HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 11 DECEMBRE 2003

 

Texte 3

AVANT LE CONCILE D'EPHESE 
Cyrille d'Alexandrie et Nestorius face 
à la question : Marie, mère de Dieu ?
 

Le témoignage de Socrate (Vème siècle,  historien de l'Eglise)

'"Il y avait avec lui (Nestorius) le prêtre Anastase qu'il avait amenè avec lui d'Antioche. Il le tenait en grande estime et avait recours à ses conseils dans les affaires. Un jour que cet Anastase enseignait dans l'Eglise, il dit : "Que personne n'appelle Marie mère de Dieu (theotokos). Car Marie n'est qu'un être (humain). Or que d'un humain naisse un Dieu, cela est impossible."

                                                               Socrate, Histoire écclésiastique, VII, 32

 ... et celui de Cyrille d'Alexandrie

"Un jour que, au cours d'une assemblée (synaxe), le très vénérable Nestorius présidait au trône de l'église de Constantinople, (un évêque du nom de Dorothée) se leva et osa s'écrier à pleine voix : "Si quelqu'un dit que Marie est Mère de Dieu (theotokos), qu'il soit anathème !" Aussitôt le peuple poussa une grande clameur et se rua hors de l'église. Ils ne voulaient pas en effet rester en communion avec ceux qui avaient de telles options, de sorte qu'actuellement encore les gens de Constantinople refusent de participer aux assemblées, à l'exception d'un petit nombre de flatteurs et d'esprits superficiels."

                                   Lettre XI, 3, de Cyrille d'Alexandrie au Pape Célestin Ier

 Cyrille vient d'apprendre que Nestorius rejette l'appellation de theotokos, il écrit à ses moines (Pâques 429) :

 §4. Je m'étonne quant à moi que certains puissent avoir le moindre doute sur la question de savoir s'il faut appeler la sainte Vierge theotokos (mère deDieu) ou non. En effet si notre Seigneur Jésus-Christ est Dieu, comment ne serait mère de Dieu la sainte Vierge qui l'a enfanté ? C'est cette foi que nous ont transmise les divins disciples, même s'ils n'ont pas mentionné le mot ; c'est ainsi que nos saints Pères nous ont appris à penser. Notre père Athanase, d'auguste mémoire, (...) par exemple appelle ici et là theotokos la sainte Vierge.

§12. Mais peut-être poseras-tu cette question : "Dis-moi, est-ce que par conséquent la Vierge est devenue mère de la divinité ?" - A cela nous répondons que, d'une part de l'avis de tous c'est à partir de la substance même de Dieu le Père qu'a été engendré son Verbe vivant et subsistant (enupostatos) ...et l'on dit, d'autre part qu'il a aussi été engendré charnellement par l'intermédiaire d'une femme.

Le mystère qui le concerne ressemble d'une certaine façon à la naissance telle qu'elle se passe chez nous. Lorsqu'en effet, nos mères de la terre se mettent à la disposition de la nature pour la mise au monde, pendant un laps de temps elles portent, insérée dans leur sein, la chair, qui sous l'effet de certaines activités ineffables de Dieu, progresse et se perfectionne pour donner une forme humaine. Dieu, d'autre part, envoie le Souffle (pneuma) dans ce vivant, de la manière qu'il sait (...) Or le concept de la chair est autre et autre celui de l'âme. Pourtant, bien qu'elles ne soient devenues que les mères des corps terrestres, il n'empêche que, puisqu'elles ont engendré le vivant tout entier, on ne dit pas à leur sujet qu'elles ont engendré une partie seulement (de l'être humain). Personne ne dira, par exemple, qu'Elisabeth est "mère d'un corps", ni non plus "mère d'une âme", car elle a engendré un Jean-Baptiste doué d'une âme, un homme existant comme un être unique à partir de ces deux éléments, je veux dire l'âme et le corps.

Nous admettons que quelque chose de semblable s'est produit dans la génération de l'Emmanuel. En effet, le Verbe Monogène de Dieu le Père a été engendré d'une part "de" la substance de celui-ci ; mais puisque d'autre part, ayant pris une chair et se l'étant appropriée, il a reçu le nom de "Fils de l'homme", il est nécessaire (...) de confesser qu'il a été engendré selon la chair par l'intermédiaire d'une femme, de la même façon assurément que l'âme de l'homme est engendrée avec le corps qui lui est propre : celle-ci est comptée comme "un" avec le corps, bien que sa nature se conçoive et existe comme autre que lui du point de vue du concept qui lui est propre (...) chaque élément demeure ce qu'il est, mais tous deux cependant concourent en une sorte d'unité naturelle (...)

                          Cyrille d'Alexandrie , Ep. I, Lettre aux moines