(Cliquer ici pour obtenir une version imprimable en mode portrait)

AU COEUR DE LA CITE
JEUDI 7 DECEMBRE 2006

 

L’insertion sociale et les initiatives pour le logement         

Il y a plus de 20 ans, un promoteur immobilier lyonnais démolissait un immeuble vétuste pour en construire un neuf. Il fallait reloger ailleurs les anciens occupants, souvent âgés. Parmi eux, une dame : celle-ci tente de se suicider car elle doit quitter ses amis et va connaître l’isolement. Le promoteur se rend alors compte que l’acte de construire n’est pas seulement d’ordre économique, mais qu’il a aussi une dimension culturelle et spirituelle. Tel est l’un des points de départ de « Habitat et Humanisme », créé en 1985 par ce promoteur devenu ensuite prêtre, Bernard Devert. Création que celui-ci présente avant tout comme une démarche spirituelle, et qui est le support de la longue méditation offerte à ceux venus l’écouter ce 7 décembre. Car Habitat et Humanisme, précise-t-il, ce sont d’abord des chercheurs, au niveau spirituel comme dans les actes concrets, des témoins de l’amour de Dieu, des semeurs d’espérance. 

Dieu est amour, rappelle Bernard Devert dans la foulée de l’encyclique de Benoît XVI. Mais comment parler de l’amour, surtout comment en témoigner ? Quel regard avoir sur les autres ? Et comment accepter d’être blessé par ce que l’on voit ? Partager les souffrances des mal-aimés – accepter d’en être blessé – est le propre de l’homme ; c’est ce qui nous conduit à recevoir la miséricorde de Dieu (Lui qui connaît nos blessures), mais aussi à accueillir l’autre pour ce qu’il est, à rechercher la réconciliation, à promouvoir le « vivre ensemble ». En relogeant 7000 familles, souvent en provenance de la rue, Habitat et Humanisme a cherché à répondre à ces questions : comment parvenir à un habitat moins « stigmatisé » (certains quartiers sans problèmes, et d’autres dans la violence), comment ne pas rester en distance les uns des autres ? 

Ce mot de réconciliation est au cœur de la pensée de Bernard Devert. Réconciliation, d’abord, entre l’humain et l’urbain : l’urbanisme est souvent éclaté, et la ville (qui sait pourtant être belle) ne « fait plus société » ; il y a en particulier les banlieues (le « lieu du ban », où l’on est à part), avec leurs situations d’enfermement. C’est au logement qui sépare, qui focalise la pauvreté et la détresse, qu’Habitat et Humanisme dit non. Mais il ne suffit pas de dénoncer, il faut aussi imaginer une économie de la solidarité et de la fraternité, et Habitat et Humanisme  agit ainsi dans une triple direction :

-          construire : à Versailles, avec –  précise Bernard Devert – le soutien du maire, une partie des locaux de la Congrégation Saint Joseph de l'Apparition, 35 rue d'Angivillers, ont été transformés en logements d’étudiants et « maison relais » pour personnes en difficultés[1] ;

-          accompagner, c’est à dire « être à coté » (en s’effaçant soi-même) : une maison relais est faite de petits logements avec une maîtresse de maison, afin de rendre une espérance, et d’être porteur de communion   – une communion qui implique : « construire une mixité » pour restaurer la ville (tout en les louant nettement en dessous des tarifs HLM, Habitat et Humanisme implante ses logements dans des quartiers socialement équilibrés, pour ne pas recréer des ghettos), et « recréer des liens », en particulier avec des riverains disposés à accueillir la différence ;

alerter les pouvoirs publics : ne pas recourir au palliatif social avant d’avoir épuisé toutes les démarches pour que les lois et règlements soient respectés (l’action associative doit moins s’inscrire dans la suppléance que dans la recherche de maillons nouveaux pour améliorer la chaîne de la solidarité). Dans cette perspective, Habitat et Humanisme a été de ceux qui ont fait renoncer à un amendement qui prévoyait que les 20 % de logements sociaux au minimum (que toute commune de plus de 3 500 habitants se doit de réaliser sur 20 ans) étaient éligibles à l’accession de la propriété sociale : une telle mesure aurait encore éloigné les personnes les plus démunies jusqu’à leur rendre les logements sociaux définitivement interdits. Par ailleurs, s’il juge nécessaire un droit au logement opposable, il attire l’attention sur le risque que cette opposabilité pourrait faire courir aux quartiers en grande difficulté si par lâcheté ou facilité l’exercice de cette mesure venait à ouvrir des logements dans les cités qui sombrent, pour accueillir massivement les situations de détresse[2] : assez de ces machines à loger qui sont des machines à briser ou à détruire la cohésion sociale
 

[1] Inauguration le 25 janvier à 17 heures ; tous sont invités.
[2]
Cf. note explicative de Bernard Devert au verso.