HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 7 OCTOBRE 2004

 

Vivre la foi en des temps difficiles (14ème et 15èmesiècles) 

·     Après le 13ème siècle qui était la grande époque de la « chrétienté », de la construction des cathédrales et de la scolastique, les deux siècles suivants correspondent à une période troublée : des Etats indépendants voient le jour (Espagne, Bourgogne, France…), ce qui conduit à une sorte de dislocation de l’Europe médiévale ; la peste noire commence à sévir, faisant disparaître jusqu’à 1/3 de la population ; les guerres se multiplient : guerre de 100 ans, guerre de Bohême, guerre des Deux Roses ; les Turcs encerclent la chrétienté orientale et viennent jusqu’aux portes de l’Occident. En Italie, cependant, commence la Renaissance.

L’Eglise connaît de son côté de graves vicissitudes. Pour des questions d’argent et de prérogative politique, le pape Boniface VIII se heurte aux Etats, dont celui de Philippe le Bel. Celui ci cherche, d’ailleurs sans succès, à faire enlever le pape. Ultérieurement, il fera élire comme pape un Français, Clément V, qui s’installera en Avignon ; la cour papale, et surtout l’administration et les systèmes juridiques et fiscaux, que nécessitent les guerres où se trouvent mêlés les Etats pontificaux, s’y développent. En 1377 la papauté revient à Rome (car c’est là que se trouve le tombeau des apôtres). Un Italien, Urbain VI, y est élu, mais son caractère violent conduit les cardinaux à élire un autre pape, Clément VII, qui, lui, s’installe à nouveau en Avignon : c’est le début du grand schisme, avec deux lignées de papes qui se perpétuent ; une tentative de conciliation des cardinaux ne conduit qu’à la désignation d’un troisième pape, Jean XXIII. 

Sous l’influence du « conciliarisme » (Gerson, d’Ailly) qui donne prééminence au concile sur le Pape, et pour sortir de la crise, on finit par réunir un concile à Constance (1414-1418) qui tente de refaire l’unité en élisant Martin V et prévoit des conciles à date fixe pour réformer l’Eglise « dans sa tête et dans ses membres ». Réuni en 1431, le concile de Bâle finira par s’enliser. Mais à cette époque, pressés par les Turcs, les Grecs cherchent à se rapprocher de l’Occident et habilement le pape Eugène IV profite de cette demande pour transférer le concile à Ferrare puis, à cause de la peste, à Florence et enfin à Rome. Ces conciles aboutirent à des textes d’union avec les Orientaux mais cette union sur papier ne fut jamais « reçue » par les populations. En revanche le pape avait repris prééminence sur le concile et ce point restera désormais « acquis ». 

Le trouble est grand dans le peuple chrétien, qui voit dans les papes davantage des monarques que des chefs spirituels, et qui perd peu à  peu confiance dans une institution qui n’arrive pas à se réformer ; du fait du système des bénéfices, les curés laissent leurs cures à des suppléants, les évêques ne résident pas dans leurs diocèses, la formation des prêtres est insuffisante et le concubinage se développe ; les ordres monastiques rencontrent les mêmes problèmes avec le système de la commende (l’abbé ne fait que recevoir les revenus de l’abbaye), et une baisse du recrutement due en partie à la peste noire. Dans le peuple, la spiritualité est marquée par l’omniprésence de la mort (à cause de la peste et de la mortalité infantile), le sentiment de culpabilité, la quête du salut ; la piété devient individualiste (Eckhart, texte 2) ; elle se veut sérieuse et modeste ; elle insiste sur la méditation personnelle ; c’est l’époque de  l’Imitation de Jésus-Christ, des chemins de croix, de la dévotion à la Vierge (angélus, rosaire). Quant aux intellectuels, ils contestent la scolastique et ses grandes constructions harmonisant la foi et la raison ; plus qu’à ces grands édifices théoriques, le nominalisme s’intéresse aux individualités (Occam, Biel, Buridan), tout en contestant les pratiques ecclésiales (ce que font également  Wiclef en Angleterre, puis Jean Hus en Bohême - ce dernier fut condamné comme hérétique par le concile de Constance et conduit au bûcher). L’humanisme retrouve l’antiquité chrétienne, les textes originaux des Pères et de la Bible . 

Deux grandes figures du temps.

-          Tertiaire dominicaine, stigmatisée, ayant très jeune bénéficié de visions, et acquis « pignon sur rue » grâce à son confesseur, Raymond de Capoue, Catherine de Sienne demande la réforme de la papauté et du clergé en insistant sur leur nécessaire sainteté. Pour elle la réforme commence par soi-même ; ensuite seulement vient la réforme de l’Eglise (texte 3). Elle jouera un grand rôle auprès des papes.

La vie de Jeanne d’Arc est bien connue grâce aux minutes conservées de ses procès de condamnation puis de réhabilitation sous Charles VII. A l’issue sa première entrevue avec le Dauphin, celui-ci, méfiant, avait fait vérifier sa virginité et l’avait fait interroger en un procès, aujourd’hui perdu. Avec la libération d’Orléans, l’opinion, qui était découragée, se retourne ; Anglais et Bourguignons sont stupéfaits devant les exploits de cette jeune fille. Après le sacre à Reims (acte fondamental car il légitime le roi) Charles VII l’oublie, mais Jeanne repart « bouter » l’Anglais hors de France. Faite prisonnière, elle se retrouvera seule devant ses juges (suspectée d’hérésie, elle n’a pas droit à un avocat), ce qui donne un grand intérêt aux réponses qu’elle fait à ceux qui, sans relâche, l’interrogent et où l’on trouve un bon témoignage des pratiques de l’époque (sur l’éducation, les prières, le rôle du serment, de la torture…) (texte 4).

     Annexes :
Document 1 : Repères chronologiques.
Texte 1 : Les conciles de Constance, Bâle et Florence.
Texte 2 : Mystique rhénane.
Texte 3 : Catherine de Sienne.
Texte 4 : Jeanne d'Arc.