"l'Eglise et les Eglises dans le monde"


"L’Eglise Catholique dans le monde Bouddhiste du Japon"

présentée par Monsieur Dennis Gira docteur en Etudes Extrêmes Orientales, diplômé de l’école pratique des Hautes Etudes , section religieuse



L’Eglise Catholique est arrivée au Japon au milieu du XVIème siècle au milieu de quatre traditions très ancrées :
Le Shintoïsme,
le Taoïsme,
le Confucianisme
et le Bouddhisme.
Pour comprendre l’Eglise d’aujourd’hui il faut revenir sur ces quatre grandes traditions.

Le Shintoïsme :
Shin = kami = divinité et To = do = voie
Au Japon , depuis toujours, la vie est articulée autour des kami. Il en existe 84 millions et chacun est lié à une force de la nature. Chaque individu doit s’efforcer de garder un difficile équilibre entre tous les kami. Ceux qui y parviennent sont nommés d’office chefs de clan ; ils ont la capacité à pacifier les relations entre kami. Une hiérarchie s’établit entre les différents clans dont le sommet est occupé par le chef le plus puissant : l’Empereur du Japon.
Le clan est important et c’est pour lui qu’on existe.
Cette structure a duré des siècles et des siècles et perdure encore. L’Empereur du Japon est le descendant du clan principal : Amaterazu.
Le Shinto a toujours été invoqué pour mobiliser les japonais. Ainsi kamikaze la divinité du vent est devenue très importante au XIIIème siècle car, pour la première fois de son histoire, le Japon est sur le point d’être envahi. Par les Mongols. Les navires ennemis sont ancrés, pour passer la nuit, au large de l’île principale du Japon et l’invasion est prévue pour le lendemain matin. Dans la nuit un typhon sévit et coule toute la flotte Mongole. Cet événement est déterminant dans la croyance que la divinité du vent protège le Japon des envahisseurs.
C’est donc tout naturellement que, lorsque pour la deuxième fois, en 1940, une armée menace d’envahir le Japon, les pilotes chargés de protéger le pays sont appelés kamikaze. Après la seconde guerre mondiale, le Shintoïsme vit ses heures les plus noires : la divinité n’a pas protégé le pays.
Au début de l’histoire du Japon le Shintoïsme n’avait pas de nom car le rôle du nom c’est de distinguer une idée des autres. Puisque seul le Shintoïsme imprègne les comportements, il n’a pas besoin d’être nommé. Tout japonais est, par définition, Shintoïste.

Le Taoïsme et le Confucianisme :
Ils sont arrivés au japon entre le IVème et le Vème siècle par les premiers ambassadeurs de Chine qui étaient eux-mêmes Taoïstes ou Confucianistes. Le Japon a à cette époque un très grand respect pour la Chine.
Le Confucianisme apporte l’ordre dans les relations inter-personnelles (seigneur-vassal, père-fils, aîné-cadet…) et conforte ainsi le Japon dans son désir d’unité. C’est la société le centre de la vie, pas l’individu. Chacun est défini par sa relation aux autres. Les rites du Confucianisme se sont bien intégrés au Japon. Ils sont fondamentaux dans les relations humaines car ils permettent de garder l’ordre à l’intérieur de l’ordre, la place de chacun à l’intérieur de la société. Par le Confucianisme va s’opérer une grande révolution : l’homme peut évoluer par son mérite, alors qu’avant, seule sa naissance définissait sa place.
Le Taoïsme vient du chinois dao qui se dit do en japonais c’est à dire la voie.
Judo = voie de la souplesse, kendo = voie du sabre…. Dans le Taoïsme il faut se laisser guider par le do, c’est lui qui vous porte.
"Un samouraï qui pense est un samouraï mort": le geste du samouraï, à force d’être répété à l’infini se fait tout seul, il devient prolongement naturel du corps. L’homme n’a pas besoin de réfléchir pour bien faire. Le geste s’impose de lui-même. Si le samouraï réfléchit ne serait-ce qu’une demie seconde, son adversaire, qui lui se laisse porter par le do, accomplit alors naturellement le geste qu’il faut pour tuer celui qui a réfléchi.
Le Taoïsme pousse l’individu à oublier sa personnalité pour que le do agisse seul.

Le Bouddhisme :
Lorsqu’il arrive au VIème siècle au Japon, le Bouddhisme a déjà douze siècles de réflexion sur des sujets auxquels les Japonais n’osaient même pas penser comme la mort. Il véhicule une longue histoire de la pensée.
Il est arrivé d’Inde via la Chine et incarne l’intelligence même.
Ce qui est au cœur du Bouddhisme c’est la lutte contre l’égocentrisme. "Soi" devient un tourment et lorsqu’on perce ce tourment on devient enfin libre.
Il y a peu, là, qui vient confirmer l’identité de la personne.

Le Catholicisme est arrivé 10 siècles plus tard, en 1589 par François-Xavier qui restera deux ans au Japon et ouvrira la voie aux missionnaires qui prendront sa suite dans l’annonce de l’Evangile.
Les missionnaires parlent de Dieu. Il faut bien Le nommer et Kami parait une évidence. Mais comment annoncer un Dieu Unique au milieu des 84 millions de kami déjà existants ? Ca ne va pas. Il faut Le nommer autrement. Deus semble être la bonne solution mais c’est sans compter qu’en japonais Deus (Dahiatsu) veut dire "grand mensonge"… Les missionnaires reprennent donc Kami, et appellent Dieu l’Unique Kami.
Le Catholicisme rencontre en cinquante ans un succès qui dépasse tout ce qu’il connaîtra par la suite. On compte à l’époque, entre 200 et 300 000 Catholiques dans un pays de 15 millions d’habitants alors qu’il n’y a que 80 missionnaires dans tout le pays. Par comparaison, aujourd’hui pour 128 millions d’habitants, et avec 1553 prêtres (répartis en 16 diocèses) et 6060 religieux il y a 452.000 Catholiques.
Comment expliquer cette réussite des premiers missionnaires ?

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une des raisons est que les missionnaires étaient attachés à des pays qui avaient les armes à feu. Les armes à feu ont changé l’histoire du Japon (moines-soldats);
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à la fin du XVIème siècle le Japon avait de réelles difficultés avec les Bouddhistes qui, pour beaucoup corrompus, faisaient pression sur l’Empereur et représentaient une menace importante pour le pays.
- le christianisme est arrivé par des hommes intègres et pauvres.

L’Eglise a pris une certaine importance tout en veillant à ne pas en prendre trop. Cette vigilance n’a pas empêché un temps important de persécutions qui ont commencé à partir d’un événement survenu en 1640 : à la suite du pillage de son bateau échoué, un commandant Portugais a menacé de faire détruire le Japon par les rois Chrétiens d’Europe. Sans plus attendre, le Japon a persécuté tous les Chrétiens. Persécution qui a duré jusqu’au milieu du XIXème siècle.
Le message délivré par les moines selon lequel le moindre esclave a autant de prix aux yeux de Dieu que l’Empereur a été perçu comme une menace du système japonais.
A cette époque les moines Bouddhistes étaient des fonctionnaires de l’état permettant ainsi à l’Empereur d’avoir le contrôle des monastères. Pour mieux identifier les Chrétiens à éliminer, tous les Japonais devaient s’inscrire au monastère Bouddhiste le plus proche de chez eux. Ceux qui ne s’inscrivaient pas étaient aussitôt dénoncés et tués sans autre forme de procès.
Pendant deux cents ans l’Eglise clandestine a survécu grâce à quelques prières que l’on se transmettait secrètement ; faisant à terme, de cette Eglise, une Eglise hors de l’Eglise Catholique. Les croyances avaient dévié de la Foi Catholique. On s’en est aperçu seulement lorsque petit à petit on a accédé à la liberté religieuse.
L’Empereur, qui incarne le Shinto d’état, se place au dessus de tout, y compris du Dieu des Chrétiens. Après la seconde guerre mondiale le Shinto est démantelé, les Kami n’ont pas protégé le pays.
Le terrain est alors favorable à une expansion du christianisme qui pourtant ne s’est pas produite. Les japonais voulaient que l’Eglise soit authentiquement japonaise mais cela n’a jamais pu se produire. En effet, depuis 15-20 ans le japon a ouvert ses frontières à l’immigration et se sont des Philippins, des Sud Américains qui sont arrivés en masse et qui par leur déracinement ont renforcé leur foi Catholique. L’Eglise a dû faire l’effort d’accueillir ces immigrés catholiques (550 000) plus nombreux que les Catholiques Japonais (452 000).

En conclusion :
L’Eglise du Japon a dû mourir à elle-même pour assimiler cette population étrangère. Il faut en faire une lecture enracinée dans le Mystère Pascal. : Au nom de l’Evangile le Japon a accepté d’accueillir l’étranger, de mourir à soi-même en pensant ainsi naître à la Vie promise.


Monsieur Dennis Gira
Notre-Dame de Versailles, le 6 décembre 2007


 

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