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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 16 DECEMBRE 2004

  JM.VEZIN

La foi confrontée aux "Lumières" (1680 - 1800)     

A l’orée du 18ème siècle apparaissent en toile de fond trois séries de questions. D’abord celles relatives aux conséquences de la Réforme. Selon le principe « une loi, un roi, une religion », les Etats n’admettent généralement pas plusieurs confessions chrétiennes. En Angleterre, par exemple, les Catholiques n’ont pas de statut. Si la France fait exception depuis l’Edit de Nantes (1598), le clergé demande que cette « anomalie » soit corrigée ; en 1628, la prise de La Rochelle, place de sûreté des Protestants, marque le début d’une série d’actions de grignotage de l’Edit, qui aboutira à sa révocation en 1685 et à une émigration des Protestants (émigration clandestine car, avec François de Sales et d’autres, on voulait les convertir, et non les laisser partir). Ailleurs, les quelques tentatives de dialogue entre confessions, dont celles initiées par Leibniz (texte 1), n’aboutiront généralement pas. Deuxième série de questions : y a-t-il une unique vraie religion ? Le développement des voyages fait découvrir des peuples ayant d’autres croyances et oblige à un certain relativisme, – ce qui conduit d’ailleurs au déisme (on se borne à croire en un grand architecte). D’où des débats sur la tolérance : peut-on tolérer plusieurs religions (texte 2c) ? Parallèlement, un protestant, Pierre Bayle, produit des textes qui seront souvent utilisés, mettant en cause les systèmes d’argumentation traditionnels : non seulement il faut relativiser son regard sur les autres (texte 2a), mais le monde ne se résume pas à la chrétienté (texte 2b).  Enfin d’autres questions se posent à propos de la remise en cause de la vision du monde : avec Galilée, Descartes, Pascal, on perçoit que le monde doit se comprendre à l’aide de la science, et la Bible (selon laquelle, par exemple, on pensait que la Terre, plate, était le centre de  l’Univers, autour duquel tournait le soleil) n’explique pas toute la réalité. Ce qui entraîne des interrogations sur la manière d’interpréter l’Ecriture : Spinoza (texte 3) y introduit des méthodes qui s’inspirent de la raison, et qui permettent de faire la distinction entre le sens concret du texte, et la vérité qu’il révèle. Un catholique, Richard Simon, appliquera ces méthodes à l’Ancien Testament, ce qui mettra en fureur les théologiens, dont Bossuet, qui pensent qu’on ne peut interpréter les textes autrement que selon la tradition unanime des Pères ; l’étude critique de la Bible en en sera bloquée jusqu’au 20ème siècle chez les Catholiques, restant l’apanage soit des rationalistes, soit d’une école allemande anti-catholique. L’Encyclopédie est la vitrine des débats de l’époque ; elle traduit l’espoir que le progrès permettra de vivre mieux, en un temps où les famines restent fréquentes.

Différents traits marquent la vie religieuse. Né au 17ème siècle avec la publication des ouvrages de Jansénius  et d’Arnauld, traitant de la grâce et de la liberté, et restreignant la pratique de la communion, le jansénisme prend progressivement une tournure politique ; une apologie du jansénisme faite par Quesnel, qui trouve une certaine audience, est condamnée par Rome (bulle Unigenitus, 1713), et Port-Royal est finalement rasé ; mais le jansénisme restera latent tout au long du siècle, avec son rigorisme moral (communion peu fréquente, dureté en matière de confession, pouvant aller jusqu’au refus de l’absolution). Après la crise du quiétisme, qui avait également pris au 17ème siècle une tournure politique, le mysticisme disparaît au 18ème siècle, s’accompagnant d’un déclin de la vie contemplative ; à l’inverse un certain piétisme apparaît en Europe chez les Protestants, en particulier luthériens (Bach, Kant), et en Angleterre avec les frères Wesley et la naissance du Méthodisme. Le concile de Trente porte ses fruits sur la formation du clergé : celui-ci est pieux, a un mode de vie respectable, mais est un peu insuffisant intellectuellement et sera mal à l’aise face aux « Lumières » (contrairement à ce qui se passe en Angleterre et surtout en Allemagne où un dialogue en profondeur s’instaurera avec les « Lumières »). Dans les campagnes, les missions, qu’avait instaurées Vincent de Paul, poursuivent leur travail de lutte contre les « superstitions ». Au total, si les « Lumières » ne concernent en France qu’un petit nombre, l’Eglise est omniprésente (en France, en Espagne…), d’autant que les curés ont un rôle civil aussi bien que religieux (ce qui conduit en Autriche à la dérive du Joséphisme, Joseph II, grand créateur de paroisses, attendant que son Eglise soit faite de fonctionnaires obéissants s’occupant surtout des pratiques morales). La papauté n’a guère de poids face aux princes ; le pape est souvent falot ; il ne règne plus que sur un petit territoire mal géré ; et quand les Etats le poussent à supprimer les Jésuites (victimes de leur succès politique, mais ayant échoué dans leur action missionnaire, et par ailleurs contestés dans leurs collèges), Clément 14 ne peut résister (1713).  

Figures de ce temps
. Bergier (texte 4) est un clerc qui se mettra au niveau du débat intellectuel du temps. Il écrit des ouvrages apologétiques contre les Lumières ; il polémique avec Voltaire (il s’agit de polémiquer, non de comprendre, car la tolérance n’est pas admissible sur les questions religieuses) ; ses ouvrages ont souvent des titres évocateurs (La certitude  des preuves du christianisme) ; et son dictionnaire théologique sera la référence pour les prêtres apologétiques du 19ème siècle. Alphonse de Ligori (texte 5), brillant avocat napolitain devenu prêtre, se consacre à l’évangélisation des bas quartiers des villes, puis à celle des campagnes, c’est à dire de ceux que n’atteint pas un clergé pourtant pléthorique. Il publie des textes de dévotion en langue populaire ; face au rigorisme janséniste, il élabore une théologie morale qui fait appel à la miséricorde de Dieu et qui aura une grande influence au 19ème siècle (par exemple sur le Curé d’Ars). Il est le fondateur des Rédemptoristes.

 

Annexes :
Document 1 : Repères chronologiques.
Texte 1 : Leibniz.
Texte 2 : Pierre Bayle.
Texte 3 : Les débuts de la critique biblique.
Texte 4 : Bergier.
Texte 5 : Alphonse de Ligori.