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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 10 JANVIER 2005

  JM.VEZIN

De la Révolution française à Vatican I (1789 - 1869) 
en Europe 
    

Le contexte. L’évolution de l’Eglise de France au cours de la Révolution et de l’Empire (chronologie 1) a eu de profondes répercussions en Europe. A l’origine, la Révolution n’est pas anti-religieuse : les curés ont souvent participé à la rédaction des cahiers de doléances ; et Robespierre, tenant un cierge, a participé à la procession du 4 mai 1789 partant de Notre Dame de Versailles. Les choses évoluent ensuite : le clergé rejoint le Tiers-Etat ; les biens du clergé sont sécularisés (pour pallier la banqueroute du budget de l’Etat) ; les vœux religieux sont interdits ; les ordres contemplatifs (qui ne correspondaient d’ailleurs plus à « l’air du temps ») sont supprimés. La constitution civile du clergé, qui prévoit que les évêques seront élus par tous les habitants, est promulguée et un serment est demandé au clergé : la plupart des évêques le refusent ainsi que la moitié des prêtres ; parmi les « jureurs » beaucoup le font pour demeurer auprès de leurs paroissiens ; Rome voit l’Eglise constitutionnelle comme schismatique. La guerre avec l’Autriche conduit à considérer que les prêtres réfractaires sont alliés de l’ennemi, d’où les massacres, la volonté de laïciser, de déchristianiser, de « dé-prêtriser » le pays. Après la Terreur se met en place la séparation de l’Eglise et de l’Etat et, avec l’abbé Grégoire (évêque constitutionnel), l’Eglise constitutionnelle cherche à s’organiser. Mais Bonaparte, ensuite, comprend que c’est avec le « chef », c’est-à-dire le pape, qu’il lui faut  régler la question religieuse, d’où le concordat (que Napoléon compètera, unilatéralement, par des articles organiques), et la mise en place de nouveaux diocèses. Cependant, peut-être plus que le concordat (1801), ce sera « Le Génie du Christianisme » de Chateaubriand (1802) qui aura une grande influence sur la restauration du culte. Après 1815 (chronologie 2), les élites en France, au départ voltairiennes, considèrent la religion comme un moyen de faire régner l’ordre. Par crainte (en France comme ailleurs en Europe) des idées de 1789, on cherche une référence et le pape apparaît comme le personnage « stable ». Gallicanisme et joséphisme s’effacent au profit de l’ultramontanisme ; on va à Rome pour voir le pape plus que le tombeau des apôtres ; les encycliques se multiplient ; cependant le siècle restera hanté par la question de la relation entre l’Eglise et l’Etat monarchique. Par ailleurs, avec l’industrialisation apparaît un prolétariat déchristianisé.

La foi face au monde issu des révolutions. Comment se situer par rapport aux « libertés » (de culte, de presse, d’enseignement…) ? Peut-on être catholique dans ce monde de libertés alors que, peu avant, le trône et l’autel étaient associés ? Bien que non majoritaires, certains le pensent, tel Félicité de Lamennais qui préconise l’autonomie du politique par rapport au spirituel (texte 1) ; position condamnée par l’encyclique Mirari Vos : Lacordaire et Montalembert se soumettent, pas Lamennais. Cependant les idées libérales se propagent, et Montalembert, dorénavant pair de France, les défend : pour lui, l’ancien régime est mort et c’est au sein des nouveaux régimes qu’il faut défendre les droits de l’Eglise (texte 2). Libéralisme que condamne l’encyclique Quanta Cura, à laquelle est annexé un catalogue de propositions condamnables, le Syllabus, récapitulant les positions antérieures de Pie IX (texte 3) et que Dupanloup, face à l’émotion provoquée par ce texte, cherchera à expliquer (texte 4). Les tentatives de créer une contre-société, catholique et autonome vis-à-vis de l’Etat « mécréant », seront sans suite. Par ailleurs, dans l’enseignement – toujours sous le monopole d’Etat depuis Napoléon  – sont votées les lois sur l’enseignement primaire (Guizot, 1830) et secondaire (Falloux, 1850).

La vie intellectuelle. L’interprétation de la Bible se heurte aux découvertes (scientifiques, paléontologiques…) et aux théories telles que le darwinisme : face à cela, la critique protestante se révèle performante, la catholique « ignore », tandis que ricane le monde anticlérical. Parallèlement apparaissent des « Vies de Jésus » : Renan, à la suite de Strauss, ne voit en Jésus qu’un doux rêveur galiléen. Plus généralement, la foi a à se confronter aux idées philosophiques : débat qui intervient surtout en Allemagne – où les remaniements territoriaux de Napoléon ont mis fin au système « cujus regio, ejus religio » et où dialoguent universités catholiques et protestantes ; les grands noms en sont Schleiermacher (protestant), Möhler, Döllinger (catholiques). En Angleterre, le mouvement d’Oxford s’émeut de voir l’Eglise anglicane n’être qu’une Eglise de l’Etat, sans sève chrétienne, et relit les Pères ; Newman pense que, malgré ses défauts, ce qu’il cherche, c’est l’Eglise catholique, qu’il rejoint en 1843.

La vie religieuse. Le renouveau de la ferveur religieuse se traduit par la création de nouveaux ordres, surtout féminins et dédiés aux problèmes de la société (hôpitaux, enseignement…), par la croissance des dévotions (Sacré Cœur ; Marie avec la Médaille miraculeuse, La Salette, Lourdes, dogme de l’Immaculée Conception – texte 5 –), la restauration de nombreuses paroisses. Les anciens ordres sont restaurés : Jésuites, Bénédictins (avec dom Guéranger), Dominicains (Lacordaire). Un catholicisme différentié se manifeste, avec des traditionalistes (Veuillot) et des libéraux (Montalembert) ; quant au monde protestant, il est très actif.

Figures de ce temps. Dupanloup (texte 6) fut un grand évêque, très mêlé à l’histoire de son temps : auteur de grandes catéchèses, aumônier des princes, prédicateur à Notre Dame, professeur d’éloquence sacrée, il fut aussi évêque d’Orléans, député, sénateur ; il fera voter une loi accordant la liberté à l’enseignement supérieur catholique. Ozanam, surtout connu comme fondateur des Conférences Saint Vincent de Paul, fut avant tout un universitaire, précurseur lointain de la doctrine sociale de l’Eglise

Annexes :
Document 1 :
Chronologies 1 (1789-1815) & 2 (1815-1870).
Texte 1 : Lamennais.
Texte 2 : Montalembert.
Textes 3 et 4 : Quanta Cura et Syllabus.
Texte 5 : L’Immaculée Conception.
Texte 6 : Dupanloup.
Texte 7 : Ozanam.