’au soir et du début à la fin de la vie –).  Les Prophètes ne donnent pas un enseignement nouveau par rapport à la Torah : habité par l’esprit de Dieu, le prophète décèle dans les évènements de l’histoire ce que Dieu veut dire. Quant aux autres écrits, ils sont d’ordre plus méditatif (Psaumes). L’étude des textes a beaucoup d’importance pour les juifs ; les débats sur ces  textes portent successivement sur : le sens littéral (la lettre) ; le sens typologique (un évènement peut être dans sa réalité la préfiguration d’un autre) ; le sens profond qui incite au dialogue entre le texte de Dieu et nous (le midrash est la recherche de ce sens) ; enfin le sens mystique. Dans le culte, il faut souligner le caractère fondamental du shabbat, presque considéré comme un être vivant, et que l’on accueille dès le vendredi soit dans la famille ; le repos demandé est une libération par rapport à toutes les formes de dépendance qui nous aliènent, et permet de rendre grâce à Dieu. Il y a beaucoup d’autres occasions de sanctifier l’année : les fêtes de pèlerinage et de rassemblement : Pesah (la Pâque) qui rappelle la libération du pays d’Egypte ; Shavouot (Pentecôte) qui célèbre le don de la loi ; la fête des Tentes (Sukkôt) qui rappelle le séjour au désert… ; les fêtes « austères », en automne,  avec Rosh Hashana, anniversaire de la création, et les dix jours qui suivent qui sont essentiellement des démarches collectives de repentance où l’on se demande si l’on veut être du côté de la vie ou du côté de la mort, et qui se terminent par le grand pardon du Kippour, re-création où l’on retrouve sa dignité d’homme.

    Une terre : si la condition des chrétiens n’est pas liée à une terre particulière, tel n’est cas le cas des juifs, et il faut prendre cela en considération. Pour les juifs, la terre est une promesse, et jamais la tradition juive ne l’a oublié. Mais cette terre n’est pas une simple mère nourricière : c’est la propriété de Dieu, qu’il donne « en mariage » à son peuple. Don conditionnel, qui suppose pratique de la justice, accueil de l’étranger… C’est une terre d’espérance et de rassemblement. Emmanuel Levinas (1905-1995) disait : « La terre est promise à Israël, mais Israël doit la mériter ».  

Bibliographie : 
L’Eglise catholique et le peuple juif
, Jean Dujardin, Calmann-Lévy.                            
Le Judaïsme… Tout simplement, Dominique de la Maisonneuve, L’Atelier