HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 21 OCTOBRE 2004

 

Le temps des réformes. 

1ère partie: la Réforme protestante
 

·     Le contexte de la première moitié du 16ème siècle est marqué par les jeux subtils d’alliances entre grands acteurs politiques (François 1er, Charles Quint, Henri VIII, le pape – plus monarque que chef spirituel –, ainsi que les Turcs, qui vont jusqu’en Hongrie et aux portes de Vienne), mais aussi par la Renaissance italienne (Florence, puis Rome), la naissance du capitalisme, le début du système bancaire… L’Eglise et les chrétiens sont, depuis le siècle précédent, en quête de réforme, mais sans vraiment y parvenir. Il y a quand même quelques tentatives : en rupture avec le système des bénéfices, Guiberti en Italie, Briçonnet à Meaux, résident dans leurs diocèses, et ils incitent leurs curés à prêcher le dimanche ; au cercle de Meaux, on lit la Bible selon l’approche humaniste, on redécouvre avec Lefèvre d’Etaples le christianisme antique et les épîtres de Paul. En Espagne, le Cardinal Cisneros fonde l’université d’Alcala et des chaires d’hébreu et de grec en vue d’un travail d’érudition sur la Bible, tandis que des synodes régionaux lancent des réformes (clergé résident et formé, évêques repris en mains). En revanche, la réforme que l’on attend de la papauté n’aboutit pas : Jules II n’est qu’un monarque, le Concile Latran V ne produit rien de significatif et se clôt en 1517 au moment où éclate l’affaire des Indulgences. 

Les grandes réformes seront le fait de quelques personnalités. D’abord Erasme : ayant acquis dans sa jeunesse le goût de la lecture et de l’érudition, étant passé à Paris par le collège de Montaigu (où l’on forme les prêtres), il réside alternativement à Londres où il se lie avec Thomas More, en Italie où l’on trouve des manuscrits grecs et où il se perfectionne en grec, à Louvain où il crée un collège trilingue, avant de s’installer à Bâle auprès d’un imprimeur avec lequel il publie en 1516 un Nouveau Testament en grec (une première !). Outre une immense correspondance avec tous les lettrés de l’époque, il a beaucoup publié en vue d’une réforme chrétienne  (cf. lettre à Carondelet, texte 1)…, utilisant son audience auprès des princes et sa compétence d’humaniste pour dire de manière nouvelle la foi chrétienne. Il est vraiment perçu comme réformateur : au moment où Luther était banni, le peintre Dürer ne pensait-il pas faire appel à Erasme, pourtant âgé, pour poursuivre la réforme (texte 2)… 

La Réforme protestante a pour principale origine Luther lui même. Après des études universitaires, celui-ci entre chez des ermites augustins de stricte observance, angoissé par ce qu’il faut faire pour obtenir le salut. Poursuivant des études de théologie, il est nommé professeur dans la faculté récemment créée à Wittenberg.  Ses cours sur les psaumes, les épîtres de Paul (en particulier Romains, texte 2), ont un grand succès ; relisant Paul à la lumière de saint Augustin, ne reconnaissant d’autre autorité que l’Ecriture (sola Scriptura), Luther instaure une « nouvelle théologie » : ce n’est pas par nos propres efforts - nos œuvres - que nous pouvons  parvenir au salut ; sans mérite de notre part, celui-ci ne nous est donné que par grâce (sola gratia), à laquelle, pêcheur,  nous ne pouvons répondre que par la foi seule (sola fide).

Cette itinéraire spirituel d’un moine va tragiquement rencontrer l’Histoire.  Les besoins financiers de la papauté conduisent à développer le système des Indulgences, prêchées  surtout en Allemagne (où les Etats morcelés n’ont pas une autorité politique suffisante pour s’y opposer et où les gens sont riches).  Luther, outré, met au débat 95 thèses visant à les récuser. Diffusées largement, ces  thèses provoquent des polémiques, et à travers une série de colloques Luther précise sa pensée. Rome s’en émeut et en 1520 l’excommunie. Luther publie alors une série de textes qui exposent sa pensée (« les grands écrits réformateurs ») et qui  rencontrent un grand écho. Sommé de se rétracter à la diète de Worms (1521), Luther refuse (texte 2), et il est mis au ban de l’Empire. Pour le protéger, l’électeur de Saxe le fait enlever et l’installe au château de la Wartburg, où il effectue, en langue allemande, une traduction du Nouveau Testament et débute celle de l’Ancien Testament. Lors de la guerre des paysans (1524/1525), il finit par se ranger, un peu à son corps défendant, du côté des princes.  La réforme va devenir largement une affaire politique prise en main par les princes, tandis que Luther continue son enseignement à Wittenberg. Face à l’ignorance des chrétiens de son temps, il rédigera les premiers catéchismes. Usant tantôt de la force tantôt de la conciliation, Charles Quint essaiera  de reformer l’unité chrétienne. A la diète d’Augsbourg (1530), Melanchton présente un texte commun, la « confession d’Augsbourg » qui expose l’essentiel de la foi luthérienne. Mais aucun accord n’aboutit. En désaccord avec les mesures proposées à la 2ème diète de Spire, les Réformés protestent (d’où leur nom de protestants), et cherchent à se rassembler (ligue des princes). Après bien des vicissitudes, la paix d’Augsbourg (1555) admet que, dorénavant, les peuples auront la religion de leur prince. 

D’autres réformateurs, Zwingle en Suisse, Bucer à Strasbourg ont concouru à cette réforme. Calvin, un laïc juriste et humaniste français, adhère aux idées de réforme. Prenant acte de la rupture avec Rome, il s’exile à Bâle, où il rédige l’« Institution de la religion chrétienne », qu’il remaniera ensuite plusieurs fois, et qui organise l’Eglise fondée sur la Parole de Dieu (texte 3). Son influence est énorme, il est l’homme de la Réforme française. Quant à  la Réforme anglicane, elle trouve son origine dans les démêlés d’Henri VIII avec la papauté du fait de son divorce ; il se proclame chef d’une Eglise à laquelle certains (Thomas More, texte 4) refuseront d’adhérer

     Annexes :
Document 1 : Repères chronologiques.
Texte 1 : Erasme.
Texte 2 : Luther.
Texte 3 : Calvin.
Texte 4 : T. More.