COEUR DE LA CITE
JEUDI 22 MARS 2007

L'action politique         

« La politique, c’est bon pour les autres ! » C’est ce que disait son père ; pourtant, encouragé par un oncle évêque, Denis Badré se retrouve maintenant dans la politique, et sénateur-maire de Ville-d’Avray : pour lui, chrétien et homme politique ne sont pas des états antinomiques, bien au contraire. L’encyclique Deus Caritas Est rappelle la complémentarité entre la foi et les œuvres : les œuvres, si elles sont bien ancrées dans la foi, sont une manière d’annoncer l’Evangile, et la foi donne sens à l’action politique. Pour autant, si on sait qu’il est chrétien (il ne s’en cache pas), et s’il agit en conséquence, Denis Badré ne met pas sa foi « en drapeau », car il ne peut engager l’Eglise dans les diverses actions qu’il mène – des actions qui parfois impliquent de prendre en compte la réalité de personnes, par exemple sur les questions d’avortement, d’homosexualité. 

 Pour illustrer concrètement ce lien entre foi et action politique, Denis Badré évoque deux expériences personnelles. A l’occasion du débat parlementaire sur l’immigration, de nombreuses auditions de personnalités qualifiées ont eu lieu au Sénat ; mais il a voulu aller plus loin et a pris l’initiative de demander aussi l’avis de son évêque, Mgr Daucourt. Ce dernier l’a reçu, mais seulement après avoir passé plusieurs semaines à se documenter afin que la rencontre soit fructueuse ; il en est résulté un échange que Denis Badré qualifie de passionnant, débouchant en particulier sur la nécessité du développement tel que le prône l’encyclique de Paul VI Populorum Progressio. Le nouveau nom de la paix, c’est le développement, et si, il y a 50 ans, c’est dans le but d’affermir la paix qu’a été initiée la construction européenne, de même, aujourd’hui, estime Denis Badré, c’est le développement qui doit constituer le nouveau projet européen, lui donner sens, mobiliser les jeunes, – le développement de tout l’homme et le développement de tout peuple.  

L’autre expérience se passe en Colombie. L’ancien préfet Jean-Pierre Richet, actuellement président du Secours Catholique, lui avait demandé de participer, dans le cadre de Caritas Europe, à une mission de parlementaires européens en Colombie, en vue de faire avancer un débat qui ne se résume pas à la seule détention d’Ingrid Betancourt. Cette mission a passé 10 jours « extraordinaires » sur place : rencontres avec les autorités politiques, mais aussi déplacements dans la brousse et rencontre avec les évêques locaux, de jeunes évêques en costumes blancs et croix pectorales, au service de déshérités victimes de l’injustice, de la violence (c’est-à-dire de tout de ce qui est le contraire de la paix), et de réfugiés ayant parfois vécu des choses horribles. Deux souvenirs le marquent plus particulièrement : celui d’une discussion avec des personnes qui avaient tout perdu mais qui gardaient une espérance fantastique : « je recommence à vivre », disait une femme ; cette même espérance se retrouve d’ailleurs chez les responsables de l’Eglise colombienne qui agissent pour la paix, par exemple en se proposant comme médiateurs. Deuxième souvenir : un messe en Amazonie, dite par deux évêques en présence de trois parlementaires, de quelques estropiés et de deux religieuses : « la messe sur le monde », pour Denis Badré. Cette mission, et en particulier le fait que les paramilitaires aient été démobilisés sans être sanctionnés, l’a amené à réfléchir, dans l’esprit de l’encyclique Pacem in Terris de Jean XXIII, aux relations entre la paix et la justice : la justice aurait exigé qu’il y ait des sanctions, et c’est seulement ensuite qu’on peut retrouver la paix par la réconciliation. Enfin, de ce pays où c’est la drogue qui est à la source de toutes les violences (comme en Afghanistan), il revient intraitable : la drogue n’est pas que l’affaire privée de consommateurs particuliers occidentaux, c’est l’affaire de tous : consommer de la drogue ici, c’est contribuer aux violences là-bas. 

Pour un maire, l’action concerne aussi la vie quotidienne des gens : logement, santé, fiscalité, écologie… Denis Badré considère que l’un des actes les plus importants du maire est le mariage : il y insiste surtout sur l’assistance que doivent se porter les conjoints, non pas une assistance dans le sens « assistance sociale », mais fondée sur l’amour, et qui va ainsi contribuer à construire la société. Par ailleurs, il estime important qu’un maire ait d’autres mandats, pour avoir un regard sur « l’ailleurs » et trouver des solutions qui ne soient pas a minima. 

Il conclut par son Credo d’homme politique chrétien, qui le conduit à ne pas transiger sur certains sujets : il croit au Père qui a donné gratuitement la vie (et chaque personne est unique), et pense que nous avons à poursuivre cette création ; il croit en Jésus-Christ qui nous appelle au service de nos frères et qui met la personne humaine au centre de tout ; il croit en l’Esprit qui lui a donné l’action politique comme œuvre.