HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 20 NOVEMBRE 2003

 

Vivre la foi dans un monde païen - 2ème et 3ème siècles
(2ème partie). 

    En dépit des persécutions (cf. le compte rendu précédent), les 2ème et  3ème siècles sont une période riche et créative pour l’histoire de la foi, et l’enseignement chrétien se développe. Les chrétiens lisent l’Ancien Testament - au départ leur seule Ecriture - dans la traduction grecque des Septante, et cela influe sur  la compréhension du christianisme dans le monde greco-romain. C’est dans  la Tradition vivante, venue des apôtres, que se constituent des écrits chrétiens qui vont peu à peu recevoir, eux aussi, le statut d’Ecriture et être réunis pour former le Nouveau Testament (NT) ;  tandis que d’autres, qui alimentent la foi populaire, ne sont pas retenus et seront qualifiés d’apocryphes. Cette constitution de l’Ecriture ne va pas sans difficultés : par exemple, Marcion (mi-2ème siècle) déclare caduc l’Ancien Testament et rejette son « Dieu vengeur », ne retenant que les lettres de Paul et certains écrits de Luc ; mais les communautés chrétiennes, qui se référent à la fois aux prophètes, au Christ et aux  apôtres, font le tri entre les écrits où s’exprime authentiquement la foi apostolique et les autres. A la fin du 2ème siècle, ce tri est à peu près fait, et le « canon » du NT retient quatre évangiles (texte 3) les épîtres de Paul, certaines épîtres (Jn, Jc), alors que d’autres et l’Apocalypse n’ont pas encore un statut très clair. Les critères d’agrégation au canon du NT ont été : l’apostolicité des textes (leur rattachement à un apôtre) ; leur utilisation dans la liturgie; le discernement des communautés chrétiennes. Jusqu’au 4ème siècle, ce canon comportera de petites différences, traduisant les cultures propres de l’Occident et de l’Orient.

    L’interprétation des Ecritures donne lieu à des polémiques, avec les Juifs, mais aussi avec les gnostiques (qui font appel à « des révélations particulières »). Pour les chrétiens, les Ecritures ne sont pas une lettre figée et il est donc possible de les traduire (Tatien, disciple de Justin, harmonise les quatre évangiles et les traduit  en syriaque). De même l’interprétation fait appel aux méthodes profanes du temps (l’allégorie), que pratiquent les Alexandrins, en particulier Origène (texte 1), qui distinguent trois sens possibles du texte biblique : historique, moral et spirituel, et considèrent que la philosophie prépare l’accès aux vérités de la foi. Pour Irénée (texte 2) ces vérités sont portées par une Tradition vivante, qui vient des apôtres et dont témoignent les Ecritures ; d’où son insistance sur la continuité de la succession apostolique dans les Eglises, et en particulier dans celle de Rome, dont, à ses yeux, la prééminence tient au fait qu’elle a été fondée par Pierre et par Paul. Cyprien, vers 250, sera plus nuancé quant aux rôles respectifs, selon les sujets, de l’évêque de Rome et des épiscopats locaux.

    De grands débats internes apparaissent à cette époque à propos du baptême et de la pénitence. Faut-il re-baptiser quelqu’un qui a déjà été baptisé par des « hérétiques » ? Cyprien le pense, avec les Eglises d’Afrique, mais Rome et les Eglises d’Asie ont une autre pratique et estiment que le baptême ne peut être « réitéré » : cette position finira par prévaloir. Autre interrogation : sans doute le baptême efface-t-il tous les péchés, mais les baptisés pèchent à nouveau, dès lors que faire ? Vers 150,le livre du Pasteur d’Hermas (texte 4) est le premier témoin d’une pénitence, qui concerne les péchés graves et ne peut avoir lieu qu’une seule fois dans la vie.  C’est aussi le point de vue de Clément d’Alexandrie. Tertullien estime qu’il y a des péchés irrémissibles, alors que le pape Calliste admet que la miséricorde de Dieu s’applique à tous les péchés.  Autre question : au moment de la persécution de Dèce (250) beaucoup de chrétiens avaient abjuré ; la persécution passée, fallait-il réintégrer ceux qui avaient  failli (les lapsi) ? La pratique de l’Eglise fut de les réintégrer, mais après un temps de pénitence, -et cette pratique nous dit que l’Eglise est constituée non pas tant de « purs » que de pécheurs pardonnés. Alors que  certains « confesseurs » (qui avaient « confessé » leur foi en prison) s’arrogent, forts de leur prestige, le droit de réconcilier trop rapidement des lapsi, les évêques, notamment Cyprien, refusent que soit ainsi « bradée » la miséricorde de Dieu et imposent une durée de pénitence liée à la gravité de la faute, la réintégration du pêcheur dans l’Eglise se faisant au cours d’une cérémonie publique qui comporte l’imposition des mains (texte 4).

    Au 3ème siècle, les chrétiens commencent à avoir « pignon sur rue » et la société chrétienne s’organise. Les candidats au  baptême s’y préparent longuement dans un ordre des catéchumènes. De même les pénitents (ceux qui ont commis des péchés graves) forment une sorte d’ordre (texte 4). Les prières des assemblées  eucharistiques du dimanche sont de plus en plus formalisées, tandis qu’en semaine les formes sont plus variables (instructions, agapes auxquelles sont conviés les indigents…) La hiérarchie se constitue peu à peu, avec le corps des évêques (fin du 2ème siècle), les prêtres, diacres, lecteurs, portiers, confesseurs, ainsi que les veuves et les diaconesses (au service des femmes de la communauté). Certains sièges épiscopaux prédominent : Alexandrie, Antioche, Carthage, Rome. Autour des villes, un début de christianisation des campagnes impose à l’évêque de la ville d’y envoyer des délégués (origine des paroisses). La pratique synodale s’instaure pour trancher les débats locaux. Un art chrétien apparaît, en particulier dans les cimetières, et on  y retrouve les thèmes de la catéchèse de l’époque. L’éducation chrétienne des enfants est donnée en famille, hors de l’école (païenne). La vie chrétienne met l’accent sur la simplicité (nourriture, vêtements), s’interroge sur la participation aux bains, aux gymnases, mais s’interdit les jeux et spectacles… On christianise le mariage romain, on rompt avec les pratiques conjugales relâchées. On s’interroge sur la conduite à tenir dans la vie économique, sur la place des militaires, sur l’esclavage… A la fin du 3ème siècle, nombre de dirigeants et de fonctionnaires sont chrétiens.

  Annexes :
Texte 1 : Origène.
Texte 2 : Irénée, tradition et succession apostolique.
Texte 3 : Irénée, contre les hérésies.
Texte 4 : Textes sur la pénitence.