"l'Eglise et les Eglises dans le monde"


"La vitalité des Eglises Chrétiennes en Chine aujourd’hui"
Catholique, Protestante, Orthodoxe
présentée par le père Jean Charbonnier (Mission Etrangère de Paris)


Le père Jean Charbonnier (Mission Etrangère de Paris) a présenté jeudi 8 novembre dernier, à l’aide d’un très beau reportage photos, la situation passée et présente des Eglises en Chine ainsi que leurs perspectives d’avenir.


Lors de son premier voyage en Chine en 1977 le père Charbonnier, prêtre depuis déjà 20 ans, découvre un pays où résonnent encore des slogans politiques. Que de changements depuis ce 1er octobre 1949 où Mao Zedong proclame La République Populaire de Chine ! Dès 1950 et jusqu’en 1952 tous les missionnaires étrangers, prêtres et religieux (dont 250 MEP) sont expulsés au nom de l’indépendance et de la lutte contre l’impérialisme étranger. En juillet 1957 naît l’Association Patriotique des Catholiques de Chine. Puis, de la révolution culturelle de 1966 à 1976, l’église visible et toutes les religions sont anéanties.
De par son entrée aux Nations Unies en octobre 1971 la Chine se doit d’ouvrir au moins une église. Elle en ouvre une et une seule au sud de Pékin, le Nantang, église de l’Immaculée Conception..
En septembre 1976, à la mort de Mao Zedong, l’activisme révolutionnaire est vite maîtrisé et Deng Ziaoping reprend une position plus réaliste qui le conduit en 1978 à fonder le Front Uni pour la Modernisation et à laisser une place aux religions dans la Conférence Consultative Politique du Peuple Chinois.
L’Eglise Catholique :
En 1982 : ouverture d’un grand séminaire à Shangai. On commence alors à envisager la traduction en Chinois des documents du Concile, et bien que la réforme liturgique n’ait pu commencer officiellement qu’en 1992 les catholiques ont souvent pris l’initiative, malgré les difficultés, d’adopter le missel Chinois traduit à Taiwan depuis 1965. Depuis trente ans, 6.000 églises sont construites ou restaurées. Les séminaires sont pleins. On compte 1,5 millions de catholiques dans la seule province du Hebei proche de Pékin. L’Eglise catholique édite un bulletin officiel, contrôlé par l’Association Patriotique, et travaille beaucoup depuis quelques temps sur internet à travers, notamment, la rédaction du journal "la Foi".
Plus de 2000 jeunes prêtres ont été ordonnés ces vingt dernières années.
Il n’y a pas de missionnaires étrangers installés, ceux qui y sont le sont à titre civil.
L’Association Patriotique contrôle l’Eglise et les paroisses officielles mais il existe aussi une église clandestine (plus médiatisée en occident) au sein de laquelle les prêtres et religieux s’exposent à être arrêtés, à avoir une amende, ou à voir leur église démolie. La gestion démocratique de l’Eglise officielle allie autorités religieuse et civile (Conférence Episcopale et Association Patriotique). La nomination des évêques officiels est faite par la Conférence épiscopale chinoise à la suite d’élections par les prêtres du diocèse. Mais le Saint Siège a répondu favorablement aux demandes secrètes de la plupart de ces évêques pour que leur consécration soit validée. L’Association patriotique ne souhaite pas de relations avec Rome au nom de l’indépendance chinoise. Tous les prêtres et évêques de Chine sont des Chinois par souci d’indépendance du pays. L’indépendance est une exigence politique mais le père Charbonnier constate que les catholiques de Chine sont en communion de Foi avec le Saint Siège. Il font tout pour se mettre au diapason de l’Eglise universelle.
Le catholicisme n’est plus considéré comme une religion étrangère, il fait partie, avec le Taoïsme, le Bouddhisme, l’Islam, et le Protestantisme, des cinq (chiffre parfait) religions admises en Chine.
En conclusion : les communautés sont catholiques et chinoises.
L’essor des protestants : Ils sont plus actifs encore que les catholiques (missions protestantes ouvertes dans les ports après la guerre de l’opium en 1840, participation des églises protestantes à la modernisation du pays, influence prépondérante de l’Amérique).
Historiquement il y a toujours eu beaucoup de protestants dans les villes alors que les catholiques viennent des campagnes. Les protestants sont coiffés par le Mouvement Patriotique pour les Trois Autonomies (gestion, financement, pratique religieuse).
Les protestants sont admis au Conseil Œcuménique des Eglises.
Déjà en 1950, certaines Eglises protestantes de Chine avaient une réelle indépendance : elle n’étaient attachées à aucune autre dans le monde.
La fondation protestante Amity est puissante avec notamment une importante imprimerie religieuse.
L‘Eglise Orthodoxe est une petite minorité de 10.000 fidèles alors qu’il y a une frontière de plus de 1000 kilomètres entre la Russie Orthodoxe et la Chine. Comme les Catholiques et les Protestants les Orthodoxes éditent leur Bulletin chinois.
Quel avenir pour les Eglises en Chine ?
On peut imaginer :
 
- un raidissement du Parti et le retour à la persécution : c’est improbable ;
 
- l’intégration chrétienne à la culture chinoise : cette assimilation ne pourra se faire que si le message de l’évangile est compris ;
 
- l’affaiblissement des Eglises structurées ;
 
- la régression de vocations religieuses : pour le moment il y en a encore beaucoup mais les jeunes garçons, souvent fils uniques, sont attirés par le modèle de vie citadin.
 
- l’épanouissement des Eglises en harmonie : on ne peut que le souhaiter.

Comment l’évangile est-il accueilli ?
Il y a en Chine une tradition Confucéenne qui date du XVIIème siècle. L’enseignement des Jésuites en s’appuyant sur le Confucianisme a été bien accueilli mais il a nourri une morale plutôt que la Foi. Aujourd’hui beaucoup de jeunes Chinois cherchent la paix intérieure dans le Bouddhisme mais la libération du mal dans la Foi Chrétienne est plus réaliste que dans la tradition Bouddhiste.
Le Christianisme parait aujourd’hui un atout pour la modernisation du pays, c’est une religion "occidentale" associée à la modernité..
Les intellectuels chinois étudient l’influence du Christianisme sur la démocratie et le sens social dans les pays développés, ils le considèrent comme un antidote aux mauvais effets de la modernité. Les universitaires pensent que la Foi chrétienne pousse au respect de la personne et au sens du bien commun.
Comme l’a demandé le Pape Benoît XVI l’amour entre chrétiens doit être promu.
Va-t-on vers une réconciliation Chine-Vatican ?
Il faut resituer le contexte historique :
  - en 1951 le Nonce à Nankin a été chassé de Chine,
  - le Saint Siège a établi des relations diplomatiques avec le gouvernement chinois dissident de Taïwan,
  - Pékin ne veut pas d’ingérence du Saint Siège dans l’Eglise de Chine,
  - la relation Chine - Saint Siège est tolérée en tant que communion spirituelle.
Benoît XVI a invité 4 évêques Chinois au Synode des évêques : 2 officiels et 2 clandestins -Il y a aujourd’hui 60 évêques officiels, 20 clandestins et 40 diocèses sans évêque –
Le Saint Père a écrit le 30 juin 2007 une lettre lucide et positive aux catholiques de Chine et a manifesté le désir de s’y rendre.

Le 24 mai est journée de prière pour la Chine.


Père Jean Charbonnier (Mission Etrangère de Paris)
Notre-Dame de Versailles, le 8 novembre 2007


 

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