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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 4 NOVEMBRE 2004

Texte 3

SAINT FRANCOIS DE SALES (1567-1622)
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1567 : Naissance au château de Sales, sur la paroisse de Thorens, près d’Annecy (duché de Savoie)

1573-1578 : Etudes au collège de la Roche , puis d’Annecy

1580-159 : Etude à Paris , au collège jésuite de Clermont, puis à l’université de Padoue 

1591 : Docteur en droit civil et canonique

1593 : Ordonné prêtre

1594-1597 : Mission dans le chablais – Controverses avec les protestants

1598 : Coadjuteur du prince-évêque de Genève

1602 : Séjour à Paris -  Sacré évêque de Genève

1604 : Prêche le carême à Dijon. Rencontre de la baronne de Chantal

1609 : Publication de l’Introduction à la vie dévote

1610 : Fondation du premier monastère de la Visitation à Annecy

1616 : Publication du Traité de l’amour de Dieu

1618 : Dernier séjour à Paris

1622 : Mort à Lyon – enterré dans l’Eglise de la Visitation d’Annecy.

 

QUELQUES EXTRAITS de Saint FRANCOIS DE SALES  

L’évêque à ses clercs

Je vous le dis en vérité, l’ignorance dans les prêtres est plus à craindre que le péché, parce que par elle on ne se perd pas seulement soi-même, mais on déshonore, on avilit le sacerdoce. Je vous conjure donc, mes très chers frères, de vaquer sérieusement à l’étude : la science dans un prêtre, c’est le huitième sacrement de la hiérarchie ecclésiastique ; et les plus grands malheurs de l’Eglise  sont venus de ce que l’arche de la science s’est trouvé en d’autres mains que celle des lévites. Si Genève a fait des ravages si terribles parmi nous, c’est que nous étions oisifs, nous bornant à dire notre bréviaire sans penser à nous rendre plus savants , et elle a profité de notre négligence pour nous faire croire que jusqu’alors on n’avait pas compris le sens de la sainte Ecriture. Ainsi, tandis que nous dormions, l’homme ennemi a mis le feu à la maison … Mes chers frères, puisque la divine Providence, sans égard à mon indignité, m’a établi vote évêque, je vous conjure d’étudier tout de bon, afin qu’étant doctes  et de bonne vie, vous soyez irréprochables et prêts à répondre à tous ceux qui vous interrogeront sur les choses de la foi. 

                                                                          Entretiens  

« Chaque personne a son don »                                                 

( … ) Il faut bien se garder de jamais rechercher pourquoi la suprême sagesse a départi une grâce à l’un plutôt qu’à l’autre, ni pourquoi elle fait abonder  ses faveurs en un endroit plutôt qu’en l’autre. Non, Théotime[1], n’entrez jamais dans cette curiosité ; car ayant tous suffisamment, ains (mais) abondamment ce qui est requis pour le salut, quelle raison peut avoir homme du monde de se plaindre, s’il plaît à Dieu de départir ses grâces plus largement aux uns qu’aux autres ? Si quelqu’un s’enquérait pourquoi Dieu a fait les melons plus gros que les fraises, ou les lys plus grands que les violettes ; pourquoi le romarin n’est pas une rose, ou pourquoi l’œillet n’est pas un souci ; pourquoi le paon est plus beau qu’une chauve souris ; ou pourquoi la figue est douce et le citron aigrelet ; on se moquerait de ses demandes, et on lui dirait : Pauvre homme, puisque la beauté du monde requiert la variété, il faut qu’il y ait de différentes et inégales perfections ès choses et que l’une ne soit pas l’autre … Or c’en est de 

même ès  choses surnaturelles : chaque personne  a son don, un ainsi, et l’autre ainsi, dit le Saint-Esprit. C’est donc une impertinence de vouloir rechercher pourquoi saint Pierre n’a pas eu la grâce de saint Paul, ni saint Paul celle de Pierre, pourquoi saint Antoine n’a pas été saint Athanase, ni saint Athanase saint Jérôme ; car on répondrait à ces demandes que l’Eglise est un jardin diapré de fleurs infinies …

                                                                    Traité de l’amour de Dieu, II, 7. 

Grâce et liberté, coopération de l’homme

Quoique le saint-Esprit, comme une source d’eau vive, aborde de toutes parts notre cœur, pour répandre sa grâce en icelui ; toutefois ne voulant pas qu’elle entre en nous, sinon par le libre consentement de notre volonté, il ne la versera point que selon la mesure de son plaisir et de  notre propre disposition et coopération, ainsi que le dit le sacré concile, qui aussi, comme je pense, à cause de la correspondance de notre consentement avec la grâce, appelle la réception d’icelle réception volontaire.

                                                                   Traité de l’amour de Dieu, II, 11

La grâce est si gracieuse, et saisit si gracieusement nos cœurs pour les attirer, qu’elle ne gâte rien en la liberté de notre volonté ; elle touche puissamment, mais pourtant si délicatement, les ressorts de notre esprit, que notre franc arbitre n’en reçoit aucun forcement. La grâce a des forces, non pour forcer, ains (mais) pour allécher le cœur ; elle a une sainte violence, non pour violer, mais pour rendre amoureuse notre liberté ; elle agit fortement , mais si suavement, que notre volonté ne demeure point accablée sous une si puissante action ; elle nous presse, mais elle n’oppresse pas notre franchise ; si que nous pouvons emmi (parmi) ses forces, consentir ou résister à ses mouvements, selon qu’il nous plaît. Mais ce qui est autant admirable que véritable, c’est que, quand notre volonté suit l’attrait et consent au mouvement divin, elle le suit aussi librement, comme librement elle résiste, quand elle résiste, bien que le consentement à la grâce dépende beaucoup plus de la grâce que de la volonté, et que la résistance à la grâce ne dépende que de la seule volonté ; tant la main de Dieu est aimable au maniement de notre cœur, tant elle a de dextérité pour nous communiquer sa force, sans nous ôter notre liberté, et pour nous donner le mouvement de son pouvoir, sans empêcher celui de notre volonté …

                                                                 T raité de l‘amour de Dieu, II,12. 

Un ignorant peut-il aimer Dieu autant qu’un lettré ?

Le bienheureux frère Gilles, des premiers compagnons de saint François, dit un jour à saint Bonaventure : Ô que vous êtes heureux , vous autres doctes ! car vous savez maintes choses par lesquelles vous louez Dieu ; mais nous autres idiots, que ferons–nous ? et saint Bonaventure répondit : la grâce de pouvoir aimer suffit – Mais, mon Père, répliqua frère Gilles , un ignorant peut-il aimer Dieu autant qu’un lettré ? – Il le peut, dit saint Bonaventure ; ains (mais) je vous dis qu’une pauvre simple femme peut autant aimer Dieu qu’un docteur en théologie. Lors frère Gilles entrant en ferveur, s’écria : Ô pauvre et simple femme, aime ton Sauveur, et tu pourras être autant que frère Bonaventure, et la-dessus il demeure trois heures en ravissement …

                                                                    Traité de l’amour de Dieu, VI, 4. 

La prière

Celui qui priant Dieu s’aperçoit qu’il prie, n’est pas parfaitement attentif à prier ; car il divertit son attention de Dieu, pour penser à la prière par laquelle il le prie. Le soin même que nous avons à n’avoir point de distraction, nous sert souvent de fort grande distraction ; la simplicité ès actions spirituelles est des plus recommandables. Voulez-vous regarder Dieu, regardez-le donc et soyez attentif à cela ; car si vous réfléchissez et retournez vos yeux de dessus vous-même pour voir la contenance que vous tenez en le regardant, ce n’est plus lui que vous regardez, c’est votre maintien, c’est vous-même. Celui qui est en une fervente oraison, ne sait s’il est en oraison ou non, car il ne pense pas à l’oraison qu’il fait, mais à Dieu à qui il la fait


                                        
Traité de l’amour de Dieu, IX, 9. 

L’âme étant ainsi recueillie dedans elle-même, en Dieu ou devant Dieu, se rend parfois si doucement attentive à la bonté de son bien-aimé, qu’il lui semble que son attention ne soit presque pas attention, tant elle est simplement et délicatement exercée ; comme il arrive en certains fleuves qui coulent si doucement et également , qu’il semble à ceux qui les regardent, ou naviguent sur iceux, de ne voir ni sentir aucun mouvement, parce qu’on ne les voit nullement ondoyer ni flotter. Et c’est cet aimable repos de l’âme que la bienheureuse vierge Thérèse de Jésus appelle oraison de quiétude, non guère différente de ce qu’elle-même nomme sommeil des puissances, si toutefois je l’entends bien ...

                                                                   Traité de l’amour de Dieu, VI ,8.  

De la dévotion

Chacun peint la dévotion selon sa passion et fantaisie. Celui qui est adonné au jeûne, se tiendra pour bien dévot, pourvu qu’il jeûne, quoique son cœur soit plein de rancune ; et n’osant pas tremper sa langue dedans le vin, ni même dans l’eau par sobriété, ne se feindra point de la plonger dedans le sang du prochain, par la médisance et la calomnie ; un autre s’estimera dévot parce qu’il dit une grande multitude d’oraisons tous les jours quoique après cela sa langue se fonde en toutes paroles fâcheuses, arrogantes et injurieuses parmi ses domestiques et voisins. L’autre tire fort volontiers l’aumône de sa bourse pour la donner aux pauvres ; mais il ne peut tirer la douceur de son cœur, pour pardonner à ses ennemis, mais de tenir raison à ses créanciers, jamais qu’à vive force de justice. Tous ces gens-là sont vulgairement tenus pour dévots, et ne le sont pourtant nullement. 

                                                                  Introduction à la vie dévote  

Je dis donc que la dévotion ne consiste pas en la douceur, suavité, consolation et tendreté sensible du cœur, qui nous provoque aux larmes et soupirs et nous donne une certaine satisfaction agréable et savoureuse en quelques exercices spirituels. Non, chère Philotée[2], la dévotion et cela ne sont pas une même chose … 

L’exemple de la liberté du cardinal Borromée

Maintenant je veux que vous considériez le cardinal Borromée, qu’on va canoniser, dans peu de jours. C’était l’esprit le plus exact, roide et austère qu’il est possible d’imaginer ; il ne buvait que de l’eau , et ne mangeait que du pain ; si exact que, depuis qu’il fut archevêque, en vingt-quatre ans il n’entra que deux fois en la maison de ses frères étant malades, et deux fois dans son jardin, et néanmoins, cet esprit si rigoureux, mangeant souvent avec les Suisses ses voisins, pour les gagner à mieux faire, il ne faisait aucune difficulté de faire des carroux ou brindes (porter des toasts) avec eux chaque repas, outre ce qu’il avait bu pour sa soif. Voilà un trait de sainte liberté  en l’homme le plus rigoureux  de cet âge. Un esprit dissolu en eût fait trop, un esprit contraint eût pensé pêcher mortellement ; un esprit de liberté eût fait cela par charité.


[1]  Nom fictif donné à la destinatrice de l’Introduction à la vie dévote et qui signifie étymologiquement   « amie de Dieu ».

[2]  Nom fictif donné au destinataire du traité de l‘amour de Dieu