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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 9 OCTOBRE 2003

  JM.VEZIN

Les temps apostoliques (1ère partie). 

L’ambition de ce cycle sur l’histoire de la foi chrétienne est de montrer  comment ceux qui nous ont précédés ont vécu leur foi, et quelles étaient les questions qui se posaient à eux ( qui souvent se posent encore à nous). Il s’agit donc bien d’une histoire de la foi,  plus que de l’Eglise.

 

Le cadre historique. Le judaïsme du premier siècle se situe en Palestine (10% des Juifs) et dans la diaspora (90%). Le judaïsme palestinien est éclaté en diverses tendances : - Sadducéens, proches du Temple et du Grand Prêtre, ainsi que des Romains ; - Pharisiens, hommes pieux, plus centrés sur la Tora que sur le Temple, attentifs aux Prophètes, missionnaires et créateurs de nombreuses synagogues ; - Esséniens (mouvement de pureté) ;          - Zélotes (mouvement de résistance contre l’envahisseur romain). Le judaïsme de la dispersion (diaspora) est surtout implanté dans les villes : Alexandrie (où 3 siècles av. JC débute la traduction de la Bible en grec), Antioche, Rome… Les communautés juives y ont un statut reconnu par le pouvoir romain (procédures juridiques propres, dispense du service militaire du fait de son incompatibilité avec le respect du sabbat, possibilité de collecte d’argent au bénéfice du Temple…), d’où une jalousie à leur égard (c’est déjà l’antisémitisme…). Du point de vue politique, c’est le monde romain qui domine, un monde très centralisé, très organisé (réseau des voies romaines, droit romain…), mais aussi un monde dur (pour les esclaves, pour les femmes, pour les enfants) et de mœurs assez dépravées. Quant à ce qui existe hors du monde romain, on est peu  documenté sur ce point.

 Les débuts de la foi chrétienne. Ils nous sont essentiellement connus par des textes chrétiens (et quelques non chrétiens, cf. document 1). D’abord par les lettres de Paul (entre les années 50 et 60) : dans le monde antique où écrire était difficile (lire l’était aussi du fait des nombreuses abréviations utilisées), la forme « lettre » était un genre littéraire répondant aux règles de la rhétorique, et destiné à la lecture publique ; ces lettres nous renseignent sur ce qui se passait dans les communautés. Ensuite par les Actes des Apôtres (vers 80) où l’auteur, l’évangéliste Luc, se veut enseignant mais aussi historien (j’ai décidé… après m’être informé exactement de tout depuis les origines, d’en écrire pour toi l’exposé suivi, excellent Théophile, pour que tu te rendes compte de la sûreté des enseignements que tu as reçus.  Lc 1 3-4) et où, selon la méthode antique il recourt dans son texte à de nombreux grands discours. Les principales étapes des débuts du christianisme sont : - l’implantation des premières communautés à Jérusalem, - une première ouverture vers le monde non juif via la Samarie et Antioche (Jérusalem restant cependant la référence), - les missions de Paul, auprès des Juifs puis des païens, avec la question : « peut-on être chrétien sans passer par la foi juive ? », - les premières persécutions, en provenance du Sanhédrin (lapidation de Jacques, frère de Jean) et des Romains, et les premiers témoins martyrs.

Les affirmations de la foi naissante. Le fait le plus marquant est, tout simplement, l’apparition d’une foi : des gens se mettent à croire. Ce Jésus que l’on a connu, que l’on a vu crucifié, Dieu l’a réveillé, ressuscité : telle est la nouvelle. La poste romaine transmettait ainsi des nouvelles, mais ici c’est une « bonne » nouvelle, que l’on proclame d’autant plus qu’elle est pour ainsi dire impensable : elle concerne un homme ayant subi le supplice des esclaves, et non un messie restaurateur de la royauté en Israël, ou un envoyé de Dieu qui, selon la mentalité juive, ne pouvait que « réussir » ; et c’est pourtant lui que l’on proclame Christ (envoyé) et Seigneur (ce qui signifie Dieu dans la Bible). Cette foi se dit avec des mots simples (Dieu a ressuscité Jésus d’entre les morts ; cf. document 2), en recourant à une relecture croyante de la Bible, en particulier des Prophètes remis en honneur par les Pharisiens : la figure du Juste souffrant (Isaïe) permet de comprendre comment le Christ a pu être crucifié.

Rapidement, une question se pose : faut-il passer par la foi juive pour devenir chrétien ? Dans son épître aux Galates (Ga 2), Paul l’évoque longuement. L’épisode du baptême de Corneille (Ac 10, 11) y répond : « il ne faut appeler aucun homme souillé ou impur ». Et l’affaire sera tranchée à Jérusalem, sous l’autorité de Jacques, « frère de Jésus » : les non juifs ont accès à la foi, sous réserve de respecter certains interdits alimentaires destinés à permettre la communauté de table avec les Juifs (Ac 15).

 Les pratiques de la foi naissante. Selon Ac 2 42, les premiers chrétiens étaient « assidus à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain (qui désigne l’Eucharistie) et aux prières ». Prodiges et signes accréditent la proclamation des apôtres. La pratique du baptême, qui remplace la circoncision en permettant de s’adjoindre de nouveaux membres quelle que soit leur origine (il n’y a plus ni juifs ni grecs, ni esclaves ni hommes libres…Ga 3 28), est attestée, avec le rite de l’eau (immersion), et l’affirmation de la foi au moment du baptême. De même est attestée la pratique de l’Eucharistie, qui implique partage et communauté de table. Par ailleurs des questions concrètes se posent: par exemple, peut-on manger de la viande sacrifiée aux idoles (qui était moins coûteuse) ? Paul répond : ça n’a aucune importance sauf si ça gêne certains frères…

 Annexes :
Document 1 : Repères chronologiques et témoignages extérieurs.
Document 2 : Première annonce de la foi.
Document 3 : Pratiques de la foi naissante.