HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 21 OCTOBRE 2004

 

Texte 3

CALVIN
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Suite à l'affaire des placards (1534), Calvin, craignant la persécution, quitte la France et se réfugie à Bâle. C'est là qu'il élabore le livre de "L'institution chrétienne" dont la première version, parue en 1535 est en latin. 
En 1541, il en donne une traduction française, avec des compléments. C'est pour justifier la position des réformés, qu'il l'envoie à François Ier, précédée d'un épître dédicatoire dont vous trouverez ci-dessous quelques extraits. Jusqu'à la fin de sa vie Calvin remaniera et améliorera son maître livre (la dernière version est de 1561).
 

Ce qui convient le mieux à la foi 

( ... ) Quelle chose convient mieux à la foi, que de nous reconnaître nus de toute vertu, pour être vêtus de Dieu ? vide de tout bien pour être emplis de lui ? serfs de péché pour être délivré de lui ? aveugles, pour être de lui illuminé ? boiteux, pour être de lui redressés ? débiles, pour être de lui soutenus ? de nous ôter toute matière de gloire, afin que lui seul soit glorifié, et nous en lui ? Quand ces choses et semblables sont dites par nous, nos adversaires crient que par ce moyen serait subverti je ne sais quelle aveuglée lumière de nature, préparations saintes, le libèral arbitre, les oeuvres méritoires de salut éternel, avec leur superérogations ; pourtant ils ne peuvent souffrir que la louange et gloire entière de tout bien, de toute vertu, justice et sapience, réside en Dieu. 

La question de l'Eglise

En ces points git notre controverse. Premièrement qu'ils requierent toujours une forme d'Eglise visible et apparente. Secondement qu'ils constituent icelle forme au siège de l'Eglise Romaine, et en l'état des prélats.

Nous, au contraire affirmons que l'Eglise peut consister sans apparence visible ; et même que son apparence n'est à estimer de cette magnificence extérieure, laquelle follement ils ont en admiration.; mais elle a bien autre marque, c'est à savoir la pure prédication de la Parole de Dieu, et l'administration des Sacrements bien instituée. Ils ne sont pas contents si l'Eglise ne se peut toujours montrer au doigt : mais combien de fois est-il advenu qu'elle a été tellement déformée entre le peuple judaïque qu'il n'y restait nulle apparence ! ( ... ) Combien de fois, depuis l'avénement de Christ, a-t-elle été cachée sans forme ? Combien souvent a-t-elle été tellement opprimée par guerre, par séditions, par hérésies, qu'elle ne se montrait en nulle partie ? Si donc ces gens ici eussent vécu de ce temps là, eussent-ils cru être quelque Eglise ?

Comment nous est donné le corps du Christ à la sainte Cène

Face aux controverses sur la sainte Cène, Calvin a une position nuancée, entre les compréhensions des Luthériens, (consubstantiation) et des Zwingliens (mémorial symbolique). Voici ce qu'il écrit dans le "Petit  traité de la sainte cène", qui date de 1541 : 

Comment doivent être comprise ces paroles où le pain est appelé corps de Jésus-Christ et le vin son sang. Cette question pourra être résolue sans grande difficulté, si nous retenons bien le principe que j'ai déjà énoncé : que toute l'utilité que nous devons chercher dans la Cène est anéantie si Jésus-Christ ne nous y est pas donné comme la substance et le fondement de tout.( ... )

Si ... on demande à savoir si le pain est le corps du Christ, et le vin son sang, nous répondrons que le pain et le vin sont des signes visibles qui représentent le corps et le sang , mais que ce nom de  corps et de sang leur est attribué parce que ce sont comme des instruments par lesquels le Seigneur Jésus nous les distribue.

Nous avons d'ailleurs un exemple bien propre en une chose semblable. Notre Seigneur voulant faire apparaître son Esprit au Baptême du Christ, le représenta sous la figure d'une colombe. Saint Jean Baptiste, racontant cette histoire, dit qu'il a vu le Saint-Esprit descendre. Si nous examinons la chose de plus près nous verrons qu'il n'a vu que la colombe, vu que le Saint-Esprit en son essence est invisible. Toutefois sachant que cette vision n'était pas une vaine figure, mais un signe certain de la présence du saint-Esprit, il ne craint pas de dire qu'il l'a vu, parce qu'il s'est représenté à lui selon sa capacité. Ainsi en est-il de la communion que nous avans au corps et au sang du Christ, c'est un mystère spirituel qui ne peut se voir à l'oeil, ni être compris par l'entendement humain : il nous est donc figuré par des signes visibles, selon que notre faiblesse le requiert, néanmoins de telle sorte que ce n'est pas une simple figure, mais une figure conjointe avec sa vérité et sa figure.