"l'Eglise
et les Eglises dans le monde"
"L’Eglise
en Inde
inculturation, persécution et développement"
présentée par le Père
Patrick Langue, Jésuite
Il est difficile de prétendre connaître
l’Inde: les états y sont très différents
et on y parle 225 langues. Le peuple est nationaliste et fier.
Historiquement,
quand Marco Polo arrive en Inde il découvre qu’il
y a des Chrétiens sur la côte occidentale de Coromandel.
Ce sont des Chrétiens dits de Saint Thomas (on trouve bien
en Inde une tombe datant du 1er siècle mais s’agit-il
vraiment de celle du saint ?)
En tout cas la Chrétienté des Syro-Malabar
et Syro-Malencar date du Vème siècle. Ces chrétiens
sont de la caste des guerriers et, délibérément,
ils excluent les intouchables. Si ces derniers avaient été
acceptés il y aurait sans doute aujourd’hui au Kérala
une large majorité de Chrétiens.
Au XVIème siècle les Portugais
s’installent principalement à Goa où ils exterminent
les Musulmans. Ils regretteront par la suite de l’avoir
fait parce que la compréhension entre Chrétiens
et Hindous est difficile.
Un troisième mouvement de conversion
démarre au XIXème siècle et se prolonge jusqu’en
1930.
Au
total seulement 2,6 % des Indiens sont Chrétiens. Cela
représente pourtant entre 26 et 27 millions de personnes
dont environ 15 millions de Catholiques. La proportion de prêtres,
religieux, religieuses est bien supérieure à celle
des pays occidentaux. Récemment encore les séminaires
étaient tous pleins. Les Ursulines Franciscaines étaient
250 il y a 20 ans, elles sont 600 aujourd’hui avec une moyenne
d’âge de trente ans. La Compagnie de Jésus
indienne est la plus nombreuse du monde on y compte 3750 jésuites,
(pour 19.000 dans le monde).
En Inde la Chrétienté est d’une
très grande jeunesse.
C’est un pays très religieux où
le taux de pratique dominical est très élevé.
On trouve un réel dynamisme chez les Chrétiens
et leur rayonnement dans la société est sans comparaison
avec leur nombre : à eux seuls (2,6 % de la population)
ils assurent 25 % de la formation de la jeunesse indienne y compris
dans les universités, les facultés de médecines,
et s’occupent de 80 % des léproseries.
70 % du travail social est assuré par
les Chrétiens. On trouve des personnalités exceptionnelles.
Il y a des centaines de mère Térésa, de père
Ceyrac. L’Eglise est présente dans tout le tissu
social (bidonvilles, orphelinats…). On trouve des avocats
chrétiens qui défendent les intouchables, telle
Sœur Appoline. Cette religieuse qui avait 40 villages sous
sa responsabilité s’est aperçue que les plus
pauvres avaient besoin d’être défendus alors,
sans hésiter, elle est devenue avocate tout en continuant
son travail sur le terrain et sans négliger sa formation
spirituelle non plus.
En
mère Térésa on découvre deux symboles
forts :
| 1
- |
L’étonnant
rassemblement qu’elle a réalisé en créant
des centres pour les plus faibles. Elle a rassemblé
toutes les faiblesses de l’humanité (vieillards
sans famille, enfants orphelins, malades psychiques) en
un seul lieu. |
| 2
- |
Cette
étrangère est une vraie héroïne
Indienne.
Tout ce qui la concernait était suivi par tous avec
beaucoup d’affection. |
Le
Président Indien s’honore d’avoir été
formé dans des universités catholiques alors qu’il
est Musulman. Il est le type de ces cadres de qualité de
l’Inde actuelle, même s’ils sont une minorité.
La
mission caractérise aussi l’Eglise
en Inde.
Mission intérieure avec l’envoi
dans le nord (où la population est essentiellement Hindoue)
de religieux du sud. Ces hommes et ces femmes sont vraiment étrangers
dans leur propre pays. Dans un village du nord de 40.000 âmes
moins de dix catholiques (1 prêtre, quelques religieuses
et 1 ou 2 laïcs) dirigeaient à eux seuls, récemment
encore, une école de 1.200 élèves et un dispensaire.
Mission étrangère aussi en Malaisie
en Afrique.
Dans
une famille il n’est pas rare de voir 3 ou 4 enfants sur
6 ou 7 devenir religieux par choix. Bien que le fait d’être
religieuse ne soit pas signe d’ascension sociale, ce choix
de vie rend les femmes indépendantes vis-à-vis des
hommes.
Le
mouvement missionnaire intérieur a augmenté les
difficultés de la situation de l’Eglise
aujourd’hui. On assiste a une semi persécution :
les intouchables, qui sont la majorité dans l’Eglise
perdent leurs droits civiques lorsqu’ils se convertissent
(ex : les postes dans l’administration leurs sont fermés).
Le gouvernement a trouvé là un moyen assez efficace
pour lutter contre la conversion possible des 16 millions d’intouchables.
L’église est aussi accusée
de prosélytisme. A l’ambassade, un prêtre déclare
toujours qu’il va voir des amis, pas qu’il est prêtre,
sinon il n’obtient pas de visa. L’extrême droite
Hindoue a fait courir le bruit que le Père Langue venait
convertir de force les enfants !
Ces dix dernières années il y a
eu des meurtres de prêtres qui défendaient les plus
pauvres, des viols de religieuses. Pour ces prêtres et religieux
missionnaires dans le nord la situation est tendue.
L’action sociale des prêtres étrangers
est mal vue.
Contrairement
aux Protestants, l’Eglise Catholique Indienne a perdu le
goût d’annoncer Jésus Christ. Il y a eu une
mauvaise lecture du décret sur la liberté religieuse
de Vatican II. On ne sent plus le dynamisme de l’annonce
du Christ. Il y a un climat où "puisque toutes les
religions se valent, à quoi bon annoncer jésus Christ
?"
Aujourd’hui encore on n’a pas dépassé
la réalité des castes. Jusque dans les années
trente aucune congrégation religieuse n’acceptait
les intouchables. On a même créé des congrégations
religieuses pour eux ce qui est pour le moins discutable quand
on défend l’Evangile de Jésus Christ. Ils
avaient des places réservées dans les églises.
Aujourd’hui on assiste à un effet inverse : on demande
que les intouchables soient évêques.
L’Inde
est exposée à un autre risque : le syncrétisme
latent. On aime la Vierge Marie autant que la déesse Shiva.
60
% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté
indien et l’Eglise s’occupe d’avantage des classes
moyennes et supérieures. Elle est très engagée
dans l’action sociale mais son avenir réside
dans ses engagements au nom de l’Evangile. Une plus intense
annonce de la Foi auprès des plus pauvres serait une bonne
chose.
L’Eglise
Catholique commence à subir les effets de l’enrichissement
des classes moyennes, avec pour conséquence le refroidissement
de l’ardeur religieuse et une baisse des vocations. Si cette
tendance se confirme la présence Chrétienne sera
difficile à maintenir en Inde.
Père Patrick Langue, Jésuite
Notre-Dame de Versailles, le 20 décembre 2007

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