AUTRES CROYANCES
JEUDI 12 JANVIER 2006

 

Lectures fondamentalistes de la Bible      

La lecture fondamentaliste de textes sacrés a toujours existé dans toutes les croyances. Aujourd’hui, en christianisme, elle renaît principalement dans certaines Églises évangéliques (en Yvelines, on en compte plusieurs dizaines). Mais les catholiques connaissent aussi de telles approches de la Bible. On peut situer l’origine du terme "fondamentalisme" lors d'un congrès protestant tenu en 1895 à Chicago : des participants avaient souhaité s’opposer aux  "dérives modernes et libérales" et se tenir à l'Écriture à laquelle on ne touche pas. 

    Se référant d’abord au Magistère, le Père Pierre Hoffmann, vicaire épiscopal au diocèse de Versailles, indique qu'en 1993, dans un ouvrage paru au Cerf, la Commission biblique pontificale a évalué différentes lectures de la Bible (historico-critique, narrative, structurale…) sans omettre la lecture fondamentaliste. Celle-ci repose sur la conviction que, dans la Bible, c’est Dieu qui parle et que le texte est exempt d’erreurs : il faut donc l’"interpréter littéralement en tous ses détails"(p.61). Il s’agit d’une lecture a priori habituelle (au sens d'une lecture littérale de son journal où il est normal de penser que ce que l’on y lit est vrai, surtout si c’est dans mon journal!), mais "qui refuse tout questionnement et toute recherche critique"(p.62). C'est le cas de certains lecteurs de Da Vinci Code qui semblent stigmatisés dans cette remarque prémonitoire : "Souvent le fondamentalisme historicise ce qui n’avait pas la prétention à l’historicité; il considère tout comme historique sans la nécessaire attention à la possibilité d'un sens symbolique"(p. 63). Ce fut longtemps le cas du livre de Jonas, ou encore de l'histoire de Véronique essuyant le visage du Christ. Où est la vérité d’un texte ? demande Pierre Hoffmann, la vérité factuelle ? la vérité que Dieu veut nous faire comprendre ? S'agit-il alors d'une révélation directe, ou d’une inspiration émanant de Dieu ? La lecture fondamentaliste est celle que, naturellement, on fait à la première lecture d'un texte ; mais il ne faut pas qu’elle empêche d’autres niveaux de compréhension. La Bible n’est pas un livre de recettes à appliquer, mais une invitation à l'interprétation et à la prière. 

    Comment se situer par rapport au fondamentalisme ? La Constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine (Vatican II) donne plusieurs pistes : D’abord se rappeler que si Dieu s’est fait connaître par la Parole, c’est une Parole qui s’est faite chair, qui s’est engagée dans l’histoire et qui est encore vivante aujourd’hui. La Parole de Dieu est une Personne avant d’être un texte ; on ne peut emprisonner le Verbe dans un texte ; la vérité n’est pas dans un écrit, mais dans le Christ qui est "le chemin, la vérité et la vie"(Jean 14,6). –  Se souvenir ensuite que la Révélation nous est donnée dans le dialogue entre l’Écriture et la Tradition "toutes deux jaillissant d’une source divine identique"(n°10): il y a eu la tradition des apôtres et celle des premières communautés dans lesquelles ont été initiés les écrits ; l’Écriture n’est donc pas première, ce sont les communautés qui le sont. De même, dans le judaïsme, l’Écriture est  toujours complétée par la Tradition. – Ne pas oublier que la Parole de Dieu passe par un langage humain, qui doit être interprété : à la Pentecôte, elle a été proposée en d'autres langues, puis elle a été traduite, interprétée, avec d’inévitables  différences ; et c’est l’Esprit qui nous guide pour actualiser et interpréter le texte. Le christianisme n’est pas une religion du Livre, mais de l’interprétation de l'Écriture et de la Tradition. Si l’Écriture « manifeste la vérité et la sainteté de Dieu », Dieu y parle "par des hommes à la manière des hommes, et il faut… chercher avec attention ce que les auteurs inspirés ont vraiment voulu dire"(n°12). Par exemple, comme le soulignait déjà Pie XII dans Divino Afflante Spiritu,  faire attention aux genres littéraires, qui n’étaient pas les mêmes autrefois qu’aujourd’hui. (Les enfants eux mêmes, qui pourraient s’étonner du grand âge de personnages bibliques ayant eu des enfants, sont aussi capables de "déchiffrer" la Bible qu’ils le sont naturellement avec « Harry Potter »). – Enfin savoir que tout texte biblique a plusieurs sens : littéral, spirituel, allégorique…, de même qu’en musique, à partir de la note fondamentale, il y a tous les harmoniques qui contribuent à différentes colorations sonores. 

    Cela étant, et comme le recommande l’auteur juif Armand Abécassis, la Bible doit quand même être lue de façon littérale : il faut lire la lettre du texte, c’est-à-dire le texte lui même, plutôt que des textes sur le texte (Par exemple, en Matthieu 1,1-17, pour trouver les 42 noms des générations qui ont précédé la naissance de Jésus, il faut compter le nom de Marie : quelle interprétation en donner ?). Pierre Hoffmann distingue cette lecture littérale, au sens où l’entendaient les Pharisiens qui s’attachaient à la lettre dans la mesure où "elle est la plateforme de  l’Esprit", d’une lecture qu’il qualifierait de « littéraliste », refermée sur elle même et favorisant le fondamentalisme. 

Bibliographie

"En vérité je vous le dis, une lecture juive des évangiles", Armand Abécassis, Editions n°1.

"Enquête sur la mort de Jésus", Victor Loupan et Alain Noël, Presses de la Renaissance.

"L'interprétation de la Bible dans l'Église", Commission Biblique Pontificale, le Cerf.