LETTRE SYNODALE

A TOUS LES CURES

DU DIOCÈSE DE SEINE ET OISE

PORTANT convocation itérative d'un Synode général,
pour l'élection d'un Evêque,
le 25 février prochain, en l'église cathédrale
de SAINT LOUIS de Versailles.

VÉNÉRABLES CONFRÈRES,

....LES motifs les plus pressans ont engagé le synode général assemblé à s'occuper de remplir le siège vacant de cette église. Il n'est pas nécessaire qu'après une si longue viduité, nous nous étendions sur les motifs de cette démarche. Le besoin ne peut vous en être que très connu : s'il est pressant, en général, de donner à une église, un père, un époux, un conseil essentiel dans des temps difficiles, jamais les circonstances ne l'ont plus exigé que celles où nous sommes. L'importance de ses fonctions, les prérogatives et les graces de son ministère, sont plus nécessaires que jamais. Vous savez que cette élection se doit faire par le clergé et le peuple, en présence, autant qu'il est possible, des évêques de la province. Ce double témoignage du clergé et du peuple est exigé dans toute la tradition. L'un sans l'autre formeroit une élection incomplète et vicieuse. La raison en est que l'objet de ce double témoignage, essentiellement différent l'un de l'autre, doit réunir ce double vœu. La tradition qui en rapporte les faits n'en donne que l'énoncé général, et non le fonds et l'objet. Ce que ces deux témoignages doivent attester, ce n'est pas qu'on ait fait un choix arbitraire ; mais que le choix est tombé sur celui qu'on estimoit le plus digne et le plus capable. Ces qualités du sujet à élire se trouvent dans les écrits des saints et des docteurs, leurs lettres et leurs traités, et sur-tout dans les lithurgies anciennes orientales. C'est dans ces monumens admirables que l'on voit exprimé le plus énergiquement et de la manière la plus touchante les vraies qualités que l'église invoque pour ses pasteurs, ou plutôt que l'esprit saint lui même demande par des gémissements ineffables.
....Le clergé doit réunir les témoignages des qualités ecclésiastiques du sujet qu'il connoît, sa lumière, ses talens, sa conduite dans les offices de l'église, sa vigilance dans ses devoirs, son recueillement, sa fuite du monde et sur-tout les témoignages des épreuves et de ses dispositions au martyre. Comment sans ces dispositions se mettre en garde contre les scandales, les chûtes, les désertions, l'incontinence, l'apostasie que nous avons eu le malheur de voir ?
....Le peuple, qui n'est peut être pas si informé de cette partie, l'est beaucoup mieux de la conservation de l'innocence baptismale du sujet, de sa conduite dans ses premières années. Il sait mieux que le clergé, ce qui se passe hors de l'église, dans les sociétés de table même, dans la conduite de ses affaires. Un tel sujet étoit bien en chaire, mais qu'étoit-il dans les pas glissans des tentations ? Lâche en présence de l'impie, bas et rampant avec les grands, timide au moindre danger, incrédule même avec les faux philosophes. Voilà ce que le peuple peut attester. C'est la réunion de ces deux témoignages différens, qui assure le choix du plus digne à élire.
....On ne trouve pas ces règles dans l'opération seule et extérieure de la vocation de St. Mathias à l'apostolat. Les disciples ne firent que déclarer des faits, savoir quels étoient ceux qui avoient suivi le Sauveur depuis le commencement de son ministère jusqu'à sa mort. Il n'y eut point proprement d'élection, même par les apôtres qui la laissèrent toute entière à Dieu seul par le moyen surnaturel du sort. Il ne faut qu'ouvrir les yeux pour prendre cette idée dans le texte des actes. Chacun redouta de remplir une place dans l'apostolat, composé par Jesus-Christ même ; et tous dirent : omnes dixerunt. Faites connoîre, Seigneur, celui que vous avez choisi. Ostende quem elegeris. Il y a eu dans quelques occasions rares de pareils moyens surnaturels de la vocation divine, des traits saillants qui décidoient avec fondement le choix du peuple ; et d'autres qui eclairoient le clergé. Ainsi fut nommé St. Ambroise par acclamation. Il étoit connu pour s'être conduit en évêque dans son gouvernement. Ainsi fut élu St. Martin, éprouvé par ses courageuses confessions pour la défense de la foi contre les Ariens, par ses miracles et par toute sa vie. Mais communément c'est la pureté des intentions dans les électeurs qui fait l'essentiel. Il faut qu'ils réunissent tous leurs efforts pour atteindre à l'unanimité. Quand on a pris tous les moyens que l'on peut prendre pour découvrir le plus digne, alors le St. Esprit consomme son opération divine. Dans les conciles généraux même, c'est par cette voie que l'église s'assure de son assistance ; quand on a pris tous les moyens humains, liberté, examen, unanimité, alors on a la confiance d'avoir atteint le plus pur enseignement de la foi.
....Que la France, occupée de tant de choix à-la-fois, puisse se trouver couverte de ministres pareils à ceux que nous désirons pour les saints autels ! Vous trouverez sûrement assez de détails sur les qualités à exiger pour l'épiscopat dans les épîtres de St. Paul et les ouvrages de St. Augustin, de St. Léon, de St. Bernard, et nous ne nous proposons pas d'ajouter ici aux lumières dont vous êtes remplis sur ce point.
....Nous concluons pour vous inviter à une réunion itérative en synode, pour l'élection d'un évêque en ce siège, et nous la plaçons dans l'église de St. Louis de Versailles, le 25 février prochain. Vous voudrez bien en prévenir, aux prônes, les peuples de vos paroisses, pour qu'ils viennent, autant qu'il sera possible, exprimer leur vœu au même lieu et au même jour.
....Vous êtes priés de venir dès la veille , et d'apporter avec vous aube et étôle.
....Pour attirer l'assistance du Saint Esprit, nous récommandons que jusqu'à cette époque il soit inséré en la prière du canon de la messe, la mention pro futuro episcopo, entre celle du pape et de la république, et de plus, qu'il soit récité, à toutes les messes, la prière ordinaire du missel, pro eligendo episcopo.

Fait en synode, à Versailles, ce 21 janvier 1796,
ère chrétien, 1er pluviôse, an 4 de la république.

CLÉMENT, président du synode,
GAUZARGUES, secrétaire.


AVIS.

....Le synode désirant accélérer, autant qu'il est en lui, l'exercice et l'activité du gouvernement de ce diocèse, a formé un PRESBYTERE de douze membres, qui vous sera notifié, pour, par lui, disposer de toute l'administration spirituelle. Mais afin d'y ajouter de plus tous les moyens de correspondance qui sont nécessaires au concert et à la concorde, le synode s'empresse de faire savoir à tous les écclésiastiques et fidèles, que, se conforment à la loi canonique des territoires des églises, qui doit être celle des départements civils,
1°. Il a assuré au diocèse, par ses réglèmens, de conserver la forme exacte du département de Seine et Oise ;
2°. Il a pareillement statué que Versailles continueroît d'être la ville épiscopale, et sur les motifs les plus décisifs, que l'église de St. Louis seroit la cathédrale ;
3°. Il a adopté d'ériger, en autant d'archiprêtres, les neuf arrondissemens des anciens districts, sauf la confirmation de l'évêque futur ; savoir : Versailles, Corbeil, Dourdan, Etampes, Gonesse, Mantes, Montfort, Pontoise et Saint-Germain. Il y sera placé en chacun un archiprêtre, par le choix du synode ;
4°. Ajoutant à ces établissemens, de former autant de doyennés ruraux, que d'arrondissemens de chef lieux de canton, au nombre de cinquante-neuf, dont l'état sera publié, et pour lesquels il sera choisi tels sujets que le presbytère y jugera le plus convenables. Le presbytère accélérera, par tous ses soins, la plus prochaine et facile correspondance de ces points de réunion.

retour page A.J.C.CLÉMENT