"l'Eglise et les Eglises dans le monde"


"L’Amérique du Sud, avenir de l'Eglise ?"

présentée par le Père Mallet, du diocèse de Versailles



Le père Mallet, versaillais d’origine, envoyé comme prêtre fidei donum par Monseigneur Simoneau, alors évêque de Versailles, a vécu 23 ans dans le nord-est du Brésil d’où il est rentré il y a maintenant douze ans. Il nous présente l’évolution de l’église d’Amérique latine (pas du Sud) depuis Vatican II, sa dynamique, ses mouvements et ses limites.

Pendant quatre cents ans la société bouge en Amérique latine mais l’Eglise, elle, reste figée, très rituelle, dans la continuité de la colonisation, et vit avec peu de moyens. Longtemps il n’y eut que dix évêques pour tout le Brésil et de rares prêtres dans les campagnes. Un curé de campagne pouvait veiller sur 50 000 âmes, réparties pour 1/5ème dans un gros bourg et 4/5èmes dispersés sur un territoire de 100 km². Les Chrétiens vivaient leur Foi tout seuls : dévotion, chapelet, processions… et quand le curé venait -une fois par an- il administrait les sacrements.
Dans la société les clivages riches/pauvres perdurent.

C’est avec cette culture comme bagage que les évêques d’Amérique latine se rendent au Concile Vatican II ; le leitmotiv du Concile "l’Eglise n’existe pas pour elle-même mais pour le monde" les enthousiasme. Ils la projettent pour leurs pays respectifs : l’Eglise est pour le monde, donc pour les pauvres. A cet enthousiasme se mêle la frustration de sentir que le poids des évêques d’Europe est plus important que celui des pays en voie de développement.
Lorsqu’ils rentrent chez eux les évêques rêvent d’appliquer Vatican II dans le monde qui est le leur. Mais la bureaucratie de l’église, la rareté des prêtres dans les campagnes et la configuration géographique des différents pays laisse se créer d’office des Communautés Ecclésiales de Base (CEB). Les laïcs sont de ce fait au premier rang de la vie des communautés catholiques.
On voit ainsi apparaître les deux spécificités de l’Eglise en Amérique Latine : l’Option Préférentielle pour les pauvres, et les Communautés Ecclésiales de Base.

En 1962 se tient à Medellin une assemblée des évêques d’Amérique latine. Cette assemblée est suivie de trois autres : à Puebla en 1979, à Saint Domingue en 1992 et à Aparecida en 2007. Ces assemblées ont lieu à l’initiative des évêques locaux et si Rome y est toujours représenté, les publications, contrairement à celles d’un synode, émanent des évêques eux-mêmes.
Après l’assemblée de Medellin le dynamisme insufflé par Vatican II se heurte aux dictatures qui refusent les nouvelles orientations de l’Eglise, pour les pauvres. Comme dit Dom Helder Camara : "Si je donne à un pauvre, je suis un saint, si je demande pourquoi il est pauvre je suis un communiste". Il est difficile d’aider les pauvres à sortir de leur pauvreté sans attirer la suspicion politique.
En 1979 à l’issue de l’assemblée de Puebla, cette suspicion est renforcée. On soupçonne les CEB de vivre leur religion dans leur coin (ce qui est une réalité compte tenu de l’étendue des diocèses et de la rareté des prêtres dans les campagnes). ?
Cette suspicion perdure jusqu’en 1989. La société devient fataliste face à la pauvreté. Avec la chute du mur de Berlin, les populations pauvres d’Amérique latine se découragent ; eux qui espéraient une vie meilleure dans le communisme pensent qu’il n’y a plus d’alternative à leur situation. Pourtant l’église locale a continué à faire son œuvre auprès des populations ; mais sans l’appui de la hiérarchie ses actions ne peuvent pas se développer. Face à la "théologie de la libération" qui a cours en Amérique latine, Rome a une attitude de suspicion et nomme des évêques qui s’y opposent. Il est à noter que cette situation a aussi pour conséquence une forte augmentation de l’implantation des sectes, des mouvements charismatiques, des Eglises Evangéliques Pentecôtistes. Perversion de la situation : beaucoup de gens pensent que si ces implantations ont pu se faire de façon massive, c’est que l’Eglise locale avec son souci des pauvres ne convenait pas. Il faut pourtant savoir que dans les années 70-80 les Eglises Pentecôtistes se sont fortement implantées partout, pas seulement en Amérique latine. Leur force a été de mettre l’accent sur Jésus Christ contrairement à l’Eglise Catholique qui n’a jamais été réellement missionnaire en Amérique latine.

L’assemblée de Saint Domingue qui s’est déroulée dans un climat tendu et de suspicion n’a laissé aucun souvenir, alors que quinze ans après, en 2007, à Aparecida le dialogue entre les Eglises et avec Rome se rétablit. Les théologiens de la libération sont présents aux côtés des évêques. Le texte adopté est soutenu par Rome.
"Disciple et missionnaire" est le titre de cette assemblée : Disciple en jésus Christ et missionnaire pour le monde.
L’assemblée est clairement orientée vers l’avenir.
Les évêques regardent la réalité du peuple, on est en train de passer d’une église de conservation à une église de mission. C’est la petite révolution d’Aparecida.
Cette assemblée, même avec ses limites, aborde la réalité : il faut s’attaquer au cœur de la Foi et mettre Jésus Christ au premier plan. L’option des pauvres est revenue et l’importance des CEB est notée à nouveau dans les termes de Medellin et Pueblo. Il souffle un vent d’optimisme. L’Eglise doit montrer sa compassion tout autant qu’elle doit s’atteler à changer les structures.
Le document tiré de cette assemblée est remarquable (disponible sur Internet).

La question qui se pose est de savoir si cette nouvelle église va voir le jour et quels sont les prêtres qui vont servir cette mission ?
Actuellement la question importante est celle de la formation des prêtres, pas celle du nombre de vocations.

En Conclusion, le titre de cette conférence pourrait être non pas : L’Amérique du Sud, avenir de l’Eglise ? mais plutôt Quel avenir pour L’Eglise en Amérique du Sud ?


Père Philippe Mallet, du diocèse de Versailles
Notre-Dame de Versailles, le 17 janvier 2008


 

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