"l'Eglise et les Eglises dans le monde"


"Les Eglises en Amérique du Nord"

présentée par le Père Jean-Yves CALVEZ (s;j)


 

Le père Calvez qui jouit d’une grande expérience internationale, est très attaché aux Etats-Unis qu’il fréquente depuis 50 ans. Il a notamment enseigné à l’Université de Georgetown de laquelle il a été administrateur. C’est également un grand spécialiste de la pensée de Karl Marx, auteur d’ouvrages de référence sur le sujet.
Très soucieux des questions du développement du monde et en particulier du tiers-monde, le Père Calvez s’est toujours tourné vers l’étranger et pendant 14 ans sa fonction d’assistant du père Arrupe, Supérieur Général des Jésuites, l’a conduit à établir des contacts avec les Eglises de tous les pays du monde. Contacts qui perdurent.


L’Eglise et les Eglises :
Aux Etats-Unis, on parle spontanément de "Churches" Eglises, le pluriel est de mise dans ce pays chrétien et pratiquant à un degré très élevé. Il y a de multiples dénominations. Parfois même, une Eglise est juste une petite chapelle et quelques fidèles. Les fidèles passent facilement d’une Eglise à une autre. Pour les 300 millions d’habitants des USA les grands groupes chrétiens sont : les Catholiques (60 millions), les Evangéliques (60 millions) les Protestants (en régression) mais aussi des Episcopaliens, Méthodistes, Baptistes, Luthériens…
Les catholiques sont restés en proportion, ce qu’ils étaient il y a 40 ou 50 ans mais les Evangéliques ont, eux, beaucoup progressé au cours de cette même période, à travers le télé-évangélisme notamment. Un grand nombre d’Evangéliques sont des "new born", c'est-à-dire des recommençants. Ils sont fondamentalistes, peu sacramentalistes excepté pour le baptême, et politiquement conservateurs. Le président Bush junior est un de ces "new born";
Si la bible est importante, la relation très personnelle que les Evangélistes ont aux textes, l’est tout autant.
Géographiquement on trouve beaucoup de Protestants de la Georgie au Texas qu’on a surnommé la "bible belt", ceinture de la bible ; au Nord les Chrétiens sont plus mêlés, et à l’ouest en Californie on compte beaucoup de Catholiques, en majorité Latinos et Asiatiques.


Une Eglise d’immigrés :
Depuis l’origine l’Eglise est composée d’immigrés. Les Irlandais sont arrivés en grand nombre autour de 1850 pour fuir la maladie de la pomme de terre qui sévissait sur leur île. Ils sont venus avec leurs prêtres. Ensuite, les guerres ont provoqué des vagues successives d’immigration. Les Catholiques étaient surtout des Irlandais, des Italiens, des Allemands, et des Slaves. Beaucoup de Vietnamiens immigrés sont Catholiques. Ils sont venus pour fuir le communisme et le mouvement migratoire vietnamien continue encore actuellement. Les Eglises d’immigration sont essentiellement concentrées dans les villes, longtemps elles sont restées pauvres. Après la seconde guerre mondiale, une loi autorisant tout soldat ayant combattu en Europe à accéder gratuitement à l’université, à bénéficié aux immigrés qui s’étaient engagés. Cette mesure a enclenché un processus d’ascenseur social dans la population immigrée ce qui a entraîné un très grand changement dans la population. Les Catholiques, par mémoire pour leurs ancêtres qui avaient dû être très solidaires les uns des autres pour vivre, conservent encore cette solidarité.

L’Eglise catholique est très puissante dans l’éducation avec environ 150 universités, puissante aussi en argent, puissante dans l’opinion (au plus fort des années 80), donnant son avis sur les questions d’armement, de stratégie nucléaire, d’avortement…
En 1986, les funérailles de Mgr O’Connor, Archevêque de New-York ont été un exemple significatif de la puissance de l’Eglise catholique aux USA. Elles ont été un véritable événement national.


Le grand choc
Dans les années 90 le grand choc des "sex abuse", abus sexuels, éclate. La pédophilie de membres du clergé est révélée et, conjuguée à l’insouciance avec laquelle certains évêques ont réagi lorsqu’ils en ont été informés, a provoqué une vague de déconsidération de l’Eglise catholique. Il faut bien sûr tenir compte de la passion avec laquelle la presse a fouillé le passé des prêtres, et de l’acharnement de certains avocats. Certaines conciliations ont été négociées très cher pour éviter des procès. On pense que 4 % des prêtres des USA ont été concernés par ces affaires de "sex abuse", ce qui est très élevé.
La négligence des évêques, sous prétexte d’éviter le scandale, a aggravé la situation. Parmi eux, certains ont fait changer de diocèses leurs prêtres impliqués dans des affaires de pédophilie sans informer le nouvel évêque référent de la raison de cette mutation. De ce fait, plusieurs évêques ont été écartés de leur charge. L’exemple le plus célèbre est celui de l’Archevêque de Boston, le Cardinal Law.
Dans les années suivantes ce qui a fait sensation c’est la somme financière que les diocèses ont dû débloquer pour indemniser les victimes. 14 paroisses ont été fermées à Boston pour réduire les frais de fonctionnement du diocèse.
En 2004 on pouvait lire dans la revue "Etudes" un article du père Calvez intitulé "les prêtres américains dans la tourmente" dans lequel il était dit notamment "ils tiennent" et c’était vrai. Les prêtres qui avaient souvent été mécontents, voire en colère devant la façon dont les évêques avaient réagi face au problème, sont restés droits et fidèles.
Après ces "affaires" les évêques ont appliqué la tolérance zéro avec pour effet qu’ils n’ont pas défendu les prêtres victimes de fausses accusations. C’était facile après un tel chaos de porter atteinte à la réputation de tel ou tel prêtre. Certains journaux ont dit des choses horribles. Pourtant 70 % des prêtres américains se disaient heureux de leur vocation, satisfaits de leur vie de prêtre et que l’Eglise sortirait renforcée de cette crise.
Suite à ces drames beaucoup de laïcs ont pris du poids dans l’Eglise par rapport au clergé institutionnel.


Religion et société :
La droite religieuse donne son appui au président Bush. C’est la conséquence en bonne partie de la façon dont le candidat démocrate avait traité de l’avortement. Se sont surtout les Evangéliques qui sont politiquement conservateurs. Il faut mettre cela dans le contexte américain où les gens sont des "religious people". C’est la nation comme telle qui est religieuse, ce qui ne veut pas dire que les gens sont personnellement plus religieux qu’ailleurs. Il n’y a pas de laïcisme comme en France, bien que la séparation de l’Eglise et de l’Etat y soit aussi nette.
Il n’y a aucune religion officielle ou définie comme c’est le cas en Angleterre. Pour certains migrants quitter le modèle religieux anglais faisait partie de leurs motivations au départ, ils ne voulaient surtout pas le reproduire aux USA. Pour autant, le sujet religieux ne reste pas dans la sphère privée. Le peuple est comme tel religieux sans impliquer aucune appartenance à une Eglise en particulier. Il est fondamental qu’il n’y ait pas de religion d’état. Ainsi l’aumônier du Congrès américain est tour à tour Catholique, Baptiste, Evangélique, Mormon… et cela ne pose aucun problème.
Les Catholiques longtemps pauvres ont été traditionnellement partisans des démocrates. Cette alliance était très forte dans les années 30 sous la présidence de Roosevelt. Cette adhésion massive a été entamée par l’ascension sociale d’après guerre. 55 % des Catholiques ont voté pour le président Reagan et depuis, c’est resté la règle. A Chicago où il était incontournable d’être démocrate on trouve maintenant une majorité de votants républicains.


Père Jean-Yves CALVEZ (s;j)
Notre-Dame de Versailles, le 31 janvier 2008


 

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