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........CITOYENS,
........Il
est bien doux, pour un sincère ami des hommes,
de voir, après tant de siècles d'erreurs
et de crimes, commencer le règne de la raison et
de la vertu. Trop longtemps la superstition les réunit
dans cette enceinte, pour les égarer et les corrompre
; trop long temps elle abusa de la force qu'elle tenoit
de leur foiblesse, pour leur cacher leurs droits, pour
les accabler sous la double tyrannie, et de l'autel et
du trône. Est-il une seule vérité
que son souffle impur n'ait flétrie, que n'ait
altérée l'éloquence mensongère
des prêtres ? La nature nous crioit ; vous êtes
frères, vous êtes foibles, aimez-vous, soutenez-vous
les uns les autres ; et le prêtre, abusant du
prestige sacré dont il avoit su s'environner :
tu n'as de frères, disoit-il, que ceux
qui pensent comme moi et par moi : tu ne dois que ta haine
à ceux qui oient penser par eux-mêmes.
La nature nous disoit : pour votre bonheur, sachez
restreindre vos besoins ; usez, n'abusez pas. Aux
yeux des prêtres, toute jouissance étoit
un crime, et l'homme ne pouvoit plaire au Dieu phantastique
qu'ils annonçoient, qu'en abjurant les sentimens
les plus doux, en mortifiant ses sens, en tourmentant
sa foible existence. L'idée morale, utile et grande
d'un Dieu vengeur du crime, rémunérateur
de la vertu, s'altère dans la bouche sacrilège
du prêtre ; il en fait un être jaloux, haineux,
qui punit par des supplices éternels, quelques
instants de foiblesse ou d'erreur.
....Liberté,
Liberté sainte, grâces te soyent rendues
: toi seule pouvois débarrasser la vérité
des langes dont l'enveloppèrent jusqu'à
ce jour les Mystagogues de toutes les sectes. La Constitution
de 89 nous laissoit un roi, elle dût nous laisser
des prêtres ; elle dût consacrer l'erreur
avec la tyrannie. Aujourd'hui les rois ont vécu,
la Liberté s'appuie sur l'Egalité, l'ère
de la Raison commence.
....Elle n'est pas
moins importante que la première, cette Révolution
morale que nous avons vu commencer, que nous voyons marcher
d'un pas rapide. L'homme peut-il se regarder comme libre,
lorsque son opinion dépend de l'opinion d'autrui
; amans de la Liberté, ennemis des erreurs de toute
espèce, réunissons-nous tous pour écraser
le fanatisme, pour tirer la vérité du cachot
obscur où la superstition la tient captive depuis
tant de siècles, pour lui rendre cette beauté
simple, cette pureté native qui doit lui gagner
tous les curs.
....Citoyens de cette
grande Commune, vous ne vous êtes point laissés
devancer dans la carrière de la Liberté
; vous marcherez d'un pas égal avec tous vos frères
dans celle de la vérité. Ce temple qu'éleva
un roi orgueilleux et bigot, dédié pendant
longtemps à la mère de Dieu, car, pour vos
prêtres, l'Eternel avoit une mère, est enfin
devenu le Temple de la Raison. Ses voûtes ne seront
plus frappées de discours mensongers, de chants
barbares, d'hymnes judaïques faites pour consacrer
l'esclavage : vous vous y réunirez pour chanter
la Liberté, votre divinité chérie
; pour payer un juste tribut d'éloges à
ses premiers Martyrs ; pour vous éclairer sur vos
droits, sur vos devoirs ; pour combattre la superstition
; pour instruire ceux de vos Concitoyens qui n'ont point
encore brisé ces chaînes honteuses ; pour
ranimer dans vos curs l'amour de l'Egalité,
l'horreur de toutes les espèces de la tyrannie.
....Comparez la fête
auguste qui nous rassemble, à celles dont vous
fûtes longtems les tristes témoins, et quelquefois
les victimes. Que vous présentoient celles auxquelles
daignoit vous admettre une Cour corrompue ? quelques cérémonies
ridicules, célébrées par des prêtres
; une musique bruyante, mais sans idées ; des danses
sans objet, exécutées par de vils histrions,
par des prostituées, et propres tout au plus à
réveiller la crapuleuse débauche, car la
volupté n'étoit point faite pour ces âmes
flétries ; des festins somptueux, d'où l'ennui
sut toujours chasser et l'appétit et la gaîté
; des scènes théâtrales, qui présentoient
l'humanité rampante aux pieds de ses tyrans ; des
feux éclatans, mais qui ne causoient qu'une vaine
surprise, qui souvent devinrent funestes, et à
l'Artiste qui les dirigeoit, et au Peuple qui, pour les
voir, se pressoit au tour de ces maîtres hautains
qu'il croyoit adorer. Ici, il n'est aucun objet qui ne
présente une idée utile, qui n'inspire un
sentiment vertueux : la poésie s'allie à
la musique, pour exciter dans vos curs le dévouement
à la Patrie ; vous ne voyez autour de vous, que
des Citoyens, que des Frères ; ceux mêmes
que le Peuple rendit pour quelques tems les dépositaires
de son pouvoir, n'y paroissent que pour rendre hommage
à l'Egalité. Si vous y voyez une couronne,
c'est le chêne que la reconnoissance a tressé
pour les vertus civiques ; un trône, c'est celui
de la Raison et de la Liberté, qui se prêtent
un mutuel appui, et serrent les nuds d'une éternelle
alliance ; ici, la mère de famille offre à
la République, l'enfant qu'elle allaite pour elle
; là, le vieillard, accompagné du fils qui
doit le remplacer, vient jouir du tribut de respect et
d'honneur que paye une Nation libre à la vieillesse
et aux vertus. Loin de nous, monumens ridicules d'un honteux
fanatisme ; loin de nous, pontifes trompeurs trop longtemps
révérés ; loin de nous la pensée
sacrilège, de placer un homme, souvent perdu de
vices, entre l'homme et son auteur, Cette inscription
simple, à l'Eternel, me rappelle la religion
de la nature. Eh bien ! libre du joug des prêtres,
je ne craindrai point de m'adresser à lui : " Être
ineffable, Être inconnu, que je suis forcé
d'admettre pour me rendre raison de tout ce qui m'entoure,
pour explique ma propre existence, reçois le pur
hommage de tes enfants, souris à la gaîté
franche, aux sentiments fraternels qui les unissent. Ils
ne sont plus corrompus par l'esclavage, ils sont dignes
de toi. Ton doigt puissant est marqué dans tous
les évènemens de notre sainte Révolution
; achève ton ouvrage, détruis la superstition
qui trop longtemps te fit méconnoître et
déshonora l'humanité ; affermis à
jamais le trône de la Raison, et qu'il soit la base
inébranlable du trône de la Liberté.
Tu nous fis tous égaux, ne souffre pas qu'un seul
homme puisse élever sa tête altière,
au-dessus de ses semblables. Fiers des sentimens énergiques
que tu leur inspiras, les Français sauront écraser
les despotes, montrer à nud les prêtres imposteurs,
démasquer tous les traîtres, établir
le règne de la Loi ; ils feront retentir jusqu'aux
cieux, où notre imagination se plait à te
placer, cet élan de leur cur, ce cri sacré
et mille fois répété : Vive la
République. "
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