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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 18 NOVEMBRE 2004

  JM.VEZIN

La vie de foi au 17ème siècle : le cas de la France. 
    

Le contexte historique. Pays épuisé par les guerres de religion, guerres omniprésentes (guerre de 30 ans, guerres de Louis XIV), permanence du péril turc… : telle se caractérise la France du 17ème siècle ; mais c’est aussi le temps de la réception du concile de Trente, plus difficile ici que dans d’autres pays (Italie, Hongrie, Pologne, Espagne) du fait du Concordat qui veut que les décrets de Trente soient entérinés par le Parlement ; c’est aussi le temps du gallicanisme, avec l’idée que le concile prévaut sur le pape et que l’Eglise locale n’est pas forcément soumise à Rome ; c’est enfin le temps de grands théologiens : Bellarmin, Petau, Thomassin.

L’école française de spiritualité.  Elle naît à partir d’un petit cercle qui se réunit au début du siècle autour de Madame Acarie, une mystique influencée à la fois par le Carmel et les mystiques flamands et rhénans ; ce cercle rassemble la plupart de ceux qui vont faire ou influencer la réforme catholique : parmi eux, François de Sales,  Benoît de Canfeld – dont la mystique abstraite préconise de s’anéantir devant Dieu pour que Celui-ci puisse mieux nous envahir, Bérulle – dont l’influence sera très grande tout au long du siècle, et qui met l’accent sur le Verbe incarné : c’est par Lui qui, le premier, s’est anéanti, que l’on peut seulement accéder à Dieu (texte 1).

Formation et réforme du clergé. Avant tout, la grande vocation de Bérulle sera de réformer un clergé souvent ignorant (comme le note Vincent de Paul, texte 4), en s’inspirant du modèle italien de Philippe de Néri, fondateur de l’Oratoire (prêtres séculiers non  cloîtrés) : l’Oratoire sera en France le premier lieu de formation des prêtres, une formation intellectuelle que suivront nombre de personnages du siècle. Bourdoise propose un autre type de formation ; à Saint Nicolas du Chardonnet, il s’adresse à des clercs plus modestes, auxquels il donne une formation pratique en les  invitant à vivre détachés du monde. Olier fonde de son côté le séminaire de Saint Sulpice, qui sera une pépinière de prêtres « d’après Trente » de grand niveau spirituel, des prêtres qui doivent se séparer du monde et se laisser guider par le désir de donner la vie de Dieu aux autres ; dans la deuxième moitié du siècle, de nombreux évêques demanderont aux Sulpiciens de venir créer des séminaires chez eux, comme le voulait Trente. Un transfuge de l’Oratoire, Jean Eudes, fonde une congrégation de prêtres (Eudistes), avec l’idée que le prêtre représente le Christ et qu’il doit être un « super chrétien ». Vincent de Paul (qui se situe comme tous les précédents, sauf Bourdoise, dans la mouvance de Bérulle) s’attelle aussi à la réforme du clergé en créant pour les futurs prêtres la conférence « des Ordinands » (d’une durée de 15 jours ! mais auparavant, il n’y avait rien), puis la conférence « des mardis » pour les prêtres en service ; il institue par ailleurs des « missions » dans toute la France, cherchant à pallier l’état pitoyable du clergé : les « missionnaires » deviendront les Lazaristes qui dirigeront la majorité des séminaires en France. Toutes ces actions conduisent à implanter progressivement la réforme voulue par Trente et à créer un nouvel esprit sacerdotal (texte 2).

La vie chrétienne du temps. C’est le siècle de l’humanisme dévot, de l’attrait pour la prière, l’oraison (texte 3 ; cependant Vincent de Paul insiste autant sur l’action), d’un recours accru à la direction spirituelle, du goût pour la liturgie (dont on apprécie les solennités –qu’accentue l’architecture classique du temps, et le « mystère » –auquel contribue l’usage du latin), des dévotions (au Saint Sacrement – Compagnie du Saint Sacrement, processions, Salut… ; au Sacré Cœur – Paray le Monial ; à Marie –congrégations mariales dans les collèges de Jésuites). Les missions cherchent à catéchiser en profondeur les paroisses (texte 4) ; la Bible et les Pères reprennent de l’importance, avec en particulier les traductions de Port-Royal (Lemaistre de Saci) ; et, grâce à leurs collèges, les Jésuites, qui insistent sur la communion fréquente, gardent une grande influence. Parallèlement, de grands débats politico-religieux agiteront le siècle. Celui de l’augustinisme, à la suite de traductions d’Augustin, les disputes antérieures sur la place respective de la grâce (dont Baïus était le tenant) et de la liberté (Lessius), reprennent. Celui de Port-Royal où se trouve une communauté de cisterciennes réformées par Mère Angélique sous la direction de l’abbé de Saint Cyran, et que fréquentent de grands personnages (les « solitaires », Pascal) ; Port-Royal connaît une phase critique à la suite de la publication de l’Augustinus de Jansénius (d’où le débat sur la grâce et la liberté) et « De la fréquente communion » d’Arnaud (selon lequel, contrairement à ce qu’affirment les Jésuites, la communion ne peut être fréquente) ; finalement l’ordre sera dispersé par Louis XIV. Celui du gallicanisme, avec en particulier la question de savoir qui nomme les évêques : le pape ou le roi. Celui du quiétisme, selon lequel il faut tout attendre de Dieu dans une sorte d’indifférence, doctrine qui inspire Madame Guyon (amie de Fénelon), mais dont se méfie Madame de Maintenon.  

Grandes figures du temps
. D’origine modeste, Vincent de Paul est l’un de ceux qui subirent l’influence de Bérulle ; celui ci lui fait obtenir des postes prestigieux (aumônier de la Reine Margot, précepteur des Gondi), mais aussi l’attire à l’Oratoire. Différentes expériences lui font connaître la misère, ainsi que l’ignorance du clergé, d’où naît sa double vocation : la charité (création des « Filles de la charité », non cloîtrées), la réforme du clergé (Lazaristes). Il aura à la fin un rôle national, Anne d’Autriche l’ayant nommé au « conseil de conscience » chargé des affaires ecclésiastiques du Royaume (où il intervient dans la nomination des évêques). Bossuet est une figure emblématique du siècle qu’il résume, théologien, évêque, écrivain, orateur, proche de  la Cour …

Annexes :
Document 1 : Repères chronologiques.
Texte 1 : Bérulle.
Texte 2 : L'esprit sacerdotal selon l'école française.
Texte 3 : L'oraison selon Olier.
Texte 4 : Vincent de Paul.