(Cliquer ici pour obtenir une version imprimable en mode portrait)

AU COEUR DE LA CITE
JEUDI 19 OCTOBRE 2006

 

L’Eglise, acteur de transformation sociale         

L’action des chrétiens « au cœur de la cité », tel est le thème du nouveau cycle de conférences à Notre Dame de Versailles ouvert le 19 octobre par le Père Jacques Turck, directeur du service national pour les questions familiales et sociales de la Conférence des évêques de France.

• L’Eglise est acteur de transformation sociale, affirme-t-il, et ce depuis les origines: les Actes des Apôtres (2,42-46) ne racontent-ils pas que, chez les premiers disciples – dont certains manquaient du nécessaire –, on partageait les biens selon les besoins de chacun ? Mais aujourd’hui, est-il toujours légitime de voir en l’Eglise un acteur de transformation sociale ? D’aucuns expriment en effet des réserves : dans le passé, n’a-t-elle pas, cette Eglise, été trop tentée par le pouvoir, et croisades et inquisition n’ont-elles pas illustré une certaine puissance que, parfois, dénoncent encore les livres scolaires (au risque d’oublier qu’elle a aussi accompli une oeuvre civilisatrice) ? Par ailleurs, nous restons marqués en France par la loi de 1905 (séparation de l’Eglise et de l’Etat), et par la crainte de transgresser une certaine conception de la laïcité ( à ne pas confondre avec un laïcisme qui tendrait à reléguer la religion à l’espace privé). Pourtant, s’il ne faut pas négliger de telles réticences, il convient d’affirmer qu’il est légitime, pour les chrétiens – qui ont leurs compétences –, de s’occuper des affaires du monde. C’est ce qu’affirme fortement Benoît XVI dans son encyclique (cf. annexe).

• L’Eglise a en effet une pensée sociale, et cette pensée est une actualisation, ici et maintenant, de l’Evangile. Jésus a été lui-même un acteur de transformation sociale : il parle avec une Samaritaine, une étrangère ; il guérit un jour de Sabbat, ce que la loi n’autorise pas ; il s’invite chez Zachée, un corrompu… Il accueille les déclassés du judaïsme officiel, il menace les fondements de la société de son temps. « De quoi se mêle-t-il ? », pourrait-on se demander ; et cela le conduira à la mort. S’intéressant à l’organisation et à la vie sociale de son temps, Jésus défend l’honneur de l’homme créé à son image ; de même, aujourd'hui, chaque fois qu’apparaît un nouveau problème social, l’Eglise s’y intéresse. La pensée sociale de l’Eglise n’est pas figée une fois pour toutes ; elle s’élabore au fil des évènements, conduisant au corpus de textes qui constitue sa doctrine sociale. Elle a surtout pris son essor avec les changements sociaux du 19ème siècle et la situation de la condition ouvrière : face à celle-ci, certains chrétiens pensent qu’il fallait l’accepter, qu’elle relève de la nature des choses, d’autres – les premiers « chrétiens sociaux »  (Lamennais, Ozanam, Lacordaire…) – réagissent, de nombreux évêques interviennent (dans des lettres de carême), puis, après une préparation de plusieurs années, apparaît en 1891 la première « encyclique sociale », Rerum Novarum, qui dénonce la misère ouvrière et des salaires qui ne permettent pas de vivre. De nombreuses autres encycliques suivront : Quadragesimo Anno (40 ans après Rerum Novarum), Mater et Magistra (1961), Pacem in Terris (1963), Populorum Progressio (qui, à la fin des guerres coloniales, traite du développement des peuples), Laborem Exercens (sur la valeur du travail)…, auxquelles il faut ajouter le texte de Vatican II Gaudium et Spes sur l’Eglise dans le monde de ce temps (1965). Jacques Turck indique que la prochaine encyclique de Benoît XVI devrait traiter, 40 ans après Populorum Progressio, de la mondialisation.

En ce début du 21ème siècle, qu’est-ce qui caractérise la société, et sur quoi l’Eglise pourrait-elle intervenir ? Jacques Turck insiste en premier lieu sur « le triomphe de l’individu » par rapport à la dimension collective de la société et au bien commun : « c’est mon choix, donc c’est mon droit » devient un leitmotiv ; les outils modernes (ordinateur, téléphone portable, blog…), s’ils sont une chance, laissent cependant l’individu seul devant une machine, et cela peut avoir une  incidence sur le lien social (en particulier la vie conjugale). Autre caractéristique de la société : la mondialisation, des biens, des finances, des personnes…, qui donne une vision différente du monde (il y a de moins en moins de frontières), qui modifie la géographie de l’emploi (on peut aller travailler partout), qui entraîne des migrations… Que signifie le fait de devenir des « citoyens du monde » et une terre, celle de la France par exemple, peut-elle n’appartenir qu’à certains (les Français) ? Les questions d’environnement ont une dimension mondiale, et les chrétiens ont à s’exprimer sur ce point, et à agir (par exemple par leur hygiène de vie) ; il en est de même des question médicales, bioéthiques, du statut du vivant : autant de questions à dimension universelle, sur lesquelles l’Eglise travaille au côté de chercheurs.

• La pensée sociale de l’Eglise ne peut être figée à un moment donné de l’histoire ; mais elle repose sur un certain nombre de principes : principe de réalité (prendre en compte la réalité, en particulier le temps qu’il faut pour que les choses évoluent) ; principe de subsidiarité (que chacun soit responsable de ce dont il est capable, un principe important quand on s’occupe de personnes pauvres capables de se prendre en mains) ; principe de participation (c’est un devoir pour tous que de contribuer au bien être de tous) ; principe de solidarité (entre les hommes, entre les peuples) ; principe de laïcité ; principe de liberté de conscience et de liberté religieuse ; principe de bien commun (les ressources et les richesses du monde appartiennent à tous, selon leurs besoins).

Annexe.: L’Eglise, acteur de transformation sociale (plan de l’exposé du Père Turck)

Bibliographie :

Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise (Bayard, Cerf, Fleurus 2005). 
Maîtriser la mondialisation
(Justice et paix/France, Bayard, Cerf, Fleurus 2000).
Repères dans une économie mondialisée (Commission sociale, Bayard, Cerf, Fleurus 2005).
Le discours social de l’Eglise catholique de Léon XIII à Jean-Paul II (Centurion).
Réhabiliter la politique (Commission sociale, Bayard, Cerf, Fleurus 1999).
Quand l’étranger frappe à nos portes (Documents épiscopat 2004).
Quand des médias dévoilent l’intime (Commission sociale 2006).