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Le rôle
des « chrétiens sociaux »
Vice président des « Semaines
sociales de France »,
syndicaliste (CFTC), enseignant…, Bernard Ibal
explique ce que sont ces chrétiens sociaux parmi lesquels
il se situe. Ne constituant ni une secte ni un parti, les
chrétiens sociaux n’ont qu’une ambition, comme
l’ont déjà fait, à chaque période importante de
l’histoire, leurs grands prédécesseurs – Lamennais
(1830), Ozanam et Lacordaire (1848), Albert de Mun
(1871), Marc Sangnier (1ère guerre mondiale),
Mounier (2ème guerre)…– :
être présents, s’immerger dans la société, y
agir avec les autres. Question : en 2006, quelles
sont les réalités auxquelles ont à s’intéresser
ces chrétiens sociaux (comme d’ailleurs les chrétiens
en général, qui ne peuvent guère ne pas être « sociaux »),
qu’ont-ils à dire et à faire ?
L’un des risques de la mondialisation est de
conduire à la « marchandisation »
de l’homme, un homme qu’on utilise,
qu’on rémunère, qu’éventuellement on « jette »,
– marchandise qui n’est ainsi appréciée qu’en
fonction de sa compétence et de sa performance :
mais l’homme n’est pas qu’un agent économique, un
« tas de chairs », un moyen ; il est une
fin en soi ; « l’homme dépasse infiniment
l’homme » (Pascal). Refuser cette
marchandisation est une attitude qui conduit au spirituel,
et les chrétiens sociaux sont bien placés pour rappeler
que la personne humaine a une dimension sacrée. Cette dignité de l’homme, fondée sur le fait que
l’homme est créé à l’image de Dieu, soulignée dans
de nombreux textes (Mater et Magistra :
les êtres humains sont
et doivent être fondement, but et sujets de toutes les
institutions où se manifeste la vie sociale,
et non un moyen), a de multiples implications :
s’occuper des plus faibles (les handicapés, les
vieillards), prendre en compte les exclus qui ne savent
pas faire valoir leurs droits, ne pas traiter l’immigré
comme une chose… A
l’inverse, oublier cette dignité de
l’homme a conduit l’incorruptible Robespierre (qui, rappelle
Bernard Ibal, avait pourtant ramené en 4 mois la
paix à l’intérieur, et été partout victorieux hors
des frontières) aux excès que l’on sait.
Face à la financiarisation de l’économie
(l’épargne est de plus en plus anonyme, et on ne sait
pas où on investit ; d’où un décalage
entre l’économie réelle et « l’économie
virtuelle »), face au risque que personne, sauf
peut-être les cadres, ne s’intéresse au
« concret » de telle ou telle
entreprise, ne cherche même à la défendre en cas
d’OPA, les chrétiens sociaux parlent de participation :
à coté du capital, le travail doit avoir sa place dans
la politique de l’entreprise, les salariés doivent
pouvoir s’y intéresser.
Autre thème : l’individualisme,
et le corporatisme (chacun « tire la couverture
à soi »). Face à cela les chrétiens sociaux évoquent
le bien commun. Non pas l’intérêt général, idée
rousseauiste qui évoque un effort collectif en vue d’un
progrès collectif, mais un bien commun qui veut que
chaque personne puisse s’épanouir dans sa propre
vocation ; par exemple, dans une perspective « intérêt
général », on voudrait que 80% de chaque classe
d’âge parvienne au bac, alors que le « bien
commun » veut que 100% des personnes atteignent le
niveau maximum de leurs possibilités. Ce qui n’est pas
pareil.
Autre thème d’actualité: la bureaucratie,
le centralisme, l’idée que les élus
auraient une mauvaise connaissance du terrain. En réponse,
les chrétiens sociaux ont inventé le concept de subsidiarité
(popularisé ensuite par Jacques Delors), selon lequel la
responsabilité doit être exercée au plus bas niveau où
elle puisse l’être utilement. Adaptée à la décision
politique, la subsidiarité l’est également au
management des entreprises (équipes semi autonomes,
management par projets…)
L’écologie est aujourd’hui un
sujet mobilisateur. Selon un philosophe allemand, la
nature est sacrée, il y aurait une sorte de droit de la
nature. Mais les chrétiens sociaux pensent différemment :
car le droit de la nature est aussi le droit du plus fort,
ce qui est contraire aux droits de l’homme. En revanche,
ce qui est important pour eux, c’est la prise de
conscience d’un avenir à long terme ; et le
principe de la destination universelle des biens
– rappelé par exemple dans Gaudium et Spes
(la propriété privée est un droit, mais un droit limité ;
elle doit être au service d’autrui) –,
qui se traduit par un devoir de justice sociale
pour aujourd’hui, implique aussi d’avoir le souci des
générations futures.
Autre trait de société : la violence
gratuite. La violence a toujours existé, mais
aujourd'hui elle ne semble plus avoir de but (comme par
exemple celui de s’emparer des biens d’autrui), elle
semble gratuite. Pour Bernard Ibal, l’auteur de cette
violence « gratuite » veut avant tout se faire
reconnaître comme quelqu’un qui compte, et non comme un
exclus ; or il n’y a que deux moyens d’être
reconnu : la violence et … l’amour ; le
remède à la violence est donc l’amour – même
s’il faut quand même aussi améliorer les
infrastructures des banlieues (mais, comme dit Saint
Paul, vous aurez beau être généreux, si vous n’avez
pas l’amour, ça ne sert à rien).
Evoquant pour conclure son action de syndicaliste,
Bernard Ibal explique que, en cas d’échec d’une
action syndicale, le chrétien garde plus volontiers sa sérénité,
car son espérance est ailleurs : il y a la
perspective du salut, et, comme il le dit, « la foi
donne du large ».
Bibliographie : Bernard Ibal, Le XXIème
siècle en panne d'humanisme (Bayard-2002)
qui n’ont aucun
lien organique avec l’Eglise, à la différence par
exemple du Katholikentag allemand.
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