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AUTRES CROYANCES
JEUDI 26 JANVIER 2006

 

La foi fondamentaliste     

« Courant conservateur et intégriste », selon le Petit Robert, le fondamentalisme est apparu d’abord aux Etats-Unis, en réaction à l’évolutionnisme ; une loi y fut même votée au début du 20ème siècle, interdisant de parler de la Création autrement que dans la Bible ; aujourd’hui encore, il y a dans ce pays le désir fréquent de réintroduire la Bible dans les écoles et de rejeter l’évolutionnisme ; plus généralement les Evangéliques américains souhaitent avoir  une influence politique. Jean-Guy Presles, pasteur à l’Eglise adventiste, indique que la situation en France est cependant différente.

 

      S’il existe dans notre pays différents types de fondamentalismes – certains intransigeants (soumission à une Bible où il ne saurait y avoir d’erreurs, rejet de l’œcuménisme, anticatholicisme « primaire » et rejet de la « tiédeur » protestante), d’autres plus nuancés –, la foi fondamentaliste se caractérise en général par l’idée que la Bible n’est pas un document parmi d’autres, mais un Livre inspiré, un cadeau de Dieu, la Parole même de Dieu, « non… une parole d’homme, mais… ce qu’elle est réellement : la Parole de Dieu » (1 Th 2 13) ; une Parole  qu’on ne peut donc interpréter en fonction d’un contexte (celui que donnent l’archéologie, l’histoire…) mais seulement en fonction de la conception que l’on a de Dieu. Si la connaissance de Dieu n’est pas irrationnelle, elle ne repose pas que sur la raison, mais avant tout sur le lien entre la personne et Dieu : s’il faut bien un pasteur pour la prédication, c’est ensuite l’Esprit qui agit dans chaque conscience individuelle (comme dans l’Eglise primitive), et c’est pour cela que la foi évangélique s’adresse essentiellement aux adultes.

      Les adventistes sont apparus au milieu du 19ème siècle, également aux Etats-Unis. Ils s’inscrivaient dans un courant de réformes voulant en revenir aux Ecritures pour y découvrir ce qui avait été oublié, en particulier dans le prolongement du mouvement millérite (disciples de W. Miller) [on pensait à l’époque à un retour du Christ vers 1843 ; l’événement ne s’est pas produit ici-bas, mais, croient-ils, dans le ciel]. Les adventistes sont aujourd’hui 14 millions dans le monde. Leur intransigeance initiale s’est estompée avec le temps, grâce au progrès des sciences humaines et à l’acceptation du pluralisme ;  on ne les considère plus aujourd’hui comme des fondamentalistes évangéliques et, en France, ils font partie de la fédération protestante. Ils estiment en général que les écrivains bibliques ont écrit selon leur culture : ils ne sont donc pas « littéralistes » (cf. la précédente conférence du Père Hoffmann).

  S’agissant du créationnisme, le fait que le monde ait été créé fait partie des croyances fondamentales des adventistes ; mais contrairement à certains mouvements fondamentalistes (surtout américains) – qui diabolisent l’évolutionnisme, qui pensent que le récit de la Genèse est littéralement exact, que la Bible permet de connaître l’âge de la terre…, ou au moins que la vie n’est pas apparue par hasard mais grâce à un « dessein intelligent » –, les adventistes sont des créationnistes au sens large, qui respectent (avec parfois un peu de suspicion) les avancées de la science, en considérant qu’elle peut aider à une meilleure compréhension des origines, d’où leur intérêt pour la biologie, la géologie… Ils admettent que la terre n’a pas 6000 ans, mais qu’elle est très ancienne, que des glaciations ont eu lieu, que des espèces vivantes ont pu donner naissance à d’autres espèces…

  Autre donnée fondamentale chez les adventistes : « La Bible, révélation de Dieu » : l’homme ne peut connaître Dieu que si celui-ci se révèle ; or les Ecritures sont le fondement de cette révélation (de même que la lecture d’une lettre reçue de quelqu’un est le moyen privilégié de le connaître). L’histoire, même si Dieu y agit, ne peut conduire à la révélation sans l’éclairage de la Parole de Dieu ; la nature parle de Dieu, mais il faut l’Ecriture pour l’éclairer (par exemple pour expliquer le péché dans la nature) ; la science peut conduire à de fausses conceptions de Dieu (comme le montre le cas d’Adam et Eve qui ont voulu suivre leur propre raison plutôt que d’obéir à Dieu). Le Saint Esprit ne peut parler contrairement aux Ecritures. Le Christ lui même reconnaît  leur autorité : au diable qui trois fois le tente, il répond : « il est écrit… » ; sur le mariage, il est fidèle aux enseignements du Premier Testament : « l’homme quittera son père et sa mère… ». C’est l’Ecriture qui éclaire l’Ecriture : il faut la comprendre « de l’intérieur ».

      Répondant ensuite aux questions, Jean-Guy Presles indique qu’il existe d’autres croyances chez les adventistes, qui sont votées par les assemblées plénières mondiales (car il y a une organisation internationale des adventistes) : la croyance au millénium (règne messianique de 1000 ans), la croyance en la possibilité d’une délivrance entière des possessions démoniaques… Quant à leur culte (entrée libre rue des Réservoirs, le samedi – jour auquel les adventistes du « septième jour » sont très attachés), il commence toujours par l’étude d’un texte (le même dans le monde entier) [les enfants ont de leur côté des « classes »]; suit un culte de type évangélique (pas vraiment « charismatique », mais plus « bruyant » que chez les catholiques), avec une longue prédication (½ heure), et une fois par trimestre une Sainte Cène (avec du jus de raisin – le vin étant « connoté ferment », donc péché –). Enfin il indique que les adventistes ne participent au Conseil œcuménique des Eglises qu’à titre d’observateurs (comme aussi  les catholiques), mais en contribuant à certains travaux  ; Jean-Guy Presles estime que l’important, d’ailleurs, n’est pas tant l’unité des Eglises que celle des croyants.