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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 16 OCTOBRE 2003

  JM.VEZIN

Les temps apostoliques (2ème partie). 

On peut distinguer deux périodes dans le premier siècle : celle de la première génération de chrétiens, jusque vers l’an 60 ; et celle des deuxième et troisième générations (de 60 à 90), objet de cette conférence.

 

Quelles sources ? Les Actes des Apôtres s’achèvent vers 60 ; au delà, on ne trouve à nouveau que des documents chrétiens (ce qui n’est néanmoins pas sans valeur). - D’abord des épîtres de Paul, ou attribuées à lui : si les « grandes épîtres » (Thessaloniciens, Romains, Corinthiens, Galates, Philippiens) ont été rédigées entre 50 et 60, les épîtres « de  la captivité » (Ephésiens, Colossiens) concernent une génération qui a suivi celle des premier chrétiens et attestent une autre façon de voir l’Eglise ; de même les épîtres pastorales (Timothée, Tite), s’inscrivant dans la filiation de Paul mais probablement non écrites par lui, font référence à  un contexte historique différent et disent d’une autre manière la foi des chrétiens. - Par ailleurs les épîtres « catholiques » (Jacques, Pierre, Jean), ainsi que des documents plus tardifs (Didaché, épître de Clément de Rome) nous renseignent sur cette foi du 1er siècle.

 

Les étapes historiques. Pour désigner leurs communautés, les chrétiens ont adopté le mot « Eglise », dérivant du grec ecclesia qui désigne l’assemblée des citoyens libres d’une ville, mais également de la Bible grecque des Septante où ecclesia désigne la réunion du peuple à l’appel du Seigneur, - un appel qui, là, s’adresse à tous. Jusqu’à présent, l’évangélisation s’était faite surtout grâce au réseau des  synagogues, où se retrouvent les Juifs ainsi que les « craignant Dieu » (non juifs qu’attire le judaïsme), plus qu’auprès des païens ; mais la guerre juive (lancée par les Zélotes), la prise de Jérusalem et la destruction du Temple (70) ôtent son rôle de référence à l’Eglise de Jérusalem. Chez les Juifs demeure surtout la mouvance pharisienne, influente dans les communautés de la diaspora, et l’accent qu’elle  met sur la Tora conduit à la rupture avec les chrétiens, qui se retrouvent alors, pour l’essentiel, dans la mouvance de Paul (mis à part quelques communautés, telle la communauté johannique, mais qui ne survivront pas au delà du premier siècle). De son coté, l’Empire romain va vers son apogée ; cependant les légions sont au loin, d’où des révoltes comme celle des esclaves avec Spartacus ; les mœurs sont décadentes, les situations familiales troublées (peu d’enfants, ce qui préoccupe les autorités). Pour les chrétiens, la question est donc de savoir comment survivre et durer : ils ont été exclus des synagogues, les apôtres ne sont plus là : faut-il s’organiser, s’installer dans le monde et l’évangéliser, ou bien s’en séparer (tendance johannique) ?  Une question que se posera toujours le christianisme. Autre préoccupation : comment rester fidèles à la foi après le départ des apôtres ? Il y a ceux qui ont vécu avec Jésus (les Douze), il y a ceux qui l’ont vu Ressuscité, dont Paul « ainsi que plus de 500 disciples » ; mais Pierre et Paul sont morts dans les années 60, d’où l’importance d’asseoir la tradition apostolique, comme le relate Luc qui montre Paul passant le relais aux  anciens de l’Eglise d’Ephèse (cf. texte 1). Au cours de cette période apparaissent par ailleurs les premiers écrits chrétiens ; ils émergent à partir de récits oraux de la Passion et de la vie de Jésus, mais relus à la lumière de la foi et de la Résurrection, ce qui permet de comprendre le pourquoi de ce qu’a fait et dit Jésus ; ce travail se fait dans des communautés diverses, en tenant compte des besoins propres à ces communautés, d’où la variété des Evangiles qui, s’ils expriment la même foi, la disent « d’après » le point de vue propre à chaque évangéliste.

 

Comment s’implanter dans le monde sans s’y perdre ? Les communautés sont menacées, - de l’extérieur, par les judaïsants qui veulent les faire rentrer dans le giron des observances juives , - et de l’intérieur, par ceux qui attendent encore une imminente Parousie et qui pensent qu’il n’est plus besoin de travailler ou de procréer, ou encore par des groupes auprès desquels le message chrétien porte particulièrement : esclaves convertis, qui ne veulent plus être esclaves puisqu’ils sont chrétiens, femmes que l’on qualifierait aujourd’hui de féministes. A cela les épîtres à Timothée (cf. texte 2) et à Tite apportent des éléments de réponse : pour que la proposition d’un salut pour tous puisse être reçu, il faut offrir un bon visage afin de pouvoir donner à « ceux du dehors » un « beau témoignage » sans trop les choquer ; d’où un certain conservatisme social marqué par le stoïcisme ambiant, par une recherche de modération et de justice (vertus que l’on cherche à christianiser). La Parousie tarde ; dès lors comment manifester la présence du Ressuscité dans le monde ? Vers la fin du 1er siècle, émerge dans le monde romain, la figure du paterfamilias qui tient bien sa maison. C’est ce modèle que vont adopter, à leur façon, les chrétiens.  Les chefs de communautés doivent donc avoir des qualités de père de famille ; les femmes doivent être modestes et les veuves exemplaires. Bien sûr, ce choix risque d’affadir le message, mais il  permet aux communautés, en s’insérant dans le monde, de l’évangéliser de l’intérieur, et cela  dans la durée.

Aujourd’hui encore, la question est de savoir comment, au long de l’histoire,  transmettre la foi tout en s’adaptant aux évolutions du monde : être fidèle à la Tradition, n’est-ce pas parfois innover ? Et n’est-ce pas ce qu’a fait Jean-Paul II , dont nous célébrons aujourd’hui les 25 ans de pontificat ?

  Annexes :
Texte 1 : Adieux de Paul aux anciens de l’Eglise d’Ephèse.
Texte 2 : Extraits de l’épître à Timothée.