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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 11 DECEMBRE 2003

  JM.VEZIN

De la fin du 4ème siècle au 6ème siècle. 

·     Rappel sur les Pères de l’Eglise. De 350 à 450, la paix constantinienne permet l’éclosion de nombreux écrivains chrétiens, dénommés ultérieurement Pères de l’Eglise. Beaucoup écrivent en grec : Athanase (qui maintient, face aux Ariens, le foi de Nicée) et Cyrille, à Alexandrie; Jean Chrysostome (connu en particulier par ses catéchèses baptismales), Théodoret de Cyr, Théodore de Mopsueste, à Antioche ; Basile de Césarée, Grégoire de Naziance, Grégoire de Nysse, en Cappadoce ; Cyrille, à Jérusalem. D’autres s’expriment en latin : Ambroise, un ancien préfet devenu évêque de Milan, Jérôme, Augustin, … Ces Pères se caractérisent par leur haut niveau de culture (ce sont de bons écrivains et de bons orateurs), leur appartenance à des milieux chrétiens (ils sont « à l’intérieur de la foi »), leur référence constante à  l’Ecriture (qu’au fond ils ne font que commenter), leur attirance pour la vie monastique. Nous leur sommes redevables aujourd’hui d’une certaine compréhension de la foi, - par exemple sur l’Eucharistie (sur la présence réelle, qu’à l’époque on admet dans la foi sans se poser la question du « comment ? » ; sur la manière de recevoir le corps du Christ dans « le trône de la main »… cf. textes 1 & 2). La Bible, qui n’était jusqu’alors utilisée qu’en grec (version des Septante), ou dans des traductions faites à partir des Septante, est traduite en latin par saint Jérôme, à partir de l’hébreu (pour l’A.T.) : c’est la Vulgate, qui s’impose peu à peu en Occident, alors que l’Orient restera fidèle à la traduction des Septante.

·    Historique (document 1). Cette période voit une différenciation entre l’Occident et l’Orient. L’Occident subit plusieurs vagues d’invasions germaniques, Rome est pillée en 410 par les Wisigoths (alors que depuis Constantin, on pensait que l’empire romain était providentiellement voulu par Dieu : Rome n’est-elle donc, simplement, que Rome ? se demande Augustin dans La cité de Dieu) ; et ce sont souvent de grandes figures chrétiennes qui viennent négocier avec les Barbares : le pape Léon à Rome, Geneviève à Paris…. Peu à peu ces Barbares sont christianisés (cf. le baptême de Clovis). L’Orient est préservé de ces invasions, l’empereur y protège la religion sous la forme d’un sorte de « césaro-papisme », et l’on se préoccupe de questions théologiques (conciles d’Ephèse et de Chalcédoine). Le monachisme se développe, avec en Occident la règle de Benoît (datée de 540), et en Irlande, suite aux invasions, l’apparition de communautés monastiques qui, à partir du 6ème siècle, envoient des missions sur le continent et qui sont à l’origine du développement du sacrement de pénitence. La papauté prend progressivement une place plus importante, en particulier avec Léon le Grand.

·    Les conciles christologiques. La crise pélagienne. Le concile de Nicée avait affirmé que Jésus est vraiment Dieu (consubstantiel au Père); mais une nouvelle question se pose en Orient : comment Jésus peut-il à la fois être Dieu et homme, comment une femme peut-elle être « mère de Dieu » - ce qu’affirme d’ailleurs le peuple chrétien (texte 3) -, comment « le Verbe peut-il se faire chair » ? Ces questions suscitent débat et querelles. A Antioche puis à Constantinople, Nestorius, met l’accent sur les différences entre le Fils de Dieu et le Fils de Marie, à quoi s’oppose Cyrille d’Alexandrie, qui insiste au contraire sur l’unicité du Verbe. L’empereur convoque alors le concile d’Ephèse (431), qui affirme Marie « mère de Dieu », mais ne résout pas la crise ; les adversaires de ce concile obtiennent de l’empereur  un second concile d’Ephèse (449), qui rejette violemment la position du pape Léon sur l’Incarnation ; d’où enfin le concile de Chalcédoine (451) qui réunit environ 500 évêques près de Constantinople. Conformément à ce qu’avait affirmé le pape, ce concile enseigne que le Fils est vrai homme et vrai Dieu, « reconnu en deux natures, sans confusion… » (texte 4). Pour autant la querelle ne cesse pas et une rupture durable s’instaure entre ceux qui acceptent la définition de Chalcédoine et ceux qui la refusent, les « monophysites », auxquels se rattachent encore aujourd’hui les Eglises d’Ethiopie, d’Arménie et les coptes (Egypte). En Occident intervient la crise pélagienne. Pélage, un moine ascétique venu de Grande Bretagne et arrivé en Afrique, enseigne que l’effort personnel et les œuvres permettent d’obtenir le salut ; selon cette conception, le Christ est plus un modèle qu’un sauveur. Mais pour Augustin, et conformément à sa lecture de Paul, c’est par la grâce que l’on est sauvé. D’où une polémique, qui aura de lointains retentissements, en particulier chez les Réformés et chez les Jansénistes, qui privilégieront certains textes anti-pélagiens d’Augustin.

·    La vie chrétienne. En Orient, la liturgie est fastueuse (préfigurant les actuelles liturgies orthodoxes), ce qui  éblouit les Barbares ; une tradition de chants apparaît (dont on a malheureusement perdu les notations) ; l’art chrétien se développe; des basiliques sont construites, ainsi que des « martyriums » (de forme carrée, surmontés par une coupole, comme à Sainte Sophie) sur les tombeaux des martyrs. On célèbre Marie, « mère de Dieu » et Vierge (titres qui sont des affirmations de foi et sont une manière d’honorer la maternité singulière de Marie), et les fêtes de l’Annonciation, de la Visitation, de la Dormition apparaissent. Le culte des image débute, façon d’accéder au mystère. On possède moins de renseignements sur ce qui se passe en Occident (où les documents ont été détruits lors des invasions) ; les liturgies y sont plus sobres qu’en Orient, et elles prennent des formes souvent différentiées (à coté de la liturgie romaine, existent de nombreuses liturgies propres, comme celles de Tolède, de Milan, de Lyon, etc.). Le monachisme en provenance d’Irlande exerce une influence grandissante, en particulier en Bretagne, et jusqu’au cœur de l’Europe (par ex. à saint Gall, siège futur d’une  célèbre abbaye).

    Annexes :
Document 1 : Repères chronologiques.
Texte 1
: Catéchèses de Cyrille de Jérusalem.
Texte 2 : L’Eucharistie, par Augustin.
Texte 3 : « Marie, mère de Dieu ».
Texte 4 : Concile de Chalcédoine.