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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 4 DECEMBRE 2003

 

Texte 4

LE SAINT ESPRIT

Ecrit vers 375 par saint Basile, évêque de Césarée (de Cappadoce), son traité sur le Saint-Esprit est notamment une défense de la foi proclamée à Nicée face à des ariens qui niaient la divinité du Saint Esprit. On les appelait pour cela "pneumatomaque" (ou macédoniens). Ambroise (évêque de Milan), lettré qui savait le grec, y puisa pour son propre traité sur le Saint Esprit et contribua ainsi à répandre la pensée de Basile en Occident.

On l'appelle "Esprit de Dieu", "Esprit de Vérité qui procède du Père" (comme saint Jean dans son Evangile, 15,26), "Esprit de droiture", "Esprit de générosité", mais son nom propre est "Esprit-Saint", car ce nom indique qu'il n'a pas de corps, qu'il n'est pas matériel et qu'il est la simplicité même. Ainsi le Seigneur voulant apprendre à la Samaritaine qui voulait adorer Dieu en un lieu, que Celui-ci n'ayant pas de corps n'est attaché à aucun lieu, lui dit : "Dieu est Esprit." Celui qui pense à l'Esprit ne doit donc pas se figurer une nature bornée sujette aux variations et soumise aux changements, semblable aux créatures. Il doit au contraire tenter de se représenter un Etre intelligent, infini en puissance, illimité en grandeur, échappant à la mesure du temps et des siècles et généreux à l'extrême.

Vers lui se tournent tous ceux qui ont besoin de devenir meilleurs. Travaillant à assurer la perfection des autres, il ne peut rien lui manquer ; il n'a a pas à refaire ses forces comme les vivants, puisqu'il est source de vie ; il ne peut grandir puisqu'il est la perfection, la plénitude et qu'il est partout présent.

Source de sanctification, lumière intelligible, il fournit par lui-même à tout homme une sorte de lumière pour la découverte de la vérité. Inaccesssible par nature, il se laisse comprendre par sa bonté. Il remplit tout de sa puissance mais ne se communique qu'à ceux qui sont dignes de sa présence. Il ne se donne pas à tous de la même manière, mais se communique aux âmes en fonction de la foi de chacun. Simple par nature, il est multiple par son action, semblable en cela au rayon du soleil dont chacun peut jouir comme s'il était seul à le posséder, mais qui en fait illumine l'univers entier. Ainsi l'Esprit est présent en chacun de ceux qui sont capables de le recevoir comme s'il était seul à exister et en même temps il se trouve en totalité chez tous. C'est pourquoi ceux qui recoivent le Saint-Esprit ne peuvent jamais le prendre complètement, mais ils en jouissent autant qu'ils le peuvent.

Cette participation de l'âme à l'Esprit n'est donc pas conditionnée par un rapprochement local, mais dépend de l'exclusion des passions qui, en tournant notre esprit vers la matière, le séparent de l'intimité de Dieu. Se purifier par conséquent de nos vices, concentrer nos efforts pour rendre à l'âme sa pureté et sa beauté, telle est la condition essentielle pour recevoir l'Esprit-Saint. Et lui, semblable au soleil qui illumine le paysage pour ceux qui ont des yeux saints, te fera découvrir l'image de Dieu invisible.

Il éléve les coeurs. Il conduit les faibles par la main, il facilite la progression de ceux qui veulent devenir parfaits. C'est lui qui illumine les âmes de ceux qui entrent en communion avec lui. De même que les pierres précieuses jettent leur éclat lorsqu'elles sont frappées par les rayons du soleil, de même l'âme qui est illuminée par l'Esprit projette cette lumière autour d'elle et répand la grâce dans le monde.

De là vient l'intelligence des mystères de la foi, de là les intuitions prophètiques, de là la distribution de la grâce, de la persévérance dans la foi, de la ressemblance avec Dieu, de là enfin notre participation à la vie divine.

Telles sont en quelques mots certaines notions essentielles, choisies parmi beaucoup d'autres, concernant ce qu'est et ce que fait le Saint-Esprit.  

                    Saint Basile, Traité du Saint-Esprit, Ch. IX (Traduction modernisée)