HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 10 JANVIER 2005

 

Texte 6

Mgr Félix DUPANLOUP (1802 - 1878)

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3/1/1802 Naissance en Savoie                                                    1845 Quitte St Nicolas - Chanoine de Notre Dame

               Enfance à Annecy  puis Paris                                                  Entre dans l'activité politique et religieuse

     Petit séminaire de St Nicolas du Chardonnet                      1847-1848 Activité dans la presse

     Séminaire d'Issy-les-Moulineaux                                           1849 Evêque d'Orléans

18/12/1825 Ordonné prêtre par Mgr de Quélen                        1854 Elu à l'Académie française

1824-1836 Catéchiste à St Sulpice, La Madeleine                    1865 Brochure sur L'encyclique du 8 déc. 1864

1834 1ère série de conférences de Notre Dame                        1869-1870 participe au concile Vatican I

- Directeur études puis Direct.du collège St Nicolas               1871 Membre de l'Ass. nationale puis du Sénat (1876)

1840-1842 Professeur éloquence sacrée à la Sorbonne           1875 Loi sur la liberté de l'enseignement supérieur

1842 Thèse de doctorat théologique à Rome                            11/10/1878 Mort presque subitement 

 Trois "signes des temps" qui permettent d'espérer 

Aujourd'hui encore, il y a trois de ces signes venus d'en haut, dont l'éclat appelle mes regards.

Avant tout je placerai cette oeuvre incomparable des Conférences de Saint Vincent de Paul.

Je dis incomparable ; car, dans les dix-huit siècles qu'a comptés jusqu'ici le christianisme, je ne trouve rien que je puisse comparer. Sans doute,  on avait vu, à toutes les époques, les femmes chrétiennes donner leur or et leur coeur aux pauvres ; mais les hommes du monde n'avaient guère jamais que leur bourse et donné que leur argent : aujourd'hui sous la bannière de Saint Vincent de Paul, ils ouvrent et donnent leur coeur ; ils vont voir les pauvres de près ; ils entrent dans le secret de leurs besoins et de leurs misères ; ils les préviennnent, ils les devinent ; ils compatissent à toutes leurs douleurs ; ils essuient leurs larmes ; au besoin, ils pleurent avec eux. Les âges précédents n'avaient rien connu de pareil.

Et à cette heure plus de 1 000 conférences de Saint Vincent de Paul fleurissent dans les quatre parties du monde ; et c'est en France, à Paris même, que la pensée de cette grande oeuvre est née dans le coeur de quelques jeunes gens !

Et les hommes ont aujourd'hui, dans cette noble carrière de la charité, l'honneur nouveau d'exciter l'émulation des femmes chrétiennes elles-mêmes ! 

Le second signe de salut, c'est cette oeuvre admirable de la Propagation de la Foi, aujourd'hui répandue jusqu'aux extrémités de la terre, et dont le germe fécond a été jeté dans le coeur d'une sainte fille de Lyon : ce sont ces légions de missionnaires farnçais, les plus nombreux et les plus vaillants de toutes les nations, me disait à Rome un savant cardinal. 

Le troisième enfin de ces signes divins, je le vois dans ces innombrables servantes des malades, des enfants et des pauvres, sous quelque nom, sous quelque costume qu'elles se présentent à nos regards, soeurs de la Charité, soeurs de Bon-Secours, filles de la Providence, petites soeurs des pauvres ou autres : multipliées au-delà de ce qui se pouvait jamais espérer, ces saintes institutions sont plus florissantes aujourd'hui, parmi nous, qu'elles ne le furent en aucun temps, ni chez aucune nation du christianisme. 

La France sait-elle qu'elle compte, dans son sein, peut-être 100 000 religieuses qui élèvent les petites filles du peuple, soignent ses malades, soulagent ses indigents, et font sentir à toute heure du jour le coeur même et la tendresse de l'Eglise à ses enfants les plus délaissés ?

(...) Et cependant, au milieu de ces innombrables dévouements de la vie active, la contemplation ne périt point ; et les filles de saint François de Sales, les filles du Calvaire, les filles de sainte Thérèse, nos chères carmélites, et tant d'autres, dévouées à la vie contemplative, sont elles-mêmes aussi florissantes et aussi nombreuses que jamais ; et dans ces profondes et inaccessibles retraites où le Seigneur les a accueillies sous ses ailes, et d'où on les entend de loin chanter, prier et gémir pour les pécheurs, jamais la vie religieuse ne fut plus pure, la mortification plus austère, l'intercession plus fervente.

Voici celles qui prient pour le monde et qui, au XIXème siècle comme au XVIIème, sauvent le monde !

                    Vie de la bienheureuse Marie de l'Incarnation[1] (1854) 

Qu'est-ce que faire le Catéchisme ?  

Faire le Catéchisme, ce n'est pas seulement enseigner aux enfants le Christianisme ; c'est les élever dans le Christianisme. Les élever dans le Christianisme ! Grande parole ! Qu'est-ce à dire ? C'est les élever dans l'innocence et la sagesse chrétienne, dans la lumière et la grâce des vertus évangéliques ; c'est les élever dans la crainte et l'amour de Dieu, c'est préparer en eux l'éternelle vie, en élevant et sanctifiant la vie présente.

Elever dans le Christianisme est donc ici le mot capital : il exprime ce qui est le fond même du Catéchisme, l'essentiel de l'oeuvre à faire. Accepter ou rejeter ce mot, c'est dire oui ou non sur l'oeuvre même.

N'est-il pas évident, en effet, Messieurs, que se borner à instruire les enfants des éléments de la doctrine chrétienne, sans se mettre en peine de leur faire goûter et pratiquer, sans former en eux les habitudes, les inclinations, les moeurs chrétiennes, ce n'est presque rien pour le grand but à atteindre, et rien absolument pour la conquête de la vie éternelle.

(...) Vous le voyez, Messieurs, l'enseignement de la Religion, tout important qu'il soit, n'est qu'une partie de cette belle oeuvre. En un mot qui résume tout et qui est sur ce point la formule de la science catholique : le Catéchisme, ce n'est pas simplement l'Instruction, c'est l'Education ; ce n'est pas seulement Enseigner le Christianisme aux enfants, c'est Elever les enfants dans le Christianisme. Le simple énoncé des termes porte ici avec lui une clarté qui ne peut échapper à des esprits aussi clairvoyants que les vôtres. 

(...) Ainsi on peut dire, il y a trois degrés dans l'oeuvre du Catéchisme, il y a le Catéchisme récité, le Catéchisme expliqué, le Catéchisme pratiqué. La récitation sans l'explication n'est rien, vous le sentez tous : que penseriez-vous d'un Catéchiste qui se bornerait à faire réciter la lettre du Catéchisme sans l'expliquer jamais ? Mais la récitation et l'explication sans la pratique, ce n'est guère plus ; car c'est la pratique du Catéchisme qui, seule, fait des chrétiens, forme des esprits et des coeurs chrétien, gagne à leur Créateur et à leur Dieu ces âmes que Jésus-Christ a rachetées de son sang.

                    Entretiens sur le Catéchisme (1867)


[1] Madame Acarie (1566-1618), qui à la mort de son mari entra au Carmel où elle reçut le nom de Marie de l'Incarnation.