HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 20 NOVEMBRE 2003

 

Texte 3

DEUX EXTRAITS DE SAINT IRENEE 
(Contre les hérésies, Livre III et IV)

__________________________

 Pourquoi quatre évangiles ? Origine des symboles attribués aux évangélistes

III - 11.8 Il ne peut y avoir ni un plus grand ni un plus petit nombre d'Evangiles. En effet, puisqu'il existe quatre régions du monde dans lequel nous sommes et quatre vents principaux, et puisque, d'autre part, L'Eglise est répandue sur toute la terre et qu'elle a pour colonne et pour soutien l'Evangile et l'Esprit de vie, il est naturel qu'elle ait quatre colonnes qui soufflent de toutes parts l'incorruptibilité et rendent la vie aux hommes. D'où il appert que le verbe, Artisan de l'univers, qui siège sur les Chérubins et maintient toutes choses, lorsqu'il s'est manifesté aux hommes, nous a donné un Evangile à quadruple forme, encore que maintenu par un unique Esprit.

C'est ainsi que David, implorant sa venue, disait : "Toi qui siège sur les Chérubins, montre-toi" (Ps 79,2). Car les Chérubins ont une quadruple figure (Ez 1,6 et 10), et leurs figures sont les images du Fils de Dieu. "Le premier de ces vivants, est-il dit, est semblable à un lion" (Ap. 4,7), ce qui caractérise la puissance, la prééminence et la royauté du fils de Dieu ; "le second est semblable à un jeune taureau" (Ap. 4,7), ce qui manifeste sa fonction de sacrificateur et de prêtre ; "le troisième à un visage pareil à celui d'un homme" (Ap 4,7) , ce qui évoque clairement sa venue humaine; "le quatrième est semblable à un aigle qui vole " (Ap 4,7), ce qui indique le don de l'Esprit volant sur l'Eglise. Les Evangiles seront donc eux aussi en acord avec ces vivants sur lesquels siège le Christ Jésus.

Irénée montre alors comment chacun des quatre évangiles est caractérisé par ces quatre vivants, attribuant le lion à celui de Jean, le taureau à celui de Luc, l'homme à celui de Matthieu, enfin l'aigle à celui de Marc. La tradition ultérieure modifiera deux de ces attributions d'Irénée, affectant l'aigle à Jean et le lion à Marc. Irénée conclut :

 En somme, telle se présente l'activité du Fils de Dieu, telle aussi la forme des vivants, et telle la forme de ces vivants, tel aussi le caractère d el'Evangile : quadruple forme des vivants, quadruple forme de l'Evangile, quadruple forme de l'activité du Seigneur. Et c'est pourquoi quatre alliances furent données à l'humanité : la première fut octroyée à Noé après le déluge; la seconde le fut à Abraham sous le signe de la circoncision ; la troisième fut le don de la Loi au temps de Moïse ; la quatrième enfin, qui renouvelle l'homme et récapitule tout en elle, est celle qui, par l'Evangile, éléve les hommes et leur fait prendre leur envol vers le royaume céleste.

 Un texte célébre d'Irénée

IV, 20, 6 (...) Par lui-même l'homme ne pourra jamais voir Dieu; mais Dieu, s'il le veut sera vu des hommes, de ceux qu'il veut, quand il veut et comme il veut. Car Dieu peut tout : vu autrefois par l'entremise de l'Esprit selon le mode prophètique, puis vu selon l'entremise du Fils selon l'adoption, il sera encore vu dans le royaume des cieux selon la paternité, l'Esprit préparant d'avance l'homme pour le Fils de Dieu, le Fils conduisant au Père, et le Père lui donnant l'incorruptibilité et la vie éternelle, qui résultent de la vue de Dieu pour ceux qui le voient.Car, de même que ceux qui voient la lumière sont dans la lumière et participent à sa splendeur, de même ceux qui voient Dieu sont en Dieu et participentà sa splendeur. Or vivifiante est la splendeur de Dieu. Ils auront donc part à la vie, ceux qui voient Dieu. (...)

 20.7 (...) C'est pourquoi le Verbe s'est fait le dispensateur de la grâce du Père pour le profit des hommes : car c'est pour eux qu'il a accompli de si grandes "économies", montrant Dieu aux hommes et présentant l'homme à Dieu, sauvegardant l'invisibilité du Père pour que l'homme n'en vint pas à mépriser Dieu et qu'il eût toujours vers quoi progresser, et en même temps rendant Dieu visible aux hommes par de multiples "économies", de peur que, privé totalement de Dieu, l'homme ne perdit jusqu'à l'existence. Car la gloire de Dieu c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme c'est la vision de Dieu : si déjà la révélation de Dieu par la création procure la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu !

 "... le Verbe de Dieu, Jésus-Christ notre Seigneur, lui qui, à cause de son surabondant amour (Eph. 3,9), s'est fait cela même que nous sommes afin de faire de nous cela même qu'il est". (fin de la préface du livre V)