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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 18 NOVEMBRE 2004

Texte 3

L'oraison selon J.-J. OLIER (Saint-Sulpice)
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N.B. Dans la langue du XVIIème siècle, le mot "vertu"  a encore le sens de "force".  

( ... ) Ayez-en vous, dit cet apôtre (saint Paul), les mêmes sentiments que Jésus-Christ (Phil, 2,5), pour vivre en toute piété et religion envers Dieu, en toute justice envers le prochain, en toute sainteté envers vous-mêmes, et sobriété envers la créature, et c'est ce que le fils de Dieu avait dit en deux mots à ses disciples : Si quis vult post me venire, abneget semetipsum ..., et sequatur me (Mat, 16,24) ; si quelqu'un désire de me suivre pour vivre chrétiennement, qu'il renonce à tout soi-même en toutes ses actions, et qu'il adhère à mon Esprit pour opérer en sa vertu à la gloire de Dieu mon Père ...

Quand donc vous voudrez commencer votre oraison, la première chose qu'il faut faire est de  renoncer à vous-mêmes et à vos propres intentions.

D. Pourquoi renoncer à mes propres intentions quand je vais prier ? La prière n'est-elle pas une bonne oeuvre ?

R. Sachez que tout ce que fait la créature par elle-même est rempli d'amour-propre et d'orgueil secret. Par exemple, en ce sujet dont nous parlons, combien y a-t-il de personnes qui vont à la prière afin de demander à Dieu la santé, le gain d'un procès, des richesses, des honneurs ? et le tout est souvent pour goûter les voluptés du monde, pour satisfaire à leur ambition et pour se venger de leurs ennemis. En tout cela il n'y a rien pour Dieu ni pour le bien de l'âme ; toutes ces intentions tendent au péché et à la satisfaction de l'amour-propre. Vous voyez donc bien comme il faut renoncer à soi-même, et aux intentions malignes et secrètes  qui se rencontrent dans les bonnes oeuvres.

D. Comment donc faudra-t-il faire ?

R. Vous mettant à genoux, tout couvert de confusion de votre malice intérieure, vous direz d'abord selon le conseil de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Mon Dieu  et mon tout, je renonce à moi-même et aux inclinations de péché dont je suis tout rempli ; je vois bien que je ne puis vous prier  en moi-même ; je déteste de tout mon coeur tout ce qui peut vous déplaire en moi. Et pour couvrir mon iniquité et ma malice et avoir quelque accès auprès de votre divine Majesté, je me donne à Jésus-Christ, votre Fils qui habite en moi, et qui est la prière et la louange de toute votre Eglise : Laus mea tu es (Jér. 17,14). (...) 

D. Après avoir renoncé à moi-même et purifié mon coeur au commencement de l'oraison, et après m'être uni en esprit à Notre-Seigneur, que faut-il que je fasse ?

R. Vous avez deux choses à faire, comme nous l'enseigne l'oraison dominicale, et que nous vous expliquerons plus amplement ailleurs : la première est d'adorer, de louer et de glorifier Dieu ; la seconde est de lui demander nos besoins.

D. Sont-ce là les deux parties de l'oraison?

R. Oui ; la première s'appelle l'adoration ; la seconde, la communion.

D. Pourquoi commencez-vous par l'adoration ?

R. Premièrement, parce que des deux fins qu'a l'oraison, la première et principale est d'honorer et glorifier Dieu . Secondement, parce que la sainte Eglise le pratique ainsi au commencement de 

ses prières publiques, disant : Venite adoremus et procidamus ante Deum : venez, adorons et prosternons-nous devant Dieu.

D. Pourquoi appelez-vous cette première partie adoration ?

R. Parce que le mot adoration, dans l'Ecriture sainte, est pris souvent pour celui de religion, qui signifie une vertu chrétienne, laquelle porte l'âme à l'anéantissement, à l'admiration, aux louanges, aux remerciements, à l'amour, en un mot, à toutes sortes de devoirs et d'hommages que nous devons rendre à Dieu en cette première partie de l'oraison.

D. Pourquoi appelez-vous la seconde partie communion ?

R. Parce qu'en cette partie on se donne à Dieu pour entrer en participation de cequ'il est, et dont il veut nous animer. Or la participation et la communication que Dieu donne de ses dons et de ses perfections sont appelées proprement communion, et surtout par les Pères grecs, parce que par elle Dieu nous rend ses richesses communes. La participation au corps de Jésus-Christ s'appelle communion sacramentelle, parce que ce sacrement nous rend les biens de Jésus-Christ communs et nous communique ses plus grands dons. La participation qui se fait dans l'oraison s'appelle communion spirituelle, à cause des dons que Dieu y communique par la seule opération intime de son Esprit. L'âme qui expérimente quelque opération secrète en son coeur se doit tenir en repos et en silence, pour recevoir toute l'étendue des dons et des communications de Dieu, sans vouloir opérer par soi-même ni faire des efforts qui troubleraient les opérations pures et saintes de l'Esprit divin en elle.

D. N'y a-t-il que ces deux parties dans l'oraison ?

R. On y ajoute une troisième partie, que les uns appellent les résolutions, et qu'on peut nommer plus proprement la coopération, qui est fruit  de l'oraison, et qui s'étend à toute la journée.

D. Vous plairait-il de m'expliquer ce que veut dire coopération ?

R. Après s'être exercé, dans la seconde partie de l'opération, en un désir parfait d'imiter Notre- Seigneur sur ce que l'on a adoré en lui la première, et après en avoir plusieurs fois demandé la grâce et s'être tenu longtemps en sa présence, comme un pauvre mendiant, qui ne se lasse jamais de faire connaître ses besoins et d'étendre la main vers ceux qui peuvent le secourir, la troisième partie consiste à correspondre et coopérer fidèlement à la grâce qu'on aura reçue, faisant de bons propos, prévoyant les occasions que l'on aura de les exécuter dans la journée, et s'abandonnant parfaitement à la vertu de l'Esprit de Notre-Seigneur Jésus, pour lui obéir non seulement dans le jour présent, mais encore dans la suite de sa vie.                                                

                     Catéchisme chrétien pour la vie intérieure, IIème partie, VI-VIII