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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 20 NOVEMBRE 2003

 

Texte 1

SIMPLICITE DES ECRITURES ET PHILOSOPHIE GRECQUE

 

Origène (Contre Celse, VI,1,2) - vers 248

"Celse, en effet, cite maints passages surtout de Platon, les compare à des extraits des saintes Ecritures capables d'impressionner même un esprit intelligent et soutient que tout cela a été mieux dit chez les Grecs, sans faire intervenir menace ou promesse de Dieu ou du fils de Dieu. A cela je réponds : c'est le devoir des ministres de la vérité d'aider le plus grand nombre possible d'hommes et autant que faire se peut, d'attirer à elle par philanthropie tous les hommes, aussi bien l'intelligent que le sot, et encore pas seulement les Grecs à l'exclusion des barbares ; et c'est une action très "civilisatrice" (euémeron)que de pouvoir convertir même les plus rustres et les simples (ce que contestait Celse). Il est donc évident qu'on doit avoir le souci de s'exprimer dans un style à la portée de tous et capable de gagner l'audience de chacun. Au contraire, congédier comme des esclaves les simples, incapables d'apprécier l'agrément du style des discours et l'ordonnance de leurs messages, et n'avoir souci que des auditeurs formés aux lettres et aux savoirs (mathemasin), c'est réduire la sociabilité (xoinônikon) à un domaine bien étroit et insignifiant.

J'ai fait ces remarques pour justifier, contre les critiques de Celse et d'autres auteurs, la simplicité d'expression des Ecritures qui paraît éclipsée par le brillant de la composition littéraire. Nos prophètes, Jésus et ses apôtres se proposaient une méthode de prédication qui non seulement contient les vérités, mais encore a la puissance d'entrainer les esprits de la multitude : alors convertis et initiés, ils s'éléveraient chacun selon ses forces aux vérités voilées sous des expressions apparemment simples. Et même, s'il faut oser dire, c'est à un petit nombre qu'a été utile, si toutefois il l'a été, le style élégant et raffiné de Platon et de ses imitateurs ; mais ceux qui ont enseigné et écrit dans un style plus simple d'une manière pratique et populaire ont été utiles à un grand nombre.

Loin de moi la pensée de critiquer Platon : de lui aussi la grande foule des hommes a retiré des avantages; mais je veux mettre en lumière l'intention de ceux qui ont dit : "Ma doctrine et ma prédication n'avaient rien des discours persuasifs de la sagesse ; c'était une démonstration de l'Esprit et de la puissance, afin que notre foi reposât non point sur la sagesse des hommes mais sur la puissance de Dieu" (1 Co 2, 4-5). Le divin Verbe (logos) déclare que prononcer un mot, fût-il en lui-même vrai et très digne de foi, n'est pas suffisant pour toucher l'âme humaine sans une puissance donnée par Dieu à celui qui parle et une grâce qui rayonne dans ses paroles, véritable don de Dieu à ceux dont la parole est efficace. C'est bien ce que dit le prophète dans le psaume soixante-septième : "Le Seigneur donnera sa parole à ceux qui prêchent avec grande puissance".

A supposer qu'en certains points les doctrines soient identiques entre les Grecs et ceux qui prêchent notre Evangile, elles n'ont certainement pas la même puissance pour attirer les âmes et les disposer à en vivre. Voilà pourquoi les disciples de Jésus, simples ignorants par rapport à la philosophie grecque, ont parcouru maintes régions de la terre, influençant chacun de leurs auditeurs selon son mérite, au gré du Verbe (logos); et les auditeurs, dans la mesure où leur liberté les inclinait à accepter la vertu, y progressèrent davantage.

 

Lettre d'Origène à son disciple Grégoire le Thaumaturge, (Philocalie ch. 13) - vers 240

"Le bon naturel en matière d'intelligence, comme tu le sais peut fructifier s'il est exercé; il peut même conduire à réaliser le but auquel on veut l'appliquer. Ton bon naturel peut faire de toi un parfait juriste romain et un philosophe grec, dans l'une des écoles réputées. Mais moi, je voudrais que tu utilises toutes les ressources de ce bon naturel en vue du christianime. Là est le but ; le moyen que je souhaiterais te voir employer pour cela, c'est de prendre à la philosophie grecque ce qui pourrait être, par rapport au christianisme, comme des études préparatoires et classiques; ce qui de la géométrie et de l'astronomie pourra rendre service pour l'interprétation des saintes Ecritures. Ainsi ce que les disciples des philosophes disent de la géométrie, de la musique, de la grammaire, de la rhétorique, de l'astronomie comme auxiliaires de la philosophie, nous le disons, nous, de la philosophie elle-même, à l'égard du christianisme."

Cette lettre se termine par une chaleureuse recommandation à lire sans relâche les Ecritures :

(...) D'abord et avant tout veille à lire les Ecritures, oui, veilles-y bien. Il nous faut une grande attention pour lire les Ecritures, si nous ne voulons parler ou penser trop témérairement à leur sujet.(...) T'appliquant à la lecture divine, cherche de la manière qui convient et avec une foi inébranlable l'esprit des lettres  divines caché pour le plus grand nombre. Ne te contente pas de frapper et de chercher, car le plus nécessaire à l'intelligence des choses divines est la prière."