HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 3 DECEMBRE 2004

 

La foi confrontée:
 les missions du XVIème au XVIIIème siècle. 
    

Dès les origines (cf. les Actes des Apôtres), l’Eglise s’affirme missionnaire. Au cours des premiers siècles, la mission revêt deux formes : celle du monde latin, qui souvent cherche d’abord à « latiniser » les peuples pour leur dire la foi, celle du monde oriental qui cherche au contraire à ancrer la foi dans les langues et les cultures locales (ce que feront Cyrille et Méthode). Ultérieurement, l’avance de l’Islam confinera les missions au nord de l’Europe. Puis, à partir du 13ème siècle, grâce aux ouvertures permises par le commerce mongol, les ordres mendiants s’introduisent au Moyen Orient et jusqu’en Chine, retrouvant des chrétiens nestoriens, et créant des communautés chrétiennes, qui disparaîtront  lorsqu’au 15ème siècle la Chine se fermera avec l’arrivée des Ming.

Au 16ème siècle, la réforme catholique s’accompagne d’un désir missionnaire – en France (Vincent de Paul), mais aussi au delà : il y a un attrait pour la mission (texte 1). C’est d’ailleurs le temps des grandes découvertes, à partir du début du 15ème siècle, avec au Portugal l’impulsion d’Henri le Navigateur (littoral occidental de l’Afrique) et Vasco de Gama (route des Indes), et en Espagne Christophe Colomb. En 1493, le pape a partagé le monde entre les deux puissances ibériques, et institué le « patronat » qui donne la charge de l’évangélisation aux souverains de ces pays. Aux Antilles, puis au Mexique, au Pérou, et dans les autres pays d’Amérique du Sud, la conquête espagnole, souvent violente (cf. texte 1, Requerimiento et sermon de Montesinos), s’accompagnant d’épidémies et d’esclavage, cohabite difficilement avec le souci missionnaire, d’où les « réductions » créées par les ordres religieux (République des Guaranis) ; les Espagnols évangélisent également les Philippines, et vont jusqu’au Vietnam. Un mauvais usage du patronat (on ne fait plus forcément appel aux meilleurs missionnaires) conduira à des résultats médiocres. Les Portugais s’implantent au Brésil, mais c’est surtout vers l’Orient qu’ils sont actifs : aux Indes, où – se heurtant au système des castes – ils évangélisent surtout les comptoirs (Goa) ; au Japon avec François-Xavier, qui comprend qu’il lui faut se conformer aux coutumes du pays, mais où la mission s’achèvera au début du 17ème siècle par de grands massacres ; en Chine avec Ricci qui instaure des missions scientifiques auprès de l’empereur, mais où la querelle des rites conduira l’empereur à interdire toute prédication. La France, elle, qui sort exsangue des guerres de religion, a peu d’action, sauf une sorte de patronat au Canada.  

Que retenir de cette histoire des missions, quels enseignements pour aujourd’hui ? Pour ce qui est de leur organisation, les dérives du système du patronat conduisent la papauté à créer, au 17ème siècle, la « Propagande » [d’où l’actuel séminaire des missions étrangères de la rue du Bac], ce qui permettra de « doubler » les évêques issus du patronat par des vicaires apostoliques envoyés par Rome. Mais c’est sur le fondement de la mission qu’apparaissent beaucoup d’interrogations. La découverte de pays et de peuples inconnus conduit en effet à se demander si ces gens sont vraiment des hommes (questionnement qui favorisera une traite des Noirs et un esclavage par ailleurs considérés comme presque normaux, cf. texte 1, Las Casas). Ont-ils connu la Révélation ou Dieu les aurait-t-il oubliés ? Ont-ils une âme, ont-ils part au Salut, puisque, comme on le croyait fermement à l’époque, « hors de l’Eglise, point de Salut » ? [Ces questions ne résonnent-elles pas encore aujourd’hui ?]. Les méthodes d’évangélisation sont discutées : si l’on considère que la culture locale ne véhicule que de l’idolâtrie, ne faut-il pas forcer ces gens au christianisme, en tirant parti de ce que, par exemple en Amérique latine, beaucoup ont été parqués dans des « encomiendas » (texte 1, controverse de Valladolid) ? Ou au contraire faut-il s’acculturer chez eux et faire confiance aux hommes et à leur culture  [au risque, dirait-on aujourd’hui, de s’y perdre] ? Cette question débouche sur la « querelle des rites », qui s’est posée, elle, à propos des rites chinois (ces rites traduisent une façon de vivre en société) : les Jésuites pensent que l’on peut transposer le christianisme dans ces rites, mais la « Propagande » estime que cela conduit à maquiller la foi ; finalement, Rome interdira en 1742 les rites chinois. Il faut enfin rappeler que chaque grand Ordre a ses missions, parfois rivales : Dominicains, Franciscains, Jésuites… ; ces derniers, qui cherchent à s’acculturer, créent des collèges en vue de favoriser un clergé indigène : mais faut-il créer un tel clergé indigène ? [Pendant longtemps la réponse est discutée].  

Les missions de cette époque sont marquées par de nombreux martyrs et de grandes figures. Parmi elles, le fondateur du séminaire des Missions Etrangères, François Pallu, découvre sa vocation missionnaire au sein de la Société du Saint Sacrement. C’est Rome qui lui demandera de mettre en place des moyens pour former des missionnaires. Il ira lui même en Cochinchine, et mourra puis plus tard en Chine, ce qui explique que les Missions Etrangères restent aujourd’hui très présentes en Extrême-Orient. Mateo Ricci (texte 2) fut formé au collège romain des Jésuites (où l’on enseignait la théologie mais aussi les sciences). Accompagné de Ruggiéri, il est envoyé chez les Ming en Chine, où il cherche à se « faire chinois » ; après de longues études, il est admis parmi les lettrés confucéens et se fait des relations dans le monde des académies ; à Nankin, puis à Pékin, il se fait connaître comme scientifique (astronomie…). Les relations qu’il instaure sont de type évangélique, mais par prudence il se refuse à de grandes évangélisations. La querelle des rites mettra fin à l’action qu’il avait initiée.

Annexes :
Document 1 : Repères chronologiques.
Texte 1 : Textes sur les missions.
Texte 2 : Mateo Ricci.