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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 21 OCTOBRE 2004

Texte 2

LUTHER 
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Deux extraits du cours sur l'épître aux Romains - 1516

(Commentaire de Rm 3,7 : "Mais si par mon mensonge la vérité de Dieu abonde pour sa gloire, pourquoi serai-je encore, moi aussi jugé comme pêcheur ?")

"( ... )Seule est cherchée la brebis qui était perdue, seul est libéré le captif, seul le pauvre est enrichi, seul est conforté celui qui est faible, seul est exalté l'humilié, rempli ce qui était vide, construit ce qui ne l'était pas ... Il est donc impossible que l'homme nanti de sa propre justice se voit remplir de la justice de Dieu, qui comble seulement ceux qui ont faim et soif. L'homme rassasié de sa vérité et de sa justice propre n'est pas capable de la vérité et de la justice de Dieu, que seuls le vide et l'informe peuvent recevoir. Disons donc à Dieu : ô que volontiers nous serons vides pour que toi, tu sois plein en nous! faibles, pour que ta force habite en moi! pêcheurs, pour que tu sois justifié en moi! insensé, pour que tu sois ma sagesse ! injuste, pour que tu sois ma justice. 

(Commentaire de Rm 4,7 citant Ps 32,1-2 "Heureux ceux dont les iniquités sont pardonnées ... "  
( ... ) Ce que les théologiens scolastiques disent du péché et de la grâce est insuffisant. ils rêvent que le péché originel (comme aussi le péché "actuel") est entièrement enlevé, comme s'il s'agissait de choses amovibles (que l'on peut ôter) en un clin d'oeil, telles les ténèbres ôtées par la lumière. Et cela quand les saints et les anciens Pères, Augustin, Ambroise ont parlé bien autrement, à la façon des Ecritures. Mais eux ils parlent à la façon d'Aristote dans son Ethique, qui place les péchés et la justice et pareillement leur présence ou leur absence dans les oeuvres.

 

Lettre à Georg Spenlein, Wittenberg, 8 avril 1516

Par la foi, la justice de Dieu devient mienne, selon un admirable et merveilleux échange. 

(...) Donc mon cher frère, apprends à connaître Christ, et Christ crucifié ; apprends à chanter sa louange, à désespérer de toi-même et à dire : Toi Seigneur tu es ma justice, mais moi je suis ton péché; tu as assumé ce qui est à moi, et tu m'a donné ce que je n'étais pas. Prends garde, mon cher frère, d'aspirer un jour à tant de pureté, que tu ne voudras plus voir en toi le pêcheur, tout en l'étant. En effet, Christ n'habite que chez les pêcheurs. Réfléchis bien à ce grand amour, et vois-y la plus douce des consolations. En effet, s'il convient de parvenir à la quiétude de la conscience par nos efforts et nos épreuves, pourquoi donc est-il mort ? Ainsi c'est en lui seul et par un désespoir plein de confiance de toi-même et de tes oeuvres (per fiducialem desesperationem tui et operum tuorum) que tu trouveras la paix. Tu apprendras en outre de lui-même que, de même qu'il s'est chargé de toi et qu'il fait siens tes péchés, de même il fait tienne sa justice. (... ) 

Lettre d'envoi des 95 thèses sur les indulgences à l'archevêque Albert de Mayence, Wittenberg, 31 octobre 1517

( ...) les indulgences papales sont colportées dans le pays sous le nom de Votre Grandeur, pour la construction de Saint-Pierre. Je ne veux pas porter plainte contre les grands éclats de voix des prédicateurs d'indulgences, que je n'ai pas entendus, mais je déplore les fausses idées que le peuple en retire, et que ces prédicateurs vont répandant partout. Ces malheureuses âmes se figurent que, si elles achètent des lettres d'indulgence, elles sont sûres de leur salut; elles croient aussi que les âmes 

s'échappent du purgatoire aussitôt qu'on a mis un denier dans la caisse[1]. De plus cette grâce attachée aux indulgences serait telle, que tout pêché, si grand soit-il, pourrait être absous, même si quelqu'un (ce sont leurs propres paroles) avait violé la mère de Dieu. Enfin l'homme est délivré par ces indulgences de toute peine et de toute coulpe.

Ah ! Mon Dieu, c'est ainsi que les âmes confiées à vos soins, excellent Père, apprennent à marcher vers la mort ! Et ainsi s'accroît sans cesse votre lourde responsabilité envers tous ceux dont vous avez à rendre compte. C'est pourquoi je n'ai pu me taire plus longtemps. Car l'homme ne reçoit d'aucun évêque l'assurance du salut, alors qu'il n'est même pas assuré de la recevoir de la grâce de Dieu.

Comment peuvent-ils, avec ces fables et ces fausses promesses de pardon, donner au peuple la sécurité et lui ôter la crainte ? Car les indulgences ne confèrent aux âmes rien qui serve à leur salut et à leur sanctification, mais elles dispensent seulement de la pénitence extérieure qu'il était autrefois coutume d'infliger suivant les canons (règles) de l'Eglise. 

Le discours de Martin Luther devant la diète de Worms en présence de l'empereur Charles Quint et des princes (18 avril 1521) - Extraits  

(...) Sérénissime Empereur, très illustres Princes, deux points m'ont été proposés hier par votre S. Majesté. Il m' a été demandé si je reconnaissais comme miens les livres que l'on a énumérés et qui ont été publiés sous mon nom ; (et ensuite ) si j'entendais les défendre encore ou les rétracter. Sur le premier point, ma réponse était prête : je l'ai donnée sans ambages ; je m'y tiens et ne cesserai de le faire : il s'agit bien de mes livres que j'ai publiés moi-même sous mon nom, à la réserve près des changements ou des interprétations malheureuses qui pourraient être dus, depuis lors, à la ruse ou à la sagesse mal venue de mes adversaires. (...)

Pour répondre sur le deuxième point, je prie votre S. Majesté et vos Seigneuries de daigner remarquer que mes livres ne sont pas tous de la même sorte.

Luther présente donc ses livres en 3 catégories. Les uns, dit-il, sont des exposés de la doctrine chrétienne que même ses adversaires ne contestent pas ; d'autres sont des charges contre la papauté ; enfin des écrits de circonstance, violents, contre des adversaires. Luther se dit prêt à être convaincu de ses erreurs et réfuté "par les écrits prophètiques et évangéliques".et conclut ainsi :

"( ... ) Je n'ai pas le droit de dérober à mon Allemagne le service que je lui dois. Et par ces paroles, je me recommande à votre S. Majesté ainsi qu'à vos Seigneuries, les suppliant humblement de ne pas tolérer que les passions de mes adversaires me rendent injustement détestable à leurs yeux.

J'ai dit.

(Après que j'eus ainsi parlé le porte-parole impérial eut l'air de vouloir me reprendre vertement et dit que je ne m'étais pas tenu à l'affaire et qu'il ne fallait pas remettre en question les points qui avaient été autrefois condamnés et définis dans les conciles. Il me demandait donc une réponse simple et sans cornes : voulais-je rétracter mes écrits ou non ?) Voici ce que je dis alors :

Puisque votre S. Majesté et vos Seigneuries demandent une réponse simple, je vous la donnerai sans cornes ni dents. Voici : à moins qu'on ne me convainque par des attestations de l'Ecriture ou par d'évidentes raisons - car je n'ajoute foi ni au pape ni aux conciles seuls, puisqu'il est clair qu'ils se sont souvent trompés et qu'ils se sont contredits eux-mêmes - je suis lié par les textes scripturaires que j'ai cités et ma conscience est captive des paroles de Dieu ; je ne puis  ni ne veux me rétracter en rien, car il n'est ni sûr ni honnête d'agir contre sa propre conscience. (En allemand :) Je ne puis autrement, me voici, que Dieu me soit en aide.
 

[1] Luther fait allusion ici au refrain qui circulait alors partout : "Aussitôt que l'argent tombe dans la boite, l'âme s'envole du purgatoire" (Sobald das Geld im Kasten klingt / Die Seele aus dem Feugfeuer springt)



Erasme et Luther : le témoignage d'Albert Dürer

Après la comparution à la Diète de Worms et sa mise au ban de l'empire, Luther avait été enlevé à la Wartburg, le bruit s'était répandu qu'il avait été trahi et assassiné. D'Anvers, Albert Dürer dans son journal, après s'être lamenté sur le sort de Luther, se tourne tout naturellement vers Erasme :

Il a été trahi, lui, l'homme pieux éclairé par l'Esprit-Saint et qui suivait le Christ et la vraie foi chrétienne. Vit-il encore ou l'ont-ils assassiné ? Je l'ignore. S'ils l'ont tué, il a souffert la mort pour la cause de la vérité chrétienne et pour avoir condamné la papauté non chrétienne. Ah ! Dieu du ciel ayez pitié de nous ! Seigneur Jésus-Christ prie pour ton peuple, sauve-nous à temps, garde-nous dans la vraie et droite foi chrétienne ( ... )

O Dieu, redonne-nous un homme pareil à cet homme, qui, inspiré de ton esprit, rassemble les débris de ta sainte Eglise et nous enseigne à vivre chrétiennement ! O Dieu, si Luther est mort, qui nous expliquera désormais ton saint Evangile, avec une telle clarté ? (...)

( ... ) O Erasme de Rotterdam, à quel parti vas-tu t'arrêter ? Vois la puissance de l'injuste tyrannie sur le siècle ; vois la force des ténèbres. Ecoute, toi chevalier du Christ, chevauche aux côtés du Seigneur Jésus-Christ, protège la vérité, acquiers la couronne des martyrs. Tu n'es quand même pas un petit vieillard[1]. Je t'ai entendu dire que tu t'accordes encore deux ans, pendant lesquels tu seras encore bon à quelque chose ; emploie-les bien au service de l'Evangile et de la vraie foi chrétienne ( ... ) O Erasme, range toi dans ce camp ( ... ) qu'on entende ta voix : et les portes de l'Enfer, et le trône de Rome, comme l'a dit le Christ, ne pourront rien contre toi !".

                                                                       Albert Dürer, Journal de voyage, 17 mai 1521

 

La question du Sacerdoce universel et des ministères

Le pape, les évêques, les prêtres, les moines appartiennent à l'ordre spirituel disent-ils ; les princes les artisans , les paysans appartiennent au monde. Eh non ! Tous les chrétiens ne sont-ils pas de l'ordre spirituel ? Y a-t-il entre eux d'autre différence que celle qui naît de la charge du devoir ? L'onction, la tonsure peuvent bien faire un hypocrite ; le baptême seul fait le chrétien. Tous nous sommes prêtres, sacrificateurs et rois ; tous nous avons les mêmes droits mais pas la même puissance ( ... ) Un prêtre est assassiné. Voilà tout un pays mis à l'interdit ! Pourquoi ne fait-on pas de même pour le meurtre d'un paysan ? ( ... )

L'état ecclésiastique ne doit être dans la chrétienté qu'une sainte fonction. Aussi longtemps qu'un prêtre est dans sa charge, il paît l'Eglise. Le jour où il est démis de ses fonctions, il n'est plus qu'un paysan, un citoyen semblable à tous les autres, et tout ce qu'on a dit du caractère indélébile du prêtre n'est qu'une invention humaine.

                                                              Appel à la noblesse allemande (1520)

 

La confession d'Augsbourg (1530)

En convoquant la diète d'Augsbourg, Charles Quint souhaitait une réconciliation religieuse. A cet effet, chaque Etat était inviter à présenterà l'empereur sa position religieuse. Mais les princes décidèrent de présenter une confession de foi commune, et c'est Melanchton qui rédigea un texte aussi mesuré que possible pour exprimer la foi luthérienne: c'est la confession d'Augsbourg, dont vous trouverez ci-dessous l’article sur la justification : 

ARTICLE IV  De la justification

[1] Les luthériens avaient tendance à considérer qu'après avoir rendu de grands services à la cause chrétienne, Erasme n'était plus qu'un vieillard, hors du coup.

Ensuite, on enseigne que nous ne pouvons obtenir la rémission des péchés et la justice devant Dieu par nos mérites, par nos oeuvres et par notre satisfaction[1], mais que nous recevons la rémission des péchés et que nous devenons justes devant Dieu par grâce, à cause du Christ, par le moyen de la foi, si nous croyons que le Christ a souffert pour nous, et qu'à cause de lui les péchés sont remis et la justice et la vie éternelle nous sont accordées. Cette foi, Dieu veut la considérer comme justice devant lui et nous la compter comme justice, comme saint Paul le dit aux Romains, aux chapitres 3 et 4
 

[1] Ce que l'on est tenu de faire (aumône, jeûnes, prières, etc) en vue de "satisfaire" - de réparer - pour les péchés commis et obtenir la grâce. La réflexion de Luther sur la pénitence s'opposait à cette théorie de la "satisfaction" développée initialement par Anselme (XIème siècle).