(Cliquer ici pour obtenir une version imprimable en mode portrait)

HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 7 OCTOBRE 2004

Texte 4

JEANNE D'ARC

___________  

1412 - Naissance à Domrémy                                

1428 - Première démarche auprès de Baudricourt                 
    
23 mai - Prisonnière à Compiègne

1429/ 13 fev. - Départ de Jeanne                                            
     25 fev. - 1ére entrevue avec le dauphin
     8 mai - délivrance d'Orléans
     14 juillet - Démarche de Cauchon                            
    
Fin déc.- Jeanne amenée à Rouen par les Anglais  
                                      

1430 /avril - Jeanne reprend les opérations  

1431
/ 9 janv. - Début du procès 
        
30 mai - Supplice de Jeanne à Rouen.  
       17 juillet - Sacre de Charles VII à Reims

 

Quelques extraits du procès de condamnation de Jeanne d'Arc 

Mercredi

21 février1431, première séance publique

Jeanne comparaît devant 42 personnes assemblées. Après des formalités de procédure, les juges s'expriment :

"Comme c'est le devoir de notre office de veiller à la conservation et exaltation de la foi catholique, avec le bénin secours de Jésus-Christ dont la cause est en jeu, nous avons d'abord admonesté charitablement et requi ladite Jeanne, alors assise devant nous, afin que pour l'abréviation du présent procès et la décharge de sa propore conscience, elle déclarât pleine vérité sur les questions qui lui seraient posées en matière de foi, sans recourir aux subterfuges et cautelles (ruse) l'éloignant de l'aveu de la vérité.

Sommée de prêter serment sur les Evangiles et de dire la vérité sur les questions qui lui seraient posées, Jeanne répond:

- Je ne sais sur quoi vous me voulez interroger. Par aventure vous pourriez me demander telles choses que je ne vous dirais pas.

Sur quoi nous lui répondîmes :

- Jurerez-vous de dire vérité sur ce qui vous sera demandé, concernant la matière de foi, et sur ce que vous saurez?

Celle-ci répondit que, au sujet de ses pères et mère et sur ce qu'elle avait pris le chemin de France, volontiers en jurerait ; mais les révélations à elle faites de par Dieu, jamais elle ne les avait dites ni révélées à personne, fors (sauf) au seul Charles, qu'elle dit son roi ; ces choses-là elle ne les révélerait, dût-on lui couper la tête ; car elle les avait eues par visions ou par son conseil secret ( ... )

Jeanne finit par prêter serment "les genoux fléchis, les deux mains sur le livre", sous cette réserve.

Item, ayant ainsi prêté serment, ladite Jeanne fut interrogée par nous sur son nom et surnom.

A quoi elle répondit qu'on la nommait Jeannette en son pays ; et après qu'elle vint en France, elle fut nommée Jeanne. Quant à son surnom, elle disait n'en rien savoir. En conséquence elle fut interrogée sur son pays d'origine. Répondit qu'elle était née au village de Domrémy, qui fait un avec le village de Greux; (...).

(Le 24 mars, "elle dit que son surnom était d'Arc ou Rommée ; et que dans son pays, les filles portaient le surnom de leur mère.)

Interrogée du nom de ses père et mère, répondit que son père était nommé Jacques d'Arc et sa mère Isabelle.

Interrogée où elle fut baptisée, répondit que ce fut dans l'église de Domrémy. (...)

Interrogée quel âge elle avait, répondit qu'elle avait dix-neuf ans, comme il lui semble. Et outre dit que sa mère lui apprit Pater noster, Ave Maria, Credo ; et que nulle autre que sa mère ne lui apprit sa croyance.

Requise par nous de dire Pater noster, répondit que nous l'entendissions en confession, et qu'elle nous le dirait volontiers. (Pressée sur ce point elle maintient sa position de ne le dire qu'en confession). 

Après quoi nous, évêque susdit, avons défendu à Jeanne de sortir des prisons à elle assignées, dans le château de Rouen, sans notre autorisation, sous peine d'être convaincue du crime d'hérésie. Elle nous a répondu qu'elle n'acceptait pas cette défense, ajoutant que si elle s'évadait, nul ne pourrait la reprendre d'avoir violé son serment, puisqu'elle n'avait donné sa foi à persopnne. Ensuite elle se plaignit d'être incarcérée avec chaînes et entraves de fer. Nous lui dîmes alors qu'elle s'était efforcée ailleurs et par plusieurs fois de s'évader de ses prisons ; et c'est à cette fin qu'elle fut gardée plus fidèlement et plus sûrement que l'ordre avait été donné de l'entraver de chaines de  fer. A quoi elle répondit :

- Il est vrai que je l'ai voulu et le voudrais encore, ainsi qu'il est licite à tout détenu ou prisonnier de s'évader.

24 février, troisième séance

(...) Interrogée si elle sait qu'elle est en la grâce de Dieu, répondit :

"Si je n'y suis, Dieu veuille m'y mettre; et si j'y suis Dieu m'y veuille tenir.Je serai la plus dolente du monde si je savais n'être pas en la grâce de Dieu". 

Mardi 27 février (quatrième séance)

Interrogée si elle aimait mieux son étendard ou son épée, répondit qu'elle aimait beaucoup plus, voire quarante fois son étendard que son épée. Interrogée qui lui fit cette peinture sur l'étendard, répondit:-je vous l'ai assez dit que je n'ai rien fait que du commandement de Dieu.

Dit aussi qu'elle portait elle-même son étendard, quand chargeait les adversaires, pour éviter de tuer quelqu'un; et dit qu'onques (jamais) n'a tué homme.  

1er mars (5ème séance)

La question du pape.

Au cours de son procès, Jeanne demande le renvoi vers le pape, mais ses juges conciliaristes ne donnent pas suite.

Interrogée sur ce qu'elle dit touchant notre Saint Père le Pape, et lequel elle croit être le vrai pape, répondit en demandant s'ils étaient deux.

Interrogée si elle n'eut pas lettre du comte d'Armagnac pour savoir auquel des trois souverains pontifes il devait  obeir (...). Mais quant à elle, Jeanne, elle croit que nous devons obéir à notre Saint Père le pape qui est à Rome.

L'humour de Jeanne.

Interrogée quelle figure avait saint Michel, quand il lui apparut, répondit qu'elle ne lui vit pas de couronne ; et de ses vêtements rien ne sait. Interrogée s'il était nu, répondit :

- Pensez-vous que Notre Seigneur n'ait de quoi le vêtir ! 

3 mars (6ème séance)

(...) Interrogée si ceux de son parti croient fermement qu'elle soient envoyée par Dieu, répondit : "ne sais s'ils le croient, et m'en attend à leur courage; mais s'ils ne le croient, je suis bien envoyée de par Dieu.

Interrogée si elle croit qu'ils aient bonne croyance, en croyant qu'elle soit envoyée de par Dieu, répondit : "S'ils croient que je suis envoyée de par Dieu, ils ne sont point abusés."

Sa popularité

Interrogée si elle ne savait pas le sentiment de ceux de son parti quand ils lui baisaient les pieds, les mains et ses vêtements, répondit que beaucoup de gens la voyaient volontiers ; et dit qu'ils lui baisaient les mains et les vêtements et qu'elle n'en pouvait mais. Car venaient les pauvres gens à elle, pour ce qu'elle ne leur faisait point de déplaisir, mais les supportait à son pouvoir;

Piété de Jeanne

( ... ) Interrogée, quand elle allait par pays, si elle recevait souvent le sacrement de la confession et de l'autel, quand elle s'arrêtait aux bonnes villes, répondit que oui, l'un et l'autre.

La question de l'habit d'homme

Interrogée si elle recevait les dits sacrements en habit d'homme, répondit que oui; mais elle n'a point mémoire de les avoir reçu en armes.

Sa crainte

Interrogée si elle ne dit point qu'elle aurait mieux aimé mourir que d'être entre les mains des Anglais, répondit qu'elle aimerait mieux rendre son âme à Dieu que d'être en la main des Anglais.  

Samedi 10 mars, première séance dans la prison  

Le signe donné au Roi

(Sur cette question , Jeanne a dès le début du procès refusé de répondre aux juges et même de jurer dire la vérité.)

( ... ) Interrogée quel est le signe qu'elle donna à son roi lorsqu'elle vint à lui, répondit qu'il est beau et honoré et bien croyable ; et il est bon et le plus riche qu'il soit ...

Item dit que quand elle dut partir pour aller vers son roi, il lui fut dit par ses voix :

- Va hardiment; quand tu seras devers le roi il aura bon signe de te recevoir et croire en toi.

Interrogée quand le signe vint à son roi, quelle révérence elle lui fit, et s'il vint de par Dieu, répondit qu'elle remercia Notre Seigneur, de ce qu'il la délivra de la peine qui lui venait des clercs de son parti qui arguaient contre elle; et s'agenouilla plusieurs fois. Item dit qu'un ange de par Dieu, et non de par autre, bailla le signe à son roi; et elle en remercia moult de fois Notre Seigneur. Item dit que les clercs (de son parti) cessèrent de l'arguer quand ils eurent (su) le dit signe. (...)