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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 4 DECEMBRE 2003

  JM.VEZIN

Le 4ème siècle. 

Contexte historique. Alors que pendant près de 40 ans les chrétiens venaient de vivre une « petite paix », le 4ème siècle commence (document 1) avec la persécution de Dioclétien, dont les édits visent à faire disparaître le christianisme de l’Empire. C’est la plus violente des persécutions : il y a de nombreux martyrs, surtout en Orient. Mais cette persécution « n’aboutit » pas, et Galère, à son corps défendant, prend en 311 un édit de tolérance. En Occident, après sa victoire sur Maximien, Constantin se convertit et donne leur place aux chrétiens, leur attribuant droits et prébendes, construisant des basiliques… Il devient le protecteur du christianisme ; le type de pouvoir religieux qu’il exerce est d’ailleurs conforme à la pensée religieuse (romaine) du temps, moins tournée vers un divin multiforme que vers une personne, celle de l’empereur. La religion chrétienne va peu à peu remplacer légalement la religion païenne, que Julien l’Apostat (empereur de 361 à 363) essaiera un temps de restaurer, mais finalement Théodose, en 380, proclamera le christianisme religion d’Etat. Si au plan politique la situation est difficile (l’Empire prend un tour totalitaire et policier ; la rivalité grandit entre Rome et Constantinople, que séparent leurs langues, latin et grec), le christianisme, lui, connaît une situation de paix, au risque d’une confusion entre pouvoir de l’Etat et pouvoir religieux  (alors que le Christ, lui, n’avait pratiquement jamais eu de relations avec le pouvoir politique, excepté au cours de son procès).

Deux crises. L’Eglise doit-elle se comprendre comme une Eglise de pêcheurs, et par suite ré-insérer, moyennant pénitence, ceux qui ont abjuré lors de la persécution de Dioclétien, ou doit-elle être une Eglise des « purs » ? Question ancienne, qui réapparaît avec l’élection à Carthage d’un évêque « de la multitude », Cécilien, que récusent les « purs » qui élisent Donat : c’est le schisme donatiste, auquel se trouve bientôt mêlé l’empereur (car à qui donner les subsides ?) ; l’empereur décide alors - ce qui, pour des siècles, constituera un précédent - de convoquer un concile (Arles, 314) ; mais les troubles continueront dans l’Eglise d’Afrique jusqu’au début du 5ème siècle (arrivée des Barbares). L’autre crise est initiée par Arius, qui mettait en cause la divinité du Christ. La question de la relation du Fils au Père avait déjà fait l’objet de synodes (pratique en effet très fréquente à l’époque), mais la question allait se développer au début du 4ème siècle, marquée par l’influence de la pensée d’Origène. Si l’on conçoit Dieu comme immatériel et unique : comment peut-on avoir un contact avec Lui ? Comment peut-il avoir un Fils ? Et si ce Fils est Dieu, y a-t-il alors deux Dieux ? A cette question, certains répondaient : le Fils n’est qu’une « modalité » de la personne du Père ; mais c’était nier la distinction entre le Père et le Fils. C’est dans ce contexte qu’intervenait Arius, un prêtre d’Alexandrie mais formé à Antioche. Soucieux d’affirmer la transcendance du Père, Arius était conduit à dévaloriser le Fils : Jésus est-il vraiment Dieu, a-t-il existé de toute éternité, n’a-t-il pas été créé dans le temps ? L’évêque d’Alexandrie donne tort à Arius, qui trouve refuge à Antioche ; d’où une crise entre Alexandrie et Antioche, qui conduit l’Empereur à convoquer un concile à Nicée (325). Ce concile, qui réunit environ 300 évêques, élabore des « canons » (règles) sur le fonctionnement de l’Eglise (texte 1), mais surtout formule un Credo trinitaire, qui  s’oppose aux positions ariennes en affirmant notamment que le Fils est « consubstantiel au Père ». Mais ce Credo de Nicée est  aussitôt contesté. La crise agite les esprits et revêt un aspect politique ; l’empereur Constance, arien, essaie à travers de multiples petits conciles d’imposer une formule qui se borne à  dire que le Fils est « semblable » au Père, mais qui suscite d’autres formules. Athanase et Rome restent fidèles à la foi de Nicée à laquelle finiront par se rallier les orientaux, grâce notamment aux efforts des Pères de Cappadoce (Basile de Césarée, Grégoire de Naziance, Grégoire de Nysse). En 381, le concile de Constantinople (reconnu ultérieurement comme œcuménique) confirmera le Credo de Nicée, en développant l’article sur le Saint-Esprit, dont la divinité avait été mise en cause et qu’avait défendu Basile (texte 4). Le  Credo de Nicée-Constantinople (textes 2 et 3) est commun à toutes les confessions chrétiennes, d’où sa portée œcuménique.

Les autres faits marquants du siècle sont d’abord, avec Antoine, les débuts du monachisme. A défaut d’atteindre la perfection par le martyre, les anachorètes vont au désert mener en solitaires une vie d’ascèse ; puis progressivement s’instaure, avec les cénobites, une vie commune. Par leurs écrits, Athanase (texte 5), Cassien (fondateur de monastères à Marseille), font connaître le monachisme en Occident, tandis que Jérôme contribue à son renom.  Des « règles » apparaissent, celle de Pacôme qui propose des modèles dans l’AT, celle de Basile qui prend pour modèle les communautés des Actes des Apôtres. L’activité missionnaire se développe au delà de l’empire, dans le monde perse, ainsi qu’en Arménie, Caucase, Ethiopie, sous l’influence de chrétiens qui s’introduisent dans les milieux dirigeants et les convertissent, ainsi que d’intellectuels qui, après avoir constitué des alphabets propres aux langues locales, traduisent la Bible (méthode qui perdurera jusqu’à aujourd’hui). La vie chrétienne se caractérise par le culte des martyrs, l’apparition d’un calendrier liturgique avec en particulier Noël (dates différentes en Orient et en Occident) et le cycle de Pâques, la construction de basiliques où se déroulent de grandes liturgies (différentes selon les lieux), la naissance du chant des fidèles (texte 6). La vie sacramentelle est surtout centrée sur le baptême ( texte 6) et l’Eucharistie (avec, là aussi, des pratiques diverses).

   Annexes :
Document 1 : Repères chronologiques.
Texte 1
: Canons de Nicée.
Texte 2 : Credo de Nicée-Constantinople.
Texte 3 : Créer et engendrer.
Texte 4 : Le Saint Esprit.
Texte 5 : Vie d’Antoine.
Texte 6 : Le chant ; la catéchèse baptismale.