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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 3 DECEMBRE 2004

Texte 2

MATTEO RICCI (1552-1610)
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1570 : A 18 ans, étude au Collège Romain (s.j.)                              1595-1598 : Nam Chang. Traité de l'amitié.

1582 : Entrée en Chine par Macao                                                                       Traduction de l'Enchiridion d'Epictète

10sept. 1583 : Ricci et Ruggieri s'installent à Zhaoping                   1599 :  S'établit à Nankin (astronomie,géographie)

1589-1595 : Etude des classiques chinois et du confucianisme        1601-1610 : à Pékin

1595 : Première publication du traité La vraie notion de Dieu         "Plutôt des bons chrétiens qu'une grande foule" 

A Shaozou

Pendant les six années passées à Shaozou, Ricci étudia les classiques chinois, voici comment il en rend compte à son supérieur, dans une lettre du 10 décembre 1593 :

"Toute l'année nous fûmes occupés à étudier, et j'achevais de lire au Père mon compagnon une sorte de cours qu'ont coutume d'entendre en matière de morale les lettrés de la Chine, et ce sont Quatre Livres de quatre philosophes très bons et de bonne documentation morale. Le père visiteur me les fait aussi traduire en latin, pour que cela m'aide à faire un nouveau catéchisme, qui nous est fort nécessaire, dans la langue (le chinois), vu que celui qui s'est fait au début ne s'est pas trouvé aussi bon qu'il aurait dû l'être."

Trois ans plus tard, il fait ainsi rapport à son supérieur :

Dans ces années passées je me fis expliquer par de bons maîtres outre les Quatre Livres, aussi toutes les Six Doctrines, et je notai beaucoup de passages dans toutes, qui sont en faveur de notre foi comme de l'unité de Dieu, l'immortalité de l'âme, la gloire des bienheureux, etc. 

A Nanchang

A la fin du XVIème siècle en Chine, il y avait de nombreuses académies. Ricci les fréquente et voici ce qu'il en dit, dans une lettre du 4 novembre 1595 :

Ceux qui me plaisent davantage sont les académiciens, qui me prodiguent les amabilités et discutent continuellement avec moi, et j'ai eu avec eux beaucoup de discussions importantes, et jamais ils ne m'obligent à céder à la fin de celles-ci. Jusqu'à leur capitaine Zhang Doujin, avec lequel j'ai lié une étroite amitié, et nous nous voyons très fréquemment, il dit du bien de notre loi à pleine bouche, et il m'envoie ses disciples pour que je les instruise. 

Obtenir de l'empereur la permission de prêcher - La méthode de Ricci

Dans un pays hyper-centralisé comme la Chine, tout passe par l'empereur. Ricci et ses compagnons ont caressé le rêve d'obtenir une telle permission de l'empereur en vue d'une conversion de masse des Chinois.

Nous avons conclu entre nous deux choses pour en avoir des signes manifestes : l'une est que, si l'on avait licence libre en ces contrées pour prêcher le saint Evangile, en peu de temps se feraient des millions de chrétiens ; l'autre  est que sans une telle permission, aussitôt nous aurions à perdre le peu que nous avons, si nous nous mettons délibérément à vouloir faire des chrétiens, à cause de la grande suspicion qu'il y a dans 

ce royaume à l'égard des étrangers et spécialement de nous, car déjà ils nous considèrent des hommes de  talent, d'esprit et capables de commencer n'importe quelle grande oeuvre. Pour cette raison, nous n'osons avancer qu'avec des pieds de plomb.

Ce que je peux dire (...), c'est qu'on fait un fruit infini parmi ces personnes aussi selon le mode où nous marchons, parce que je puis dire que chaque jour je leur prêche quand elles viennent me visiter, bien que nous n'explicitions pas jusqu'ici tous les mystères de notre sainte foi, néanmoins nous allons posant les fondements principaux : qu'il y a un Dieu créateur du ciel et de la terre, que l'âme est immortelle, qu'il y a récompense (ou châtiment) des bons et des méchants, toutes choses inconnues et non crues jusqu'ici par

eux ; et ils entendent tous avec tant de contentement et tant de larmes, qu'ils éclatent maintes fois en beaucoup de vraies louanges, comme si tous ces discours avaient été découverts seulement par nous, et il nous semble en ce début commencer par des choses que nous pouvons encore confirmer par des raisons.  

Traité de l'amitié par Li Ma T'eou d'Europe (M. Ricci)

Ricci se fit "Chinois parmi les Chinois " et tissa des liens d'amitié avec les lettrés (mandarins). Selon le père  Claude LARRE, s.j, "l'approche chinoise des êtres conduit à établir une relation d'intimité progressive avec ceux que l'on enseigne et la qualité de l'enseignement dépend de la relation." Ricci, (Li Ma-T'eou d'Europe) a ainsi rédigé en chinois, pour un prince ami, un traité "de l'amitié". En voici le début et quelques extraits :

Moi. Li Ma-T'eou, je suis venu de l'Extrême-Occident en Chine, par bateau, avec un profond respect, pour les magnifiques vertus du fils du Ciel des Ming et pour les instructions laissées par les anciens empereurs de l'antiquité.

Depuis que j'ai choisi en consultant Dieu, mon domicile au sud des montagnes, les astres et les neiges avaient souvent changé (il y a plusieurs années de cela).

Au printemps de cette année je suis arrivé à Kin-Lin (Nankin) après avoir franchi les montagnes et les fleuves. J'ai admiré la lumière de la Nation supérieure (la Chine) avec une satisfaction secrète en pensant que je n'avais pas mal profité de ce voyage.

La dernière semaine de mon long périple, j'ai ramené ma barque à Yué-tch'ang et je l'ai amarré au Nan-plou.

Promenant les regards sur les montagnes occidentales, j'en contemplais à loisir la merveille et la beauté et je soupçonnais qu'ici se retirent les parfaits.

J'y restais longuement, en me promenant çà et là, sans pouvoir m'arracher à son charme.

Enfin je débarquai et entrai dans une maison.

Plus tard j'allai rendre visite au roi (duc) de KienNgan. Il ne me dédaigna pas et me permit de le saluer les mains jointes. Il me fit asseoir à la place de  l'hôte et me fit servir du vin sucré.

Plein d'entrain, il s'écarte un peu de la table et me dit en me serrant la main (sic) :

"Toutes les fois que des honnêtes gens de (grande) vertu daignent passer en mon pays, je ne manque pas de les inviter, de lier amitié avec eux et de leur marquer mon respect.

Les pays occidentaux sont des pays de tao et de i (très civilisés). Je voudrais bien entendre parler de l'amitié telle qu'elle s'y pratique."

M'étant retiré, je m'occupais à recueillir en un volume les sentences de l'Amitié dont j'avais entendu parler quand j'étais jeune encore. En voici le texte respectueusement exposé.  

Extrait de quelques-unes de ces sentences :

(1) Mon ami n'est autre que la moitié de moi-même; c'est un autre moi-même; aussi faut-il regarder l'ami comme moi-même

(6) Avant de lier amitié avec un autre, il convient de le bien observer. Etes-vous devenu son ami, il convient de lui rester fidèle.

(10) Quand un malheur m'arrive, ce m'est une consolation de voir le visage de mon ami.

(14) De mes amis défunts, je me souviens sans tristesse, car lorsqu'ils étaient encore en vie, je les possédais "comme si" je pouvais les perdre. Maintenant qu'ils sont morts, je pense à eux "comme si ils m'étaient présents.

(15) L'homme ne peut s'acquitter parfaitement de toutes choses ; aussi Dieu a-t-il commandé l'amitié afin que nous nous portions secours les uns les autres.

Si on excluait du monde la vertu d'amitié, à coup sûr le genre humain se disperserait et irait se détruisant.

(42) Si vous traitez vos amis comme vous même, celui qui est loin s'approche, le faible s'affermit, le malheureux goûte le bonheur, le malade recouvre la santé. Inutile d'en dire davantage : (le mort) quoi qu'il soit mort, il semble encore vivant.

(64) Si vous habitez près d'une teinturerie, si vous fréquentez les teinturiers et si vous approchez de la teinture, il sera difficile évidemment de ne pas vous barbouiller de teinture. Si vous vous liez avec un mauvais ami, si vous êtes habitué à voir et entendre des vilenies, vous les imiterez certainement : ainsi vous souillerez la candeur de votre coeur.

(95) C'est une coutume en Judée (nom d'un pays du Nord) d'appeler riches ceux-là seuls qui ont acquis des amis.