HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 6 NOVEMBRE 2003

 

Vivre la foi dans un monde païen - 2ème et 3ème siècles
(1ère partie). 

Il existe un certain nombre d’écrits sur cette période : ceux des Pères apostoliques (entre 95 et 150) , ainsi appelés car ils sont proches des apôtres et les ont parfois connus, - en particulier les lettres d’Ignace d’Antioche qui, en route vers Rome, réunissait à chaque étape les chrétiens ; les « apologies » de Justin (150) et de Tertullien (197) ; les textes (de 160 à 260) de grands auteurs tels que Irénée, évêque de Lyon (vers 200), Tertullien, avocat à Carthage, Clément d’Alexandrie, Origène, Hippolyte de Rome, Cyprien, évêque de Carthage…; l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée (mort en 340), qui nous a conservé de nombreux documents; enfin les Actes des martyrs (procès verbaux, témoignages écrits de chrétiens, documents ultérieurs d’édification…).

  En un siècle, le christianisme se répand dans tout l’empire romain, non d’ailleurs sans lui poser des problèmes politiques. En 135, la révolte juive avait entraîné une répression terrible (destruction de Jérusalem). Ensuite, l’extension de la foi chrétienne provoque des réactions d’antipathie, les chrétiens sont chassés des synagogues, ils forment une secte qui n’a plus les privilèges des Juifs ; ils ne sacrifient pas aux « dieux » et sont donc considérés comme athées ; et lorsque est institué le culte divin de l’empereur, ils deviennent suspects. Les persécutions restent limitées localement au 2ème siècle, alors qu’au 3ème siècle elles concernent tout l’Empire avec celles de Dèce (250), Valérien et  Dioclétien(284-305) ; le simple fait de se reconnaître chrétien suffit alors à entraîner une condamnation. A l’inverse il y a le témoignage des martyrs, en particulier de femmes qui montrent un courage d’hommes ; les chrétiens « choquent » et attirent à la fois (cf. texte 1) : ils ne reconnaissent pas l’adultère, magnifient la virginité, n’abandonnent pas les nouveaux nés, ne participent pas aux jeux du cirque,  n’ont pas peur de la mort…

  A l’intérieur, si les chrétiens sont menacés par diverses hérésies (par exemple, le Christ n’aurait fait que semblant de souffrir sur la croix, car Dieu ne saurait souffrir), par la gnose (qui affirme que ce sont des connaissances  particulières qui permettent d’accéder au divin, et non la Révélation), par la tentation de « trier » entre les Ecritures, par certains courants millénaristes, cela n’empêche pas que s’élabore l’enseignement chrétien. Les chrétiens bénéficient d’une Révélation divine qui vient de l’Ancien Testament et de l’enseignement du Christ ; ils lisent les textes et comprennent les prophètes à la lumière de la Résurrection. De plus, ils reçoivent le « dépôt » de la foi au travers d’une Tradition orale et vivante, convaincus de dire ce que disaient le Christ et les apôtres ; le garant de ce dépôt  est l’évêque tel que le comprend déjà Ignace d’Antioche, c’est à dire très lié à sa communauté (par opposition avec certains prophètes « errants »), et c’est au sein de ces groupes, ayant le souci d’un rattachement apostolique, que se constituent peu à peu les écrits ; vers 150 est employé pour la première fois  par Justin le mot « évangile » au sens d’écrits. Défendre la foi est le travail des « apologistes », tel Justin pour qui la Révélation chrétienne est la « vraie philosophie », ou Tertullien qui s’exprime en juriste. L’Ecole d’Alexandrie montre qu’il y a adéquation entre la Révélation divine et la culture du temps. D’une façon générale, la foi se dit de diverses façons, selon diverses expressions, mais dans l’unité.

  Quelles sont les « pratiques » chrétiennes ? Le baptême (avec de l’eau, et associé à un jeûne) prend des formes diverses (cf. texte 2): si au départ on naissait juif - le baptême résultant d’une conversion -, et si, comme le préconise Tertullien, perdure le baptême d’adultes (donc de personnes qui peuvent être enseignés), très rapidement ce sont des tout petits que l’on baptise également, comme en témoignent Hippolyte de Rome ou Origène, et comme on peut le constater sur des inscriptions funéraires ; aujourd’hui encore, il faut rappeler que l’Eglise catholique a trois rituels : le baptême des tout petits, celui des adultes, celui des enfants catéchisés. Pour l’Eucharistie existent deux traditions, fusionnées aujourd’hui : celle de Paul et de Luc, celle de Marc et de Matthieu ; l’Eucharistie comporte le partage du pain « eucharistié », mais aussi l’assistance mutuelle. Les chrétiens se réunissent le dimanche, on lit la Parole, celui qui préside fait une exhortation, on prie à haute voix ; puis on apporte le pain et le vin, et après une prière conclue par l’ « amen » du peuple, on les distribue (cf. texte 3). La date de la célébration de Pâques donne lieu à une querelle où interviennent Polycarpe d’Asie et Anicet à Rome, ; tous deux se réfèrent aux apôtres : le premier préconise le 14 Nisan, le second le dimanche qui suit le 14 Nisan ; ils se mettent finalement d’accord pour admettre une diversité des pratiques ; mais ultérieurement cette querelle rebondira et Irénée de Lyon ira à Rome auprès de Victor  pour rétablir la paix en faisant admettre  une diversité de dates selon les aires géographiques.  Enfin certaines pratiques résultent de traditions non écrites (cf. texte 4).

 Annexes :
Document 1 : Repères chronologiques pour les 2ème et 3ème siècles.
Texte 1 : Extraits de l’épître à Diognète sur l’attrait du christianisme.
Texte 2 : Le baptême.
Texte 3 : L’Eucharistie selon Justin.
Texte 4 : La question des traditions non écrites.