HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 15 JANVIER 2004

 

Du 7ème siècle au 11ème siècle. 

·   Survol historique (cf. document). Après les grandes invasions barbares (cf. CR n° 6), de nouvelles invasions interviennent : Slaves dans les Balkans, et surtout Arabes en Syrie, Palestine, Arménie, Egypte… Les arabes seront arrêtés devant Constantinople en 718 et devant Poitiers en 732. En Occident, l’évangélisation se répand peu à peu dans le nord de l’Europe. Les îles britanniques jouent ici  un rôle important, les moines irlandais apportent un nouveau style de christianisme, et d’Angleterre viennent les évangélisateurs, en particulier vers l’Allemagne, avec Boniface, élève de Bède le Vénérable. Les Carolingiens arrivent au milieu du 8ème siècle ; Pépin le Bref, appelé par le pape pour combattre les Lombards,  lui fait donation d’un territoire (origine des Etats Pontificaux et début de relations durables entre les Francs et la Papauté) ; à la noël 800, Charlemagne se fait sacrer par le pape à Rome (alors qu’à Byzance, c’est l’empereur qui nomme les évêques), créant ainsi un empire d’Occident, rival de l’Empire d’Orient. Se considérant comme chef temporel de l’Eglise, il conquiert et convertit (de façon « énergique ») les Saxons, il fait ajouter (de façon unilatérale) le filioque au Credo ; il est aussi l’artisan d’une certaine renaissance (A) qui se développera au 9ème siècle. Ce siècle est  profondément troublé par de nouvelles invasions (Normands, qui pillent les monastères, Hongrois qui deviendront une nation et où Saint Etienne prend le parti de l’Occident, Sarrazins qui font de la Méditerranée une mer musulmane, et établissent partout des bases de razzias). Au 10ème siècle, la papauté subit une crise profonde et tombe aux mains de quelques familles romaines, tandis qu’évêques et curés deviennent la possession des féodaux (les « charges » en sont vendues -simonie- ou se transmettent en famille -nicolaïsme-) ; c’est le monachisme (B), qui fait subsister le christianisme, surtout grâce à Cluny (jusqu’à 2000 monastères et prieurés!), ce qui conduira à la réforme grégorienne du 11ème siècle, avec en particulier Nicolas II (qui édicte que le pape sera élu par les cardinaux) et -celui qui a donné son nom à cette réforme- Grégoire VII, qui régule la nomination des évêques, combat les investitures laïques, lutte avec l’Empereur Henri IV (entrevue de Canossa en 1077). En Orient, où la civilisation byzantine restera longtemps brillante, on continue au 7ème siècle à s’interroger sur la nature du Christ (Concile de Constantinople III), question qui oppose d’ailleurs l’empereur au pape ; le concile in Trullo jette les bases du droit canonique oriental. Une « crise iconoclaste » secoue les esprits du 7ème au 9ème siècle. Pour évangéliser la Moravie Cyrille et Méthode inventent le slavon, qui permettra l’évangélisation de territoires à l’Est. Le monachisme apparaît à Athos. La rupture (C) avec l’Occident intervient au 11ème siècle.

 

(A) Renaissance carolingienne. L’Ancien Testament influence les pratiques et  « Charlemagne est le nouveau David ». Il y a un ordre sacral, auquel concourent les clercs, mais aussi l’empereur (qui a reçu le sacre et se considère comme responsable de la réalisation du Royaume de Dieu sur terre). Charlemagne se voit comme un nouveau Constantin, et les lettrés de son entourage, fascinés par  le latin, vont l’imposer partout comme langue liturgique (alors que la tradition byzantine est de traduire dans la langue des peuples). Charlemagne réforme la hiérarchie de l’Eglise. Il unifie la liturgie en adoptant pratiquement la liturgie romaine. Une nouvelle figure du prêtre se dessine ;  la messe est dite dos au peuple, et bientôt à voix basse ; le peuple illettré cherche d’autres pratiques chrétiennes (pèlerinages, aumône…). Venue d’Irlande, la pénitence est  « tarifée » : les « pénitentiels » indiquent la pénitence adaptée à chaque faute. Se manifeste un intérêt nouveau pour la personne historique de Jésus et  pour des questions théologiques en particulier sur  l’Eucharistie. 

(B) Monachisme. Dans la société féodale on distingue trois catégories : ceux qui prient, ceux qui font la guerre et ceux qui travaillent. Les deux premières catégories ont en commun de posséder la terre et de ne pas travailler de leurs mains. Les moines sont par excellence « ceux qui prient » et, à ce titre, ils remplissent une fonction sociale jugée fondamentale pour faire « tenir » la société et assurer le salut. Des liens de famille unissent souvent  le château et le monastère : par exemple, les fils cadets sont donnés comme « oblats » au monastère. En 910 est fondé l’abbaye de Cluny, dont dépendront de nombreux monastères et qui, à côté d’autres fondations bénédictines, jouera un rôle essentiel aux 10ème et 11ème siècle, grâce notamment à de grands abbés. La spiritualité monastique fascine ce temps, au point que l’on en vient à se demander si l’on peut être sauvé hors de la profession monastique. On se fait moine sur le tard, on recherche la garantie d’une sépulture monastique, etc.

(C) Rupture Orient-Occident. Dès le 5ème siècle, des divergences étaient apparues (de  langue, de  pratiques…), parfois des ruptures, mais on se réconciliait. Au 8ème siècle, la « querelle des images » déborde le monde byzantin et prend un tour politique : l’édit de l’empereur Léon III l’Isaurien contre le culte des images se heurte aux moines (cf. Jean Damascène) qui les défendent, tandis que la papauté s’oppose à l’empereur byzantin. En 787, le Concile de Nicée II distingue entre l’adoration (réservée à Dieu), et la vénération des images ; la crise ne prend fin qu’en 843. Autres querelles : celle qui oppose au 9ème siècle les patriarches de Constantinople Photius, nommé par l’empereur, et Ignace, soutenu par le pape. Entre Rome et Byzance, le débat porte sur le  filioque et sur la conception de l’autorité dans l’Eglise. En 1054, une entrevue entre le légat du pape et le patriarche Michel Cérulaire, deux hommes au tempérament raide, se traduit par des excommunications mutuelles, rupture encore symbolique mais qui sera  durablement consommée, lors du  sac de Constantinople  par les croisés en 1204 . 

    Annexes :
Document : Repères chronologiques.