AUTRES CROYANCES
JEUDI 2 MARS 2006

 

L'Islam     

   Ayant longtemps, au Maroc, vécu inséré dans le monde musulman, le Père dominicain Pierre Lambert tente de faire comprendre l’Islam de l’intérieur, et de montrer la nature de l’affrontement que vivent les musulmans avec le monde occidental[1]

   Cela suppose, d’abord, de comprendre la langue arabe, car le Coran est écrit en arabe, et nous ne pouvons lui appliquer brutalement nos systèmes de pensée occidentaux. Chaque langue, en effet, oriente différemment la pensée : par exemple, dans certaines langues, le mot « vérité » signifie « ce qui est sûr », dans d’autres il évoque une réalité qui se dévoile progressivement… ; en arabe, la vérité n’a pas le sens d’une conformité au réel, mais d’une conformité au droit. – De même, l’arabe n’a pas de mot pour dire « mentir », car le langage n’est pas tenu d’être en conformité avec la réalité ; il faut laisser l’interlocuteur comprendre ce qui n’est pas clair, et lui dire ce qui lui fait plaisir : dire les choses telles qu’elles sont serait faire injure à l’intelligence de celui qui écoute. – En matière de conjugaison, il n’y a que deux possibilités : une action peut être déjà réalisée, ou en train de se produire ; et pour ce qui est de l’avenir, on lui tourne le dos (comme c’était le cas chez nous il y a quelques siècles), et on vit face à son passé. L’avenir dépend totalement de Dieu, et il ne faudrait pas s’opposer à Dieu en voulant en décider.

   Cela étant, même si le vocabulaire arabe ne donne qu’une vision restreinte de la réalité, il est très riche (plus de 200 000 vocables) ; chaque verbe a plusieurs sens selon le contexte, et il y a d’ailleurs beaucoup de conjugaisons différentes pour dire comment une action a eu lieu ou comment elle est en train de se réaliser. La culture arabe est très riche, très poétique. 

   Comment caractériser l’Islam ? Un musulman est d’abord quelqu’un qui appartient à une communauté structurée par la relation à Dieu, l’oumma ; cela se traduit par exemple par le fait que dans une mosquée on prie les uns à côté des autres (sans jamais laisser de vide entre les personnes). La conséquence en est la difficulté à intégrer des points de vue différents de ceux de la communauté, de réfléchir « à distance » de ce quelle pense ; rien ne permet de se personnaliser (dans une famille les vêtements sont partagés ; de même pour les jouets des enfants ; pas d’endroits à part pour étudier) et on reste toujours à l’intérieur de l’oumma. Il y a une pression constante de la communauté sur l’individu, – alors que pour nous l’individualisme est une donnée fondamentale ; d’où un sentiment d’écartèlement entre cette oumma et le monde occidental.

   La relation à Dieu ne se fait pas à travers une personne, mais à travers un texte. Dieu a envoyé le Coran, mais dans ce texte il n’y a pas rencontre avec Dieu (cette rencontre ne peut se faire que par l’intermédiaire des personnes successives qui ont transmis le Coran). Dans le Coran, Dieu indique le chemin vers la vie future, mais une vie future où Il reste inconnaissable. Le Coran montre comment Dieu agit, mais non qui Il est. Quant aux actes de l’homme, ils sont, pour la plupart des musulmans, pré-écrits par Dieu : il n’y a pas autonomie de la personne, mais dépendance radicale de l’homme par rapport à Dieu.

   L’Islam a cette force d’être un élément rassurant, par exemple pour des jeunes, et cela pour au moins trois raisons : – l’aspect d’absolu (pas d’intermédiaire entre Dieu et moi, pas de changements fréquents de doctrine…) ; – la solidarité avec les opprimés, en particulier les Palestiniens ; – la liberté face aux contraintes morales, car Dieu décide de tout et je ne suis pas responsable de mes actes  (je ne sais pas à l’avance si un acte est bon ou mauvais ; et tuer quelqu’un peut être un acte bon si la personne que je tue est pervertie).

 

   Quelle place la religion musulmane pour les chrétiens ? D’abord se dire qu’au Paradis, les chrétiens se retrouveront avec les musulmans (et il y en a des milliards !). Ensuite se rappeler que ce que dit le Coran de Jésus vient de ce que, à l’époque, des chrétiens ont pu enseigner à Mohamed (pour les arianistes qu’il a  pu rencontrer, Jésus n’était pas Dieu : le Coran renvoie donc aux erreurs des chrétiens). Enfin, prendre conscience que le Coran représente l’effort de quelqu’un de sincère pour comprendre le chemin de l’homme sur la terre face à l’absolu.

 Documentation :

« Le choc des religions », par Daniel Sibony, Dalil Boubakeur et Pierre Lambert, Presses de la Renaissance,

« L’Islam et nous », par Jean Mohamed Abd-el- Jahil, Foi Vivante, Cerf


[1] Le Père Lambert a déjà, le 17 novembre 2005, fait une conférence sur les Livres Saints, et traité du Coran.