HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 20 NOVEMBRE 2003

 

Texte 2

TRADITION ET SUCCESSION APOSTOLIQUE SELON SAINT IRENEE

 (Contre les hérésies, Livre III et IV)

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Comment, par les apôtres, l'Eglise a reçu l'Evangile

 III - Le Seigneur de toutes choses a en effet donné à ses apôtres le pouvoir d'annoncer l'Evangile, et c'est par eux que nous avons connu la vérité, c'est-à-dire l'enseignement du Fils de Dieu. C'est aussi à eux que le Seigneur a dit : "Qui vous écoute m'écoute, et qui vous méprise me méprise et méprise Celui qui m'a envoyé" (Lc 10,16). Car ce n'est pas par d'autres que nous avons connu "l'économie"[1] de notre salut, mais bien par ceux par qui l'Evangile nous est parvenu. Cet Evangile, ils l'ont d'abord prêché ; ensuite par la volonté de Dieu, ils nous l'ont transmis dans les Ecritures, pour qu'il soit le fondement et la colonne de notre foi.

III - 1.1 Car il n'est pas permis de dire qu'ils l'ont prêché avant d'avoir reçu la connaissance parfaite, comme osent le prétendre certains, qui se targuent d'être les correcteurs des apôtres. En effet, après que notre Seigneur fût ressuscité d'entre les morts et que les apôtres eurent été, par la venue de l'Esprit Saint, revêtus de la force d'en haut, ils furent remplis de certitude au sujet de tout et ils possédèrent la connaissance parfaite; et c'est alors qu'ils s'en allèrent jusqu'aux extrémités de la terre, proclamant la bonne nouvelle des biens qui nous viennent de Dieu et annonçant aux hommes la paix céleste : ils avaient, tous ensemble et chacun pour son compte, "l'Evangile de Dieu".

Ainsi Matthieu publia-t-il chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d'Evangile, à l'époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l'Eglise. Après la mort de ces derniers, Marc le disciple et l'interprète de Pierre nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. De son côté, Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l'Evangile que prêchait celui-ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l'Evangile, tandis qu'il séjournait à Ephése.

Et tous ceux-là nous ont transmis l'enseignement suivant : un seul Dieu, Créateur du ciel et de la terre, qui fut prêché par la Loi et les prophètes, et un seul Christ, Fils de Dieu. Si donc quelqu'un leur refuse son assentiment, il méprise ceux qui ont eu part au Seigneur, méprise aussi le Seigneur lui-même, méprise enfin le Père ; il se condamne lui-même, parce qu'il résiste et s'oppose à so salut, - ce que font précisemment les hérétiques.

 2.1 En effet, lorsqu'ils se voient convaincus à partir des Ecritures, ils se mettent à accuser les Ecritures elles-mêmes : elles ne sont ni correctes ni propres à faire autorité, leur langage est équivoque, et l'on ne peut trouver la vérité à partir d'elles si l'on ignore la Tradition (...) 2.2 Mais, lorsqu'à notre tour, nous en appelons à la Tradition, qui vient des apôtres et qui, grâce aux successeurs des presbytres, se garde dans les Eglises, ils s'opposent à cette Tradition : plus sages que les presbytres et même que les apôtres, ils ont, assurent-ils, trouvé la vérité pure (...) Il se trouve donc qu'ils ne s'acordent plus ni avec les Ecritures ni avec la Tradition.

(...) 

La Tradition apostolique

 III - 3.1. Ainsi donc, la Tradition des apôtres, qui a été manifestée dans le monde entier, c'est en toute Eglise qu'elle peut être perçue par tous ceux qui veulent voir la vérité. Et nous pourrions énumére les évêques qui furent établis par les apôtres dans les Eglises et leurs successeurs jusqu'à nous. (...)

 Les successions d'évêques depuis les apôtres : l'exemple de l'Eglise de Rome

 3.2. Mais comme il serait trop long, dans un ouvrage tel que celui-ci; d'énumérer les successions de toutes les Eglises, nous prendrons seulement l'une d'entre elles, l'Eglise très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établir à Rome ; en montrant que la Tradition qu'elle tient des apôtres et la foi qu'elle annonce aux hommes sont parvenus jusqu'à nous par des successions d'évêques, nous confondrons tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, ou par infatuation, ou par vaine gloire, ou par aveuglement et erreur doctrinale, constituent des groupements illégitimes : car avec cette Eglise, en raison de son origine plus excellente (car fondée par Pierre et Paul), doit nécessairement s'accorder toute Eglise, c'est-à dire les fidèles de partout - elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été consevée la Tradition qui vient des apôtres.

 3.3 Donc , après avoir fondé et édifié l'Eglise, les bienheureux apôtres remirent à Lin la charge de l'épiscopat; c'est de ce Lin que Paul fait mention dans les épîtres à Timothée (2Tim 4,21). Anaclet lui succéde. Après lui en troisième lieu à partir des apôtres, l'épiscopat échoit à Clément. Il avait vu les apôtres eux-mêmes et avait été en relations avec eux : leur prédication résonnait encore à ses oreilles et leur Tradition était encore devant ses yeux. Il n'était d'ailleurs pas le seul car il restait encore à cette époque beaucoup de gens qui avaient été instruits par les apôtres. (....) A ce Clément succède Evariste; à Evariste, Alexandre; puis le sixième à partir des apôtres, Xyste est établi ; après lui, Tlésphore, qui rendit glorieusement témoignage ; ensuite Hygin ; ensuite Pie ; après lui Anicet ; Soter ayant succédé à Anicet, c'est maintenant Eleuthère qui, en douzième lieu à partir des apôtres, détient la fonction de l'épiscopat. Voilà par quelle suite et quelle succession la Tradition se trouvant dans l'Eglise à partir des apôtres et la prédication de la vérité sont parvenues jusqu'à nous. Et c'est là une preuve très compléte qu'elle est une et identique à elle-même, cette foi vivifiante qui, dans l'Eglise, depuis les apôtres jusqu'à maintennat, s'est conservée et transmise dans la vérité. 

(...)

Le recours à la Tradition venue des Eglises où les apôtres ont vécu

 4.1 Telle étant la force de ces preuves, il ne faut donc plus chercher auprès d'autres (les hérétiques) la vérité qu'il est facile de recevoir de l'Eglise, car les apôtres, comme en un riche cellier, ont amassé en elle, de la façon la plus plénière, tout ce qui a trait à la vérité, afin que quiconque le désire y puise le breuvage de la vie. (...) Eh quoi ! S'il s'élevait une controverse sur quelque question de minime importance, ne faudrait-il pas recourir aux Eglises les plus anciennes, celles où les apôtres ont vécu, pour recevoir d'elles sur la question en cause la doctrine exacte ? Et à supposer même que les apôtres ne nous eussent pas laissé l'Ecriture, ne faudrait-il pas alors suivre l'ordre de la Tradition, qu'ils ont transmis à ceux à qui ils confiaient les Eglises ?

 Les peuples barbares qui, sans écrits, ont embrassé la foi grâce à la Tradition des apôtres

 4.2 C'est à cet ordre que donnent leur assentiment beaucoup de peuples barbares qui croient au Christ : ils possèdent le salut, écrit sans papier ni encre par l'Esprit dans leurs coeurs, et ils gardent l'antique Tradition, croyant en un seul Dieu, Créateur du Ciel et de la terre et de tout ce qu'ils renferment, et au Christ Jésus, le Fils de Dieu, qui, à cause de son surabondant amour (Eph. 3,19) pour l'ouvrage par lui modelé , a consenti à être engendré de la Vierge pour unir lui-même par lui-même l'homme à Dieu, qui a souffert sous Ponce pilate, est ressuscité et a été enlevé dans la gloire, qui viendra dans la gloire comme sauveur de ceux qui seront sauvés et juge de ceux qui seront jugés et enverra au feu éternel ceux qui défigurent la vérité et qui méprisent son Père et sa propre venue. Ceux qui sans lettre ont embrassé cette foi sont, pour ce qui est du langage, des barbares ; mais, pour ce qui est des pensées, des usages, de la manière de vivre, ils sont grâce à leur foi, suprêmement sages et ils plaisent à Dieu, vivant en toute justice, pureté et sagesse. Et s'il arrivait que quelqu'un leur annonçât les inventions des hérétiques en s'adressant à eux dans leur propre langue, aussitôt ils se boucheraient les oreilles et s'enfuiraient au plus loin, sans même consentir à entendre ces discours blasphématoires. Ainsi grâce à l'antique Tradition des apôtres, rejettent-ils jusqu'à la pensée de l'une quelconque des inventions mensongères des hérétiques. 


[1] Plan et actions de Dieu dans l'histoire, en vue du salut des hommes