HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 16 DECEMBRE 2004

 

Texte 1

Tentatives de rapprochement entre catholiques et protestants  
____________________________________________________

LEIBNIZ (1646-1716) 

Le philosophe Leibniz élabora divers projets en vue d'un rapprochement entre catholiques et protestants. Il considérait que le concile de Trente n'avait réuni qu'un trop petit nombre d'évêques pour être tenu pour légitime. Concile de la nation italienne, disait-il. Aussi rêvait-il, en vue de la réunion, d'une suspension des décrets de Trente, permettant aux protestants de se réunir à l'Eglise romaine en vue d'un futur nouveau Concile, véritablement oecuménique, où siégeraient catholiques et protestants. A cet effe,t il se mit en rapport avec Spinola, ancien visiteur général de l'ordre franciscain, devenu évêque de Tina (Croatie), qui consacrait à la cause de la réunion l'essentiel de son énergie. La lettre que lui écrit Leibniz en 1683 contient déjà l'essentiel des projets que Leibniz et le pasteur Molanus élaboreront par la suite. L'idée d'un futur concile sera au coeur de la célèbre correspondance que Leibniz échangera, directement et par personnes interposées, avec Bossuet mais qui n'aboutira pas. Dans ses tentatives de rapprochement, Leibniz agissait comme représentant de princes protestants luthériens. 

 "Pour être de l'Eglise, il n'est pas nécessaire d'accepter tous les dogmes définis par elle (si l'on ignore de fait, par exemple, que l'Eglise a porté telle définition) ; il suffit d'être disposé à s'en tenir à ses décisions, dès qu'elles seront connues. Or comme les protestants se persuadent avoir des doutes sur la légitimité du Concile de Trente, il leur suffit de se soumettre intérieurement aux décrets d'un futur Concile tenu légitimement. En attendant, ils seront reçus dans l'union de l'Eglise, recevront les ordres sacrés de l'Eglise romaine, et, en conséquence, reconnaîtront en elle le fondement assuré de la foi, et du dépôt de la puissance ordinaire, qui, de droit divin, réside dans les évêques." 

Telles sont les concessions faites par les protestants. Voici maintenant leurs exigences :

"A l'exemple des Grecs unis[1] , ils demandent de garder le mariage des prêtres, avec les restrictions de l'ancienne discipline, la communion sous les deux espèces, le culte divin en langue vulgaire, le droit de différer d'avis avec l'Eglise romaine sur le mode de la présence réelle à la Sainte-Cène, sur le purgatoire et autres questions controversées jusqu'à ce qu'elle aient été tranchées en Concile. Quant aux conditions mêmes de ce Concile, il était bon de les fixer à l'avance pour éviter toute surprise. On a toujours réputé Concile légitime celui qui est formé par la réunion des évêques seuls, et puisque les catholiques demandent qu'intervienne aussi l'autorité du Pape, soit pour la convocation, soit pour la direction, les protestants n'ont pas de raisons d'y répugner, car, en toute assemblée humaine, il est besoin d'une autorité dirigeante, mais ils demandent, à leur tour, le droit pour leurs évêques qui seront, dès lors, considérés comme légitimes, le droit d'y siéger comme juges. Il serait bon de fixer aussi quelle majorité serait nécessaire pour terminer les discussions."

                                           Lettre de Leibniz à Spinola, février 1683.
 

[1] Il s'agit des Eglises orientales rattachées à Rome