AUTRES CROYANCES
JEUDI 16 MARS 2006

 

L'Islam n°2         

Cette deuxième conférence sur l’Islam était donnée par le docteur Hocine Raïs, professeur en droit musulman et directeur des affaires culturelles à la mosquée de Paris. Face aux mauvaises informations, aux diverses interprétations que les gens font souvent de l’Islam, aux différences entre générations…, il veut s’exprimer en théologien et insister sur les principes communs à tous. 

D’abord l’histoire. Avant l’Islam, il y avait parmi d’autres, en Arabie, des Juifs et des Chrétiens, c’est-à-dire des monothéistes – mais sans cependant une vision claire du monothéisme, du fait des hérésies telles que arianisme ou nestorianisme –. C’est ainsi que les Arabes découvrent le monothéisme dans la Torah et dans les Evangiles. L’Islam confirme en effet les messages juif et chrétien en tant que monothéistes – mais en y apportant des éclaircissements complémentaires (par exemple, Jésus n’est pas fils de Dieu, mais insufflé par Dieu) ; le texte du Coran respecte la véracité de la Torah et de l’Evangile – mais en les interprétant (on a cru voir Jésus crucifié, en réalité il a été élevé par Dieu). Pour les Musulmans, le patriarche Abraham était envoyé de Dieu, Moïse est la parole de Dieu, Jésus est considéré comme le Verbe de Dieu, Mohammed est le Bien-Aimé de Dieu, et il n’y a pas de distinction entre eux (« Que la paix soit sur eux »). Ce qui est chrétien est reconnu en tant que tel par l’Islam – à des détails près – et quand on passe devant un Chrétien on ne peut pas dire qu’il n’est pas croyant. Jésus est vénéré, son message est universel, et Sainte Marie est pour les Musulmans une femme préférée, choisie, chaste, qui a reçu ce message qu’est le Messie.  

Après d’autres (l’Islam reconnaît 25 prophètes), Mohammed est le dernier messager de Dieu, et pendant 23 ans il reçoit le message par l’intermédiaire de l’ange Gabriel.  

Au début de l’Islam, les Chrétiens envoient une délégation à Médine ; Musulmans et Chrétiens y dialoguent et prient ensemble en se respectant mutuellement, car ils appartiennent les uns comme les autres à des oummas (ce qui signifie : ceux qui professent une même foi), des oummas qui doivent cohabiter – et d’ailleurs, à l’origine, on participait aux fêtes des autres oummas. A l’époque suivante, les califes rappellent que les Chrétiens sont eux aussi des croyants, avec leurs lieux de culte, leur organisation, leurs signes religieux…, et que tout cela est intouchable. Sans doute y a-t-il eu ultérieurement des guerres, mais ce n’était pas une prescription du Coran (on n’a pas le droit de faire la guerre pour imposer l’Islam), ce n’était qu’une affaire  d’hommes. 

Les relations sociales. Dieu a créé les hommes pour qu’ils vivent en harmonie, qu’ils soient serviables, qu’ils exercent leur responsabilité morale, c’est-à-dire la responsabilité de ne pas faire n’importe quoi et de respecter ce qui glorifie Dieu. Les relations sociales ont beaucoup d’importance, il faut que les transactions soient justes, même avec des non-Musulmans. Vis-à-vis des Juifs (qui sont aussi des gens du Livre), il faut du respect : Dieu a voulu que nous soyons différents, comme dans une belle mosaïque, et il faut respecter cette diversité. Ne pas comparer les religions, mais les comprendre avec le cœur. 

Le culte. L’Islam trouve sa source dans le Coran, qui est indiscutable, et dans la tradition prophétique qui, elle, est parfois déformée par quelques commentateurs. A côté, il y a le comportement concret des Musulmans, il y a la civilisation islamique, la législation, qui proviennent pour une part des monothéismes antérieurs… Mais ce qui est purement musulman, c’est le cultuel, d’où les cinq piliers de l’Islam : – La profession de foi : je crois en Dieu – un Dieu unique –, je crois au Prophète, je crois qu’il y aura un jugement et un paradis (qu’on ne sait pas facilement décrire ; mais Dieu est miséricordieux). – La prière cinq fois par jour ; on ne prie pas pour soi, mais pour toute l’humanité. – La purification de l’argent, par exemple par les dons aux voyageurs, aux malades, à ceux qui sont dans le besoin (et pas seulement des Musulmans, car l’Islam est une religion universelle). – Le jeûne, pendant tout un mois lunaire (Hocine Raïs rappelle que le jeûne est une loi qui va de pair avec la spontanéité de la nature : les animaux jeûnent pendant l’hibernation, ainsi que les plantes…) – Le pèlerinage une fois dans sa vie, pour ceux qui en ont les moyens. 

Deux grandes mouvances existent aujourd’hui dans l’Islam : – les Chiites (8% des musulmans), qui se réfèrent au gendre du Prophète, Ali, et qui possèdent une hiérarchie religieuse avec des imams et des grands imams (ce qu’était Khomeyni : une sorte de pape), imams qui gouvernent, qui peuvent édicter des fatwas qui doivent être respectées ; – et les Sunnites, suivant eux mêmes quatre grandes écoles, mais sans instance unique ; les imams y manquent parfois de culture, d’où diverses interprétations de l’Islam : c’est pourquoi un des rôles de Hocine Raïs est aujourd’hui de former des imams éclairés et tolérants.