HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 6 NOVEMBRE 2003

 

Texte 4

La question des traditions non écrites 

* * * * * * * * * * * * *
  

L'idée de traditions non écrites paraît surtout être née d'une réflexion sur la discipline et le culte écclésiastique. déjà la Didachè avait présenté les usages des églises comme un enseignement du Christ et des Douze sans s'occuper de les retrouver dans l'Ecriture. La littérature des années 180 à 250 mentionne beaucoup de traditions "apostoliques". Sur la plupart de ces traditions, l'Ecriture était muette. Cependant, sauf Tertullien, aucun auteur ne dit clairement qu'elles sont non écrites. Sur une question pratique, à défaut des Ecritures il invoque la tradition, "confirmée par la coutume qui, dit-il, procède sans aucun doute de la tradition.

par ailleurs ce texte nous renseigne sur des pratiques du début du IIIème siècle.

 Tertullien : De corona militis (vers 211)

 "Examinons donc si on ne doit admettre de tradition que celle qui est écrite. Nous affirmerons volontiers qu'il ne faut pas la recevoir si elle n'a en sa faveur le préjugé que lui crée l'exemple d'autres usages que nous maintiendrons sans pouvoir alléguer aucun texte de l'Ecriture, au seul titre de la tradition et par conséquent sur l'autorité de la coutume.

Ainsi, pour commencer par le baptême, immédiatement avant de descendre dans l'eau dans l'église même, nous nous obligeons sous serment devant le pôntife à renoncer au diable , à ses pompes , à ses anges ; ensuite nous sommes immergés trois fois, en répondant quelque chose de plus que le Seigneur ne l'a précisé dans son Evangile. Au sortir de là, nous goutons pour la première fois la concorde du lait et du miel; à dater de ce jour, nous nous abstenons de bain quotidien, pendant toute la semaine.

Le mystère de l'eucharistie que le Seigneur (institua) à l'heure du repas et qu'il confia à tous, nous ne le recevons pas moins dans des assemblées qui ont lieu avant le jour, et seulement de la main de ceux qui président. Nous faisons des oblations anniversaires pour les défunts et les nativités (des martyrs). Nous regardons comme illicite de jeûner ou de prier à genoux le jour du dimanche. Nous jouissons de la même immunité depuis le jour de Pâques jusqu'à la Pentecôte.Que quelque chose du calice et du pain - même du nôtre - tombe à terre nous le souffrons avec peine.

S'agit-il de nous mettre en voyage ou de marcher, d'entrer ou de sortir, de nous chausser, de nous laver, de nous mettre à table, d'allumer la lumière, de nous coucher, de nous asseoir, quelque action que nous fassions, nous marquons le front du signe de la croix.

Réclames-tu en faveur de ces pratiques et d'autres semblables une loi des Ecritures, tu n'en trouveras aucune; mais on mettra en avant la tradition qui en est l'origine, la coutume qui les confirme, la foi qui les observe. Quant à la raison sur laquelle repose la tradition, la coutume et la foi, tu la découvriras de toi-même ou tu l'apprendras de quelqu'un qui l'a découverte ; entretemps tu croiras qu'il en existe quelques-unes auxquelles il faut se soumettre. ... Par ces exemples il sera donc manifeste qu'une tradition même non écrite, peut se défendre dans la pratique, pourvu qu'elle soit confirmée par la coutume, témoin qualifié par la continuation de la pratique, de la légitimité de la tradition."