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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 29 JANVIER 2004

  JM.VEZIN

De la fin du 11ème siècle à la fin du 13ème siècle. 

·     Survol historique. Avec la fin des invasions, ce temps connaît un essor économique et démographique : on défriche des terres, le commerce se développe, des progrès techniques interviennent. Une civilisation urbaine apparaît, distincte de la féodalité liée à la terre ; l’argent, le commerce et les débuts des banques prennent une place grandissante. La papauté s’affirme, cherchant à régenter l’ensemble du monde (occidental), ce qui la conduit à souvent prendre des positions politiques. De grands personnages exercent leur influence sur les évènements : Bernard, le pape Innocent III, Dominique, François d’Assise… C’est aussi le temps des grandes croisades, - la première, qui est vraiment populaire, les suivantes étant plutôt le fait des princes. La rupture avec l’Orient est consommée avec le sac de Constantinople (1204) et la nomination dans cette ville d’un patriarche latin.

Le monachisme. Jusqu’alors, Cluny (fondé en 910) était l’ordre le plus important, et faisait « tenir » la société ; mais, victime de son succès, il s’imbrique peu à peu à l’ordre féodal, oubliant le travail manuel et l’ascèse, privilégiant des liturgies fastueuses, faisant douter de sa vocation de rupture avec le monde. A Cîteaux, Robert de Molesmes, puis Bernard, mènent une réforme de l’ordre bénédictin, remettant à l’honneur le travail manuel et l’agriculture (ce qui conduira là aussi à des excès, les Cisterciens devenant peu à peu des agronomes recherchés pour leur compétence et des capitalistes terriens). Parallèlement, face à un clergé séculier médiocre, des mouvements de retour à l’Evangile apparaissent : clercs ermites (Chartreux, Camaldules…), voire laïcs, parfois dissidents comme les « Pauvres de Lyon » (Vaudois). En milieu urbain, certains prêtres se regroupent en petites communautés (chanoines réguliers), saint Norbert fonde les Prémontrés (1120).

Au 13ème siècle apparaissent deux grands ordres mendiants liés à la ville et non à la terre (ils n’ont pas de « possessions »), avec François d’Assise (1208) (texte 3) et Dominique (1216), ordres qui relèvent directement du pape et échappent donc à l’autorité des évêques ; les Franciscains connaissent un développement foudroyant, et deviennent à leur tour riches et contestés ; les Dominicains, qui abritent de grands esprits (Albert le Grand, Thomas d’Aquin), reçoivent du pape une mission intellectuelle liée à la ville et aux universités, mais ils sont aussi chargés de l’Inquisition.

Au total : développement du monachisme, et parallèlement développement des missions (en Europe du Nord et jusqu’en Asie), mais aussi concurrence et difficultés avec les évêques locaux.

Le « contrôle » du monde chrétien par la papauté. C’est un époque de théocratie (selon laquelle il n’y a qu’un monde, qui appartient à Dieu), et le pape se considère comme devant instaurer le christianisme sur terre, avec l’aide des évêques et des princes qui lui sont soumis ; d’où des conflits avec ces derniers, avec les rois de France (Philippe Auguste) ou d’Angleterre, et plus encore les empereurs d’Allemagne (Frédéric I Barberousse au 12ème siècle, puis Frédéric II au siècle suivant) qui nomment des anti-papes , d’où des schismes temporaires.

La papauté vise à réguler toute la vie des chrétiens :

-          la vie politique, d’où la prolifération de l’administration et de la fiscalité pontificales,

-          l’activité économique, avec la règle du « juste prix » imposée aux artisans qui ne doivent pas chercher, avant tout, à gagner de l’argent, et l’interdiction du prêt à usure, qui deviendra alors le fait des Juifs, auxquels beaucoup de métiers étaient interdits,

-          l’activité intellectuelle et le dogme, d’où l’appui des papes aux universités, où enseignent des séculiers et des mendiants (en particulier dominicains), non sans conflits.

-          la foi des chrétiens (lutte contre l’hérésie cathare et instauration en 1230 de l’Inquisition).

La vie de la foi. Après de longues discussions sur leur nature et leur nombre (24, 12, ou moins ?), on fixe finalement à sept  le nombre des sacrements, le critère étant d’en avoir retrouvé des traces dans l’agir du Christ ; certains sont peu contestables (baptême, eucharistie), d’autres ont donné lieu à discussion (« extrême onction », et surtout le mariage qui est admis comme sacrement à une époque où, du fait du monachisme, le refus de la chair était à l’honneur). Les pratiques chrétiennes évoluent : le peuple n’assistant que de loin à l’assemblée eucharistique, on ne communie que rarement, et on privilégie la vénération de l’Hostie (que l’on voit à l’Elévation), d’où l’instauration de la Fête-Dieu et la création d’hymnes comme le Tantum Ergo ; la pénitence, prend la forme que nous lui connaissons et une importance grandissante, tandis que la pratique des indulgences s’instaure (pour une bonne part à la faveur des croisades). A défaut de participer pleinement à l’assemblée eucharistique, on recherche d’autres pratiques : pèlerinages (en Terre Sainte, à Saint Jacques de Compostelle), croisades, culte des reliques (ce qui entraîne des trafics), culte des saints protecteurs. Une piété propre aux laïcs apparaît, et le concile Latran IV reconnaît que l’on peut « parvenir à la vie éternelle » autrement qu’en étant moine ; la vénération de Marie se développe (texte 2, où Saint Bernard loue la « fécondité » de Marie).

Le grand Concile de Latran IV (1215), qui rassemble plus de 1000 participants, dont 404 évêques, prend d’importants décrets (texte 1), souvent encore d’actualité aujourd’hui : rôle de l’Eglise (hors d’elle, point de salut) ; introduction du mot « transsubstantiation » ; possibilité pour quiconque de donner le baptême ; obligation de se confesser et de communier au moins une fois par an (ce qui prouve que c’était peu fréquent) ; rappel de l’absolu secret de la confession ; reconnaissance du mariage comme manière de « plaire à Dieu » ; régulation des empêchements au mariage ; rôle des conciles provinciaux pour réguler les affaires locales ; réformes du clergé ; interdiction de la simonie ; - mais aussi décrets sur les Juifs (leurs vêtements, leur inaptitude aux emplois publics…). Le concile de Lyon II (1274) tente sans succès une réconciliation avec l’Orient (la reconnaissance de la primauté de Rome et l’accord sur le filioque donné par l’empereur de Constantinople, Michel Paléologue, ne furent pas admis à Byzance – ce qui montre qu’un Concile ne s’achève pas avec la publication de décrets, mais qu’il doit être « reçu » par le Peuple de Dieu) ; il donne aussi des règles contraignantes pour l’élection des papes (origine des  conclave à « guichets fermés », et rapides) pour contrer les manœuvres des princes.

La vie intellectuelle et artistique. Aux 11ème et 12ème siècles, les monastères gardent de l’importance pour la théologie, mais des écoles épiscopales apparaissent dans les villes (Chartes, Paris) ; Pierre de Lombard, futur évêque de Paris, rédige un « Livre des Sentences »  qui servira jusqu’à la fin du 16ème siècle pour l’apprentissage de la théologie (au détriment de la lecture directe de l’Ecriture). Avec la redécouverte du droit romain, le juridisme prend une place importante dans la vie de l’Eglise (faculté de Bologne) ; le « décret » de Gratien, vers 1140, rassemble l’ensemble des décrets de la papauté, des décisions conciliaires, etc., constituant la  première ébauche du droit canonique. La scolastique naît avec Anselme ((mort en 1101), tentant d’approfondir la foi chrétienne en utilisant les catégories de la raison et la logique aristotélicienne (connue grâce aux traductions arabes), et recherchant des formulations de foi compréhensibles par tout le monde (texte 3). Au 13ème siècle, le rôle des universités se développe (Paris, Oxford, Bologne, Montpellier, ), surtout avec les Dominicains, qui ont l’appui de la papauté ; Thomas d’Aquin et les Dominicains adoptent l’approche aristotélicienne, parfois en opposition aux maîtres franciscains (Bonaventure, Duns Scot) qui mettent en doute que la raison puisse tout dire.

L’art religieux se développe : art roman aux 11ème et 12ème siècles, avec deux formes : clunisienne (art représentatif, avec sculptures et fresques), et cistercienne (art très dépouillé) ; puis naissance de l’art gothique, à Saint Denis, Sens…, - un art qui cherche à faire accéder au mystère de la foi. Au 13ème siècle, les ordres mendiants, qui sont aussi prêcheurs, font construire, pour prêcher, d’autres types d’églises où se bousculent les artistes (Assise, Florence…)

     Annexes :
Document 1 : Repères chronologiques.
Texte 1
: Latran IV (extraits).
Texte 2 : Un texte de Saint Bernard sur la Vierge Marie.
Texte 3 : Proslogion de Saint Anselme (extraits) ; Règle de Saint François (extraits).

Quelques livres courts et faciles :

Pour une vue d’ensemble :

-          J.B DUROSELLE, Histoire du catholicisme, Coll. « Que sais-je ? » N° 365, P.U.F, Paris, réed.1998 (donne en 126 pages un panorama sur 20 siècles)

-          R. MINNERATH, Histoire des Conciles, Coll. « Que sais-je ? » N° 1149, P.U.F, Paris 1996 (donne en 126 pages une vue d’ensemble sur les Conciles des origines à Vatican II)

-          J. COMBY, Pour lire l’histoire de l’Eglise, Edition du Cerf, réed. 2003

(une présentation rapide, mais qui fournit un certain nombre de textes d’époque. Chaque chapitre contient des bibliographies à jour : les livres signalés sont de difficultés inégales) 

      Sur la période :

       -      A. VAUCHEZ, La spiritualité du Moyen Age occidental, Coll. Points, histoire, Ed. du Seuil, Paris 1994