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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 29 JANVIER 2004

Texte 2

Un texte de saint Bernard sur la Vierge Marie

Le traité des louanges de la Vierge Marie est un commentaire des textes de l'Evangile de Luc sur Marie, comme saint Bernard l'expose dans la préface de ce traité, composé de quatre "homélies".

PREFACE

La dévotion me prescrit de travailler à quelque ouvrage de piété; mais j'en suis détourné par mes occupations continuelles. Néanmoins puisque les infirmités du corps où je me trouve présentement ne me permettent pas de suivre la communauté des frères, je ne puiss me résoudre à passer inutilement et dans l'oisiveté le peu de temps qu'il m'est permis de retrancher de mon sommeil, et de prendre sur la longueur de la nuit. C'est pourquoi j'ai dessein d'entreprendre une chose qui m'est venue souvent dans l'esprit, savoir de travailler sur les louanges de la Vierge Mère, au sujet de ces paroles de l'Evangile, où saint Luc fait le récit de toute l'histoire du mystère de l'Annonciation de la Vierge 

EXTRAIT DE L'HOMELIE I

(...) Il y a pourtant une chose encore plus grande que vous pouvez admirer en Marie : c'est sa fécondité jointe à sa virginité. Car on n'a jamais ouï dire qu'une même personne fut tout ensemble, et mère et vierge. Que si vous faites encore réflexion sur celui de qui elle est mère, quel sera votre étonnement de la grandeur admirable de cette excellente créature ? Ne vous portera-t-il pas à reconnaître que vous ne pouvez pas assez vous en étonner ? Mais à suivre votre sentiment , ou plutôt celui de la vérité, ne faut-il pas que celle qui a Dieu pour son fils soit exaltée sur tous les choeurs des anges ? Quoi! Marie n'appelle-t-telle pas hardiment son fils, celui qui est le Dieu et le Seigneur des anges, lorsqu'elle dit : Mon Fils, pourquoi en avez-vous agi ainsi avec nous ? (Luc,2).... Mais Marie connaissant qu'elle en est la mère, elle appelle avec confiance son fils, la majesté à qui les esprits servent avec respect : et Dieu ne dédaigne point d'être appelé ce qu'il a bien voulu être ; car l'Evangéliste ajoute peu après : et il leur était soumis (Luc,2) Qui ? et à qui ? Dieu aux hommes. Dieu, dis-je, qui a les anges pour ses sujets, et à qui les principautés et les Puissances obéissent, était soumis à Marie, et non seulement à Marie, mais encore à Joseph, à cause de Marie. Admirez donc l'un et l'autre, et regardez lequel des deux vous devez davantage admirer, ou le très humble assujettissement du fils, ou la très excellente dignité de la mère. Il y a de l'étonnement et du prodige de tous les deux côtés. Car c'est une humilité sans exemple, qu'un Dieu obéisse à une femme ; et c'est une élévation sans égale, qu'une femme commande à un Dieu. ....

Mais que Marie est heureuse de n'avoir jamais été destituée, ni de l'humilité, ni de la virginité ! Sa virginité a été singulière, puisque la fécondité l'a rendue plus illustre, bien loin de l'avoir corrompue et son humilité a été spéciale, puisqu'elle n'a point été enlevé, mais relevée par sa seconde virginité. Enfin sa fécondité est absolument incomparable, puisqu'elle a toujours été accompagnée, et de la virginité, et de l'humilité. Qu'y a-t-il dans ces trois choses qui ne soit admirable, qui ne soit incomparable, et tout à fait singulier ? Certes il y aurait de quoi s'étonner, si dans la considération de ces merveilles vous ne trouviez pas en peine de juger laquelle mérite le plus d'admiration. Quelle est à votre avis plus surprenante, la fécondité dans une vierge, ou la virginité dans une mère? La sublimité dans la production, ou l'humilité dans une si haute sublimité ? Il est certain que toutes ces choses se rencontrant ensemble, sont bien plus à estimer, que chacune d'elles séparées en particulier : et sans doute il y a incomparablement plus d'excellence et de bonheur de les avoir reçues toutes ensemble, que quelqu'une seulement. Hé! qu'y a-t-il à s'étonner, si Dieu que l'Ecriture nous fait connaître Admirable en ses saints (Ps 67), se fait paraître encore plus admirable en sa propre mère ? ...

                   Saint BERNARD, Traité des louanges de la Vierge Marie (Homélie I)