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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 20 NOVEMBRE 2003

 

Texte 4

TEXTES SUR LA PENITENCE

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Le pasteur d'Hermas (Précepte IV, 3) - vers 140/150

"- Seigneur, dis-je, j'ajouterai encore une question - Parle, dit-il - J'ai entendu certains docteurs dire qu'il n'y a pas d'autre pénitence (metanoia) que celle du jour où nous descendîmes dans l'eau (du baptême) et où nous reçûmes le pardon de nos péchés antérieurs". Il me dit : "Ce que tu as entendu est exact. Il en est ainsi. Celui qui a reçu le pardon de ses péchés (dans le baptême) ne devrait plus pécher, mais demeurer en sainteté. Mais puisqu'il te faut toutes les précisions, je t'indiquerai encore ceci, sans donner le prétexte de pécher à ceux qui croiront ou à ceux qui se mettent maintenant à croire au Seigneur, car les uns comme les autres n'ont pas à faire pénitence de leurs péchés antérieurs. C'est donc uniquement pour ceux qui ont été appelés avant ces tout derniers jours que le Seigneur a institué une pénitence. Car le Seigneur connaît les coeurs, et sachant tout d'avance, il a connu la faiblesse des hommes et les multiples intrigues du diable, qui fera du tort aux serviteurs de Dieu et exercera contre eux sa malice. Dans sa grande miséricorde, le Seigneur s'est ému pour sa créature et a institué cette pénitence et il m'a accordé de la diriger. Mais je te le dis , reprit-il : "si, après "cet appel important et solennel" (cette expression désigne le baptême), quelqu'un séduit par le diable, commet un péché, il dispose d'une seule pénitence ; mais s'il pèche de nouveau, même s'il se repent, la pénitence est inutile à un tel homme : il aura bien de la peine à jouir de la vie." Je lui dis : "Seigneur, je reviens à la vie après ces renseignements détaillés. Car je sais que si je n'ajoute pas à mes péchés, je serai sauvé. - Tu seras sauvé, dit-il, et tous ceux qui feront de même."

 

Clément d'Alexandrie (Stromates, II, 13) - vers 200

 "Celui qui reçoit la rémission des péchés (dans le baptême) ne doit plus pécher à l'avenir. Cependant, en plus de la première et unique pénitence des fautes (c'est-à dire le baptême) - il s'agit de fautes commises durant une première vie, la vie païenne antérieure, passée dans l'ignorance - pour ceux donc qui ont été appelés, une pénitence est proposée en vue de purifier l'âme de ses fautes, pour que la foi y soit bien établie. Etant donné que "Dieu connaît les coeurs" (Ac 15,8) et sait le futur, il a prévu dès les origines la faiblesse et la versatilité de l'homme, ainsi que l'astuce du démon; celui-ci jaloux à cause de la (première) rémission des péchés (dans le baptême), suscitera toujours aux serviteurs de Dieu des occasions de pécher, par des machinations pleines de malice, afin de les faire tomber avec lui.

Dans sa grande miséricorde, Dieu a donc donné aux croyants qui tombent dans le péché une seconde pénitence afin que si quelqu'un était tenté après son élection (par le baptême) et souffrait tentation et violence, il puisse encore obtenir une "pénitence salutaire et sans regret" (2 Co 7,10). "Car si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaisance de la vérité, il n'y a plus de sacrifice pour les péchés. Il y a au contraire , une perspective redoutable, celle d'un jugement et d'un courroux de feu qui doit dévorer les rebelles" (He 10, 26-27).

(....) C'est au contraire se disposer à pécher que de se repentir sans cesse, et l'on est entraîné à la versatilité par manque d'ascèse. C'est une apparence de pénitence, et non une pénitence vraie, que de demander fréquemment le pardon pour des fautes toujours renouvelées.

Didascalie des douze apôtres (II, 12) vers 220-230, Syrie

"Les païens lorsqu'ils se convertissent et disent : "Nous croyons", nous les recevons dans la communauté chrétienne pour qu'ils entendent la Parole, mais nous ne les fréquentons pas jusqu'à ce qu'ils aient reçu le sceau (baptême) et qu'ils soient devenus parfaits. De même nous ne fréquentons pas les pécheurs jusqu'à ce que leur repentance ait porté ses fruits. Mais ces pécheurs ont le droit d'entrer dans l'assemblée pour entendre la parole, afin qu'ils ne périssent pas complétement. Mais ils ne participeront pas à la prière (eucharistique), ils sortiront de l'église ; car s'ils se rendent compte qu'il leur est interdit de prendre part à l'assemblée, ils se corrigeront, se convertiront et s'efforceront de se faire réadmettre à la prière de la communauté. En outre, les fidèles qui voient et entendent que ces pécheurs sortent comme des païens et des publicains, ressentiront de la frayeur, et se garderont soigneusement de pécher, de peur qu'ils leur arrive la même chose, et qu'eux aussi ne doivent quitter l'église s'ils sont convaincus de péché ou de mensonge.

N'interdis pas cependant, évêque, à ces pécheurs d'entrer à l'église et d'entendre la Parole, car notre Seigneur, le Sauveur n'a pas rejeté et réprouvé complétement les pécheurs et les publicains ; il a même pris ses repas avec eux. A ce propos, les pharisiens ont murmuré contre lui et ont dit : "Il mange avec les publicains et avec les pécheurs". Notre Seigneur leur répondit  : "Ce ne sont pas les hommes  en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades" (Mt 9,11-12). C'est pourquoi allez à ceux qui sont convaincus d'avoir péché et qui sont malades, attirez-les à vous, prenez soin d'eux, parlez-leur, consolez, retenez et convertissez-les. Lorsque l'un d'eux se convertit et que son repentir a porté ses fruits, alors recevez le à la prière, comme vous recevez le païen. de même que tu baptises le païen et le reçois dans la communion, de même impose la main au pécheur, pendant que toute l'assemblée prie pour lui, et, ensuite, autorise-le à pénétrer dans l'église et reçois-le dans votre communauté. L'imposition des mains tient lieu de baptême pour le pécheur, car nous recevons la communication de l'Esprit-Saint soit par l'imposition des mains, soit par le baptême. C'est pourquoi, évêque, comme un médecin compatissant, soigne tous les pécheurs, use de tout ton savoir et procure la guérison, pour que les pécheurs vivent. Ne soit pas prompt à retrancher de la communauté certains pécheurs, use plutôt de ta parole comme d'un pansement, use de tes réprimandes comme d'un baume, use de ta prière comme d'un emplâtre. (...)

 

Cyprien (Traité des apostats, 15-18), printemps 251

A l'issue des persécutions, certains martyrs-confesseurs s'arrogeaient le droit de réconcilier des apostats sans attendre la longue pénitence, considérée comme la volonté de Dieu et exigée par l'évêque.

"Frères bien-aimés, une calamité d'un nouveau genre est apparue et, comme si la tempête de la persécution ne sévissait pas assez, elle a été portée à son comble, sous prétexte de miséricorde ; par un mal trompeur et un fléau qui se cache sous des apparences caressantes. En opposition ave la rigueur de l'Evangile, en opposition avec la loi du Dieu et Seigneur, par l'audace de certains voici que la communion est accordée imprudemment (...) Avant l'expiation du délit, avant l'exomologèse du crime, avant que la conscience ait été purifiée par la main et le ministère de l'évêque, avant d'avoir apaisé l'offense faite au Seigneur irrité et menaçant, ils font violence au corps et au sang du Christ et ils pèchent contre Dieu avec leurs mains et leurs bouches, plus que lorsqu'ils ont renié le Seigneur. Ils croient que c'est la paix, ce que certains vendent d'une manière trompeuse (...) La complaisance excessive (à donner la réconciliation) ne donne pas la paix mais l'enlève et, loin de procurer la communion, obstrue la route vers le salut.(...) Que personne ne se trompe et ne se fasse des illusions sur soi-même. Dieu seul peut pardonner.

 

Lettre de l'évêque Denys d'Alexandrie à Fabius d'Antioche (Eusèbe, H.E. VI, 44, 2-6) vers 260

Pour apaiser les scrupules de l'évêque Fabius, Denys lui cite un exemple qui confirme que l'on accordait le pardon aux mourants, même s'il n'avaient pu être officiellement réconciliés avec la communauté, mission qui revient normalement à l'évêque  ou à son délégué, mais comme le rappelait Cyprien "seul Dieu peut pardonner". Cette lettre témoigne aussi de la pratique, au IIIème siècle à Alexandrie, de  conserver l'Eucharistie chez soi, ainsi que d'une pratique ancienne  du viatique (communion donnée aux mourants).

"(...) Je t'exposerai ce seul exemple qui est arrivé chez nous. Il y avait chez nous un certain Sérapion, vieillard fidèle, qui pendant longtemps avait vécu d'une manière irréprochable, mais qui avait failli au cours de l'épreuve (la persécution). Cet homme demandait souvent (le pardon de ses fautes) mais personne ne faisait attention à lui car il avait sacrifié (aux dieux). Etant tombé malade, il resta trois jours de suite sans pouvoir parler et sans connaissance. Le quatrième jour, comme il allait un peu mieux, il appela son petit-fils et dit : "jusqu'à quand, me retenez-vous ? Je vous en prie, dépéchez-vous et déliez moi bien vite. Appelle-moi quelqu'un des prêtres". Et ayant dit cela, il fut de nouveau sans voix. L'enfant courut chez le prêtre, c'était la nuit et celui-ci était malade. Il ne pouvait pas sortir; et comme d'autre part, j'avais donné l'ordre (moi l'évêque) qu'il fut pardonné à ceux qui sortaient de la vie s'ils le demandaient et surtout s'ils avaient auparavant supplié, afin qu'ils mourussent dans l'espérance, il donna un peu de l'Eucharistie à l'enfant, lui recommandant de la mouiller et de la glisser dans la bouche du vieillard. L'enfant revint à la maison, en portant (l'Eucharistie) : lorsqu'il fut tout près, avant qu'il entrât, Sérapion revint de nouveau à lui : "Tu es venu, dit-il, mon enfant! Le prêtre n'a pu venir, mais toi, fais vite ce qu'il t'a ordonné et laisse moi aller". L'enfant mit (l'Eucharistie) dans un liquide qu'il versa en même temps dans la bouche du vieillard ; celui-ci en avala un peu et aussitôt rendit l'esprit. N'avait-il pas manifestemment été conservé et n'était-il pas resté en vie jusqu'à ce qu'il fut absous, et que son péché ayant été effacé à cause des nombreuses bonnes actions qu'il avait faites, il pût être reconnu comme chrétien (omologéthénai).