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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 18 NOVEMBRE 2004

Texte 1

BERULLE (1575-1629)
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"Régir une âme" - La direction spirituelle

Régir une âme, c'est régir un monde et un monde qui a plus de secrets et de diversités, plus de perfections et raretés que le monde que nous voyons, et un plus excellent rapport au monde archétype, c'est-à-dire à celui qui est le créateur et l'idée de tout ce qui subsiste hors la divine essence : aussi Dieu regardant ses oeuvres y regarde l'âme d'un oeil bien différent. Et nous devons honorer, suivre et imiter un regard si saint, si pur, si divin, regardant les oeuvres de Dieu comme il les regarde lui-même.

( ...) Cet art de conduire les autres est une science non de mémoire mais d'esprit, non d'étude mais d'oraison, non de discours mais de pratique, non de contention (dispute), mais d'humilité, non de spéculation mais d'amour et d'amour de Jésus qui s'est livré et s'est abandonné, s'est oublié et s'est épuisé soi-même pour le salut des âmes. Cette science fait partie de la science des saints, comme parle l'Ecriture (Prov; 9,10) ... Cette science s'apprend, non tant dans les livres et dans les Académies que dans le livre de Vie et au pied de la Croix, adhérents à Jésus, adhérents à ses voies, adhérents à son amour.

( ... ) Aussi, faut-il que le prêtre  soit en liaison et adhérence[1] à celui qui nous dit en sa parole : sine mihi nihil potestis facere (Jn, 15, 5) - (sans moi vous ne pouvez rien faire) - , et en élévation fréquente à Dieu, comme Père des esprits.

                     Mémorial de direction pour les supérieurs, Chap. I et XI 

Bérulle, inspirateur du clergé au XVIIème siècle, fonde toujours sa spiritualité sur des considérations dogmatiques élevées. En voici un exemple :

Le gouvernement des âmes ... est une oeuvre de grâce, et est une oeuvre de grâce intérieure et excellente à laquelle il faut se disposer par contemplation et piété intérieure et particulière. Ne voyons-nous pas que c'est par amour et contemplation que se font les productions divines en la très sainte Trinité  ? Car le Père se contemplant soi-même produit son Fils, et aimant son Fils et soi-même produit le Saint-Esprit. C'est aussi en la contemplation et en l'amour des choses célestes et divines que nous devons produire le Fils de Dieu et son esprit dans les âmes.

                                 Mémorial de Direction pour les supérieurs, Chap. XV 

L'A B C de la vie spirituelle

(...) plus nous nous déperdons nous-mêmes, plus nous évacuons nous-mêmes, s'il faut ainsi parler, plus nous sommes remplis de Dieu ... et plus nous sommes remplis de Dieu, plus nous sommes homme. 

"Il s'est anéanti" (Ph 2,  8)

Bérulle est bouleversé par ce verset qu'il fait chanter chaque jour à l'Oratoire. Mystère de l'Incarnation :

Ne voyons-nous pas comme la puissance de Dieu y (dans le mystère de l'Incarnation) est transformée en amour et comme Dieu s'y faisant impuissant, ne s'y montre plus puissant que pour aimer ? Ne voyons-nous pas que la grandeur de Dieu est transformée en amour ...Ö mon Dieu, vous vous anéantissez pour l'amour de moi, anéantissez-moi pour l'amour de vous ... Quand sera-ce, ô Seigneur, qu'il n'y aura plus rien de moi en moi-même ? Ha ! quand arriverai-je à cet état qu'il n'y ait plus rien en moi qu'un néant et ce néant, une pure capacité d'être rempli de vous ?
 

[1] Bérulle désigne par ce mot "adhérence" ce à quoi doit tendre le chrétien dans son union au verbe incarné.