"l'Eglise et les Eglises dans le monde"


"L'Eglise des pays de l'Est et la sécularisation de l'Europe"
présentée par le Cardinal Audris Backis, archevêque de Vilnius (Lituanie)


Le Cardinal Audris Backis Archevêque de Vilnius, de passage à Versailles nous a fait la joie d’ouvrir le cycle des conférences sur "l’Eglise et les Eglises dans le monde".


La Lituanie compte aujourd’hui 3.5 millions d’habitants à 80 % catholiques (et 7 diocèses). Dans la population russe qui représente 7 % des lituaniens la majorité est orthodoxe. Il y a quelques 200 000 luthériens et pas plus de 5000 juifs.

De 1940 à l’indépendance en 1990 la Lituanie a été occupée successivement par les Soviétiques puis par les Allemands et à nouveau par les soviétiques. Sous l’occupation soviétique les villages ont été détruits, les paysans déportés et les terres massivement collectivisées ce qui a profondément défiguré la vie traditionnelle lituanienne. Le pays a perdu aussi son élite intellectuelle.
La Lituanie retrouve la liberté après 50 ans d’oppression. Lorsqu’il arrive en 1989, le Cardinal Backis trouve un diocèse abandonné. Il n’y avait pas eu d’évêque depuis 1961. Les prêtres se trouvent donc seuls et indépendants. Le séminaire est fermé et c’est un délit de faire le catéchisme aux enfants. Le régime impose son idéologie athée, (y compris dans l’art), avec un contrôle omniprésent du KGB, jusque dans les confessionnaux.
La population est divisée en deux grands groupes : ceux qui collaborent et ceux qui résistent. Barrage est fait aux jeunes catholiques qui veulent étudier à l’université, et de 400 séminaristes en 1940 on est descendu à 25 en 1960.

En 1990 le pays est maintenant indépendant mais l’explosion de joie que cette indépendance suscite est de courte durée : les divisions persistent au sein de la population. Le Saint Père exhorte : "ni vainqueurs, ni vaincus".
La difficulté est de remettre ensemble cette société. Mais sur quelles bases ? Après 50 ans de communisme les populations sont comme au reflux d’une marée : laissées à nu. Plus aucune valeur fondamentale : morale ou interpersonnelle. Les populations entretiennent un conformisme absolu. Les consciences se déforment. Là-dessus, une nouvelle marée submerge le pays : celle du monde occidental. Avec de bons aspects : l’Ouest a aidé l’Eglise à se reconstruire (aujourd’hui 7 des 29 églises sont rouvertes), la solidarité, la libre circulation. Les vieux communistes respectaient l’Eglise. Mais ces vents de liberté ont été accompagnés d’excès d’images, de pornographie, de publicités, d’alcool… jusque là inconnus. N’ayant pas de points de repère. Les gens n’étaient pas habitués à faire bon usage de leur liberté. Il n’existait aucune transmission des valeurs morales. Jean-Paul II parlait de catastrophe morale et religieuse. Encore aujourd’hui aucun journaliste n’est compétent en matière religieuse.
En conclusion : l’homme dépouillé de valeurs se trouve avec trop de liberté d’un côté mais reste l’ "homo soviéticus" de l’autre.
Les jeunes se sont habitués au modèle occidental, sans réserve (capitalisme sauvage). L’homme définit ses propres valeurs, décide de ce qui est bon pour lui. Il n’y a pas de place pour Dieu mais l’homme, en proie au doute, recourt à la magie noire, à la divination (aujourd’hui la Lituanie a le plus fort taux de suicide d’Europe).
Les lois sociales favorisent les situations anormales. Par exemple : puisqu’il y a 60 % de divorcés c’est donc que la vraie famille c’est eux. Il y a eu, en 17 ans d’indépendance, une destruction incroyable de la famille ; pourtant 70 % des jeunes considèrent que la famille est ce qu’il y a de plus important pour eux. Pas de loi sur l’avortement, juste un décret. La natalité a baissé de moitié en quelques années et 30 % des naissances ont lieu aujourd’hui hors mariage. L’homme n’est respectueux de l’autre que si celui-ci ne le lèse pas.
Seule l’Eglise essaie de faire quelque chose mais une forte pression vient de l’Europe et notamment du parlement de Strasbourg. Sous couvert de non-discrimination, les parlementaires rentrent dans des domaines qui ne sont pas les leurs. Juridiquement Bruxelles n’a pas à intervenir sur la famille. Alors que Bruxelles impose des standards très élevés en termes d’infrastructures, lorsqu’il s’agit de valeurs l’Europe impose le plus bas dénominateur commun (gay, éducation sexuelle..). Le Saint Siège milite pour que les sujets moraux soient laissés à la direction des états et que les relations entre les Eglises soient locales.
En Lituanie les lois n’existent que depuis 15 ans, il est bien facile de les contourner et il y a forcément des "trous". Le code civil est en cours de réexamen.

Quel futur ? Il existe un absolu manque de confiance dans le gouvernement où siègent de vieux communistes vite enrichis. La désaffection de la politique est grande et les gens ne croient pas en la démocratie. Il règne un sentiment d’insécurité, les jeunes ont des "état d’âme". Nombre d’entre eux sont déçus du monde occidental débridé, il y a urgence à annoncer le Kerygme : Jésus mort et ressuscité. La Foi avant le catéchisme.
L’Eglise a un rôle principal à jouer car il y a une tradition de respect et c’est une institution qui n’a pas été détruite. Il n’y a pas d’animosité contre elle. On espère que le bon sens vaincra. Il s’agit d’éduquer les consciences. L’Eglise est la seule à défendre la famille. Les jeunes deviennent plus sérieux après le mariage. Maintenant on voit quelques familles se réunir pour promouvoir les valeurs familiales.
Ce n’est pas par une lutte politique ou par les instances européennes que les pays de l’Est s’en sortiront, c’est dans une grande confiance dans le Seigneur. 65 % du clergé a moins de 40 ans et 25 % moins de 30 ans.
"J’ai été un manager mais il me faut être d’abord un homme de Foi, de prière. Priez pour les prêtres".


Cardinal Audris Backis, Archevêque de Vilnius – Lituanie-
Notre-Dame de Versailles, le 8 octobre 2007

 

Le Cardinal Backis ordonné prêtre en 1961 est incardiné dans le diocèse de Kaunas, sa ville natale. Il est nommé archevèque de Meta par Jean-Paul II en 1988 et Nonce Apostolique au Pays-Bas. Il participe activement au rétablissement des relations diplomatiques entre le Saint Siège et la Lituanie (signées le 2 octobre 1991). Fin 1991, le Saint Père le nomme Archevèque de Vilnius.


 

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